‹ L'hérédité dans les maladies du système nerveuxChapitre 26 sur 109 · DITES SYMPATHIQUES · texte numérisé non relu

DITES SYMPATHIQUES

On peut désigner sous le nom de folie sympathique, « toute folie, développée sous l'influence d’un processus physiologique ou pathologique de l’organisme, réagissant à distance et indirectement sur le cerveau (Régis) » (1). Je n’ai point à faire ici, l’historique de cette forme de folie, cela m’entraînerait trop loin, car, comme le dit Loiseau (2), elle remonte jusqu’au temps d’IIomère! puis est-ce bien là un symptôme que ce délire inconstant, variable de forme, d’intensité?

Quoi qu’il en soit, l’existence d’une folie en rapport avec des désordres organiques, est généralement admise. Cependant il ne faut pas s’en exagérer la fréquence, et prendre de simples coïncidences pour des relations de cause à effet. Et de plus, il serait imprudent d’admettre ici une variété de psychose particulière, une forme psychopathologique distincte : et, comme le dit fort bien Régis, la folie sympathique, peut prendre place dans une classification étiologique, mais non dans une classification symptomatique des maladies mentales.

Elle n’a pas en effet de caractère particulier; elle peut se manifester à une époque quelconque du processus organique qu elle accompagne; tantôt brusquement, le plus souvent d'une façon graduelle. C’est d’abord une perversion des sentiments moraux et affectifs, une tendance à l’égoïsme, de la susceptibilité, de l’irritabilité, de la dé fiance, des tendances hypochondriaques. Puis apparaissent les troubles intellectuels ; les idées «ont généralement de

(1) E. Régis, Art. Folie sympathique du Dict.’encyclop. des sc. méd.

(2) Loiseau. Th., Paris,. 1856.

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

nature triste; ce sont des idées noires, allant parfois de l’idée hypochondriaque, à l'idée de persécution, d’empoisonnement, de suicide. En même temps on remarque de l’apathie, de la paresse, une torpeur générale. Dans certains cas au contraire, plus rares il est vrai, la scène offre un aspecL tout différent : il y a des idées de satisfaction, de contentement, avec de la mobilité des sentiments et des idées, une excitation intellectuelle variable. Comme les hallucinations dans le délire vésanique, ici les sensations morbides provoquant parfois des illusions, donnent une couleur particulière au délire. Le délire se généralise, et une fois établi, la folie sympathique, peut affecter toutes les formes possibles de manie ou de mélancolie, depuis l’exaltation et la dépression, jusqu’au délire aigu et à la stupeur. Quelquefois, elle affecte le type circulaire (Ritti) : souvent, elle offre des intermittences et des rémittences, en relation avec les oscillations de l’affection organique, car c’est surtout une folie d’accès.

Que l’on passe en revue, tous les états physiologiques ou pathologiques, qui peuvent accompagner la folie sympathique, et l’on verra qu’aucun ne provoque une psychose distincte, soit de la forme voisine, soit des formes vésaniques pures. Parmi les folies liées aux états physiologiques, nous avons tous les désordres psychiques, qui accompagnent le développement de l’individu, et qui se manifestent si souvent chez la femme, à l'occasion de troubles de l’appareil utéro-ovarien; les plus importants, ceux qu’on trouve au cours de la grossesse ou de la puerpéralité, ont-ils une forme spéciale? Absolument pas ; et si l’on parcourt les travaux écrits à ce sujet, on voit qu’on rencontre dans'ces cas, des formes variables de manie ou de mélancolie, dépressive, anxieuse, stupide... Dans] les maladies de l'appareil digestif et de ses annexes, le délire

DU SYSTEM E NERVEUX

n’a pas non plus do forme particulière. La goutte Whytt, Garrod, Charcot, Dagonet, Legrand du Saulle (1)], le diabète [Legrand du Saulle (2), Bernard et Féré(3), Dreyfus (4)j, ne donnent-ils pas lieu à toutes sortes de manifestations délirantes, exaltation, dépression, idées de nuire, de satisfaction, etc., et môme parfois à des symptômes qui simulent la paralysie générale. Qui ne connaît l’état mental des tuberculeux, généralement satisfaits, euphoriques, mais aussi parfois hypochondriaques? Dieulafoy (o) a rapporté récemment, des exemples delà forme, que prennent, parfois les manifestations délirantes, au cours du mal de Bright. Une revue complète et détaillée, de tous les cas où peut se développer la folie sympathique, nous ferait voir, en somme, que jamais, elle n’a un caractère particulier qui puisse la faire diagnostiquer. La fréquence des conceptions tristes, leur généralisation n’est pas un signe diagnostique, car on trouve souvent l’inverse, pour ne citer que l’euphorie des phthisiques. Neuendorlf (6) rapporte le cas d’un malade, ayant présenté un délire mélancolique avec idées d’empoisonnement; l’émaciation, la cachexie, avaient fait pensera un cancer stomacal qu'on ne puf constater. On en lit un vésanique ; l’autopsie démontra qu’il y avait un cancer de la petite courbure. Ce fait est une preuve, des difficultés du diagnostic de la folie sympathique. L’examen physique seul du malade, la recherche des antécédents, peuvent mettre sur la voie ; c'est là le point important. Qui donc, sans les commémoratifs, pourrait diagnostiquer à coup sûr d’après les

(1) Legrand du Saulle, Gaz. des Hop., 1 8G8, oct.

(2) Id., ibid., 1S77.

(3) Bernard et Féré, Arch. de Neur. 1882, nos 7 et 12.

(4) Dreyfous, Des Accidents nerveux du diabète. Th. d'agrég. 1883.

(5) Dieulafoy, La Folie brightique . (Soc. Med. des Hôp. 1883.)

(6) Neuendorff, Centralhlatt f. Nervenk, 1883.

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

caractères du délire, une manie puerpérale? Les antécédents sont encore importants parce que, une maladie physique étant reconnue, il s’agit d’établir ses rapports avec la folie, et d’une simple coïncidence, ne pas conclure à l’existence d’une folie sympathique. Alors, c’est surtout l’évolution, et la marche des troubles psychiques, qu’il faut consulter. S’il y a folie sympathique, il y a une sorte de parallélisme dans l’évolution des deux maladies, sinon, l’affection mentale suit sa marche habituelle, d'une façon absolument indépendante.

La folie sympathique, n’est donc pas une entité morbide, c’est plutôt une complication de certains états de l’organisme. Comment expliquer alors son apparition : l’anatomie pathologique est muette à ce sujet et les explications physiologiques, même celle d’Aug. Voisin (1 ) (action réllexe sympathique), ne sont que des conjectures. On a attribué un rôle, à un changement d’étal des vasomoteurs cérébraux, analogue aux troubles vaso-moteurs de la face dans la pneumonie : c’est une application de la théorie des paralysies réflexes de Brown-Séquard, et qui est passible des mêmes critiques. — Les troubles de circulation cérébrale, dus aux affections organiques, (lésions cardiaques, grossesse, etc...), les modifications de la crase du sang, dans les maladies chroniques et débilitantes, ont aussi été invoqués.

Mais en somme, ce 11e sont là que des causes secondaires, et, comme l’ont bien fait remarquer Baillargcr, Maury, Moreau (de Tours), il faut dans ces cas admettre une prédisposition morbide préexistante. La plupart des auteurs sont d'accord sur ce point. Esquirol, Weill, Helftt, Marcé (2) font remarquer que presque toujours, les folies

(1) Aug. Voisin, Leçons sur les Maladies mentales et nerveuses, 1883.

(2) M.vrcé, Traité des Maladies des femmes enceintes, etc., 1858.

puerpérales, surviennent chez des héréditaires, et Bail (1) a récemment encore défendu la même opinion.

La prédisposition héréditaire est en effet, la cause première du développement des folies dites sympathiques, et. pour ce qui regarde particulièrement la folie puerpérale, les deux observations suivantes que je dois à l’obligeance du Dr Pinard, Agrégé de la Faculté, en sont des exemples très démonstratifs. Dans ces deux cas, l’apparition de la manie, a suivi une hémorrhagie intense.

aliéné,

mort dans une maison de santé.

MÈRE

bien.

PÈRE

bien.

MERE

aliénée,

depuis 10 -ans dans une maison de santé.

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