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ÉPILEPSIE

Parmi les causes prédisposantes de l’épilepsie, Y hérédité est considérée par la plupart des auteurs, comme la plus importante. Cette assertion paraît évidemment fausse, si l’on ne tient compte que des cas, où l’épilepsie est constatée chez un des ascendants, directs et même collatéraux. Uu épileptique n’engendre pas nécessairement des enfants atteints de la même affection, et sa descendance peut rester indemne de toute tare épileptique. Il n’en reste pas moins vrai que l’épilepsie des ascendants, constitue une prédisposition à la même maladie chez les descendants ; et en cela, elle ne se différencie pas d’un grand nombre d’autres affections.

Si, au contraire, on recherche chez les ascendants, les affections qui peuvent présenter un lien de parenté plus ou moins éloigné, avec l’épilepsie, si en un mot, on’ recherche chez quelques-uns d’entre eux, la présence d’affections nerveuses diverses, il est alors fréquent de rencontrer dans les familles des épileptiques, une tare nerveuse , constituant une prédisposition qui semble indiscutable, mais au sens le plus large de cette acceptation ; et D. 7

L’HEREDITE DANS LES MALADIES

encore y aurait-il peut-être lieu de faire, quelques réserves à cet égard.

En effet, rencontre-t-on parmi les ascendants, la migraine, la chorée, etc., il ne s’ensuit pas nécessairement, que les descendants soient prédisposés à l’épilepsie, et il n’entrera jamais dans l'esprit du médecin, d’instituer un traitement prophylactique de l’épilepsie, en se basant sur la simple constatation de ces affections dans une famille.

Ce mode de raisonnement, est 1 e post hoc ergo profiter , appliqué à la théorie de l’hérédité. De même, envisaget-on l’alcoolisme si fréquemment noté parmi les antécédents héréditaires, on ne tarde pas à concevoir certains doutes concernant son action étiologique dans l’épilepsie des descendants; l’alcoolisme est presque de règle parmi une certaine partie de la population, en outre, sur quels faits est-on autorisé à établir le diagnostic de l’alcoolisme des ascendants ; tels sont considérés del’alcooliques, qui ne l’ont jamais été, médicalement parlant, mais que des excès passagers et aigus, faisaient accuser d’alcoolisme par leur entourage, tels autres au contraire, « supportant bien la boisson », n’ont jamais été suspectés d'alcoolisme. Il est donc très difficile d’établir sur des antécédents, un diagnostic posthume d’intoxication alcoolique, à moins d’accidents spéciaux, delirium tremens, etc.

La distinction entre ces deux sortes d’hérédité, me paraît suffisamment établie par les faits suivants, empruntés soit aux auteurs, soit aux observations en partie inédites très obligeamment mises à ma disposition par Bourneville.

1° Épilepsie héréditaire proprement dite (Épilepsie directe).

Je passerai d’abord en revue, les faits qui semblent militer en faveur de l’épilepsie directe.

A. Observations à l'appui de l' hérédité directe de l'épilepsie. — On sait que Boerhaave (Aph. 1075), admettait que la transmission de l’épilepsie pouvait frapper le petit-fils, sans atteindre le fils ( épilepsie en retour ) ; Zacutus Lusitanus, rapporte l’histoire d’un épileptique dont les huit fils furent épileptiques, et dont quelquesuns eurent aussi des enfants épileptiques (1) ( Prax . ad Chirurg ., Obs. 36 lib. I) ; Stahl {de Hœredit. dispos, ad. var. affect ., p. 48), Copland {a Dict. of pract Med ., p. 789), Polerius et d’autres auteurs anciens, ont également cité des observations semblables, mais la plupart pour ne pas dire toutes, sont peu concluantes et incomplètes (2). Pour Hoffmann (3), l’épilepsie est la plus héréditaire des maladies, et John Chegne (4) prétend que l’on trouve toujours, quelque membre de la famille atteint d’épilepsie.

(1) Je n’ai pu consulter l’observation dans le texte original ; aussi ferai-je mes réserves sur ce cas, car certains auteurs parlent de huit fils et trois petits-fils, d’autres de huit fils et trois neveux; un arrièrepetit-fils de ce même épileptique, aurait aussi été épileptique, et guéri par Lusitanus au moyen du cautère. Tissot, qui relate ce dernier fait, ajoute « que cette observation chez un auteur épris du merveilleux n’est pas extrêmement concluante ».

(2) Parmi les anciens auteurs qui se sont occupés de l’hérédité de l'épilepsie nous citerons encore :

Cunningham, De Epilepsia, La Haye, 1725, p. 2; — Frank (J. P.), System der med. Poliz. t. I, p. 297 et suiv. ; — Mitiiof (H. B.). De Sede irritamenti in Epilepsia, G-œttingen, 1788; — Rougemont (J.-C.). Abh.v. d. crblichen Krankheiten (trad. du français par Vogeler, Francfort, 1794) ; — V. Swieten, Commentai' (edit. Hilpershuf) , t. 111, p. 404;

— Brunner, Consil., n. 16; — E. N. C. J. Dict. III, ann, IXetX, obs. 126;

— Eberfeld D, De Epilepsia heredilaria casum exhibens, Duisburg, 1705 ;

— Fernel, Physiol. 1. VII, chap. vi; — Holler, Cent. II, curât 47; — Linnée, rsp. P. Zetzel, D. f. confec tarin eleclrico-medica, Upsal, 1754; — Marcell. Do nat, Méd. histor. mirabïl., 1. IV, c. xvm; — Miciiaelis, Médic. Bibl., B. I, p. 360; — Poterii, Curation. Cent. II, n° 47; — Quarin, Animadversion, p. 15; — Stoll, De Morbis chronic., t. II, p. 2; — Kepfer, Observât. 131.

(3) Hoffmann, Medicina rationalis systematica, chap. icr, p. 10.

(•fi Ciiegne, Cyclopœdia of pralical Medicine , vol. II, p. 91.

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

Esquirol dit avoir rencontré, des vestiges d’hérédité dans 105 cas sur 321 épileptiques; Georget cite un père épileptique qui engendra huit enfants tous épileptiques.

Moreau (de Tours), a observé chez les ascendants de 124 épileptiques, 30 cas d’épilepsie (Voir plus loin). A. Voisin (1) a noté, dans 17 ménages où le père ou la mère étaient épileptiques, que sur 35 enfants, 16 seraient épileptiques ou morts de convulsions. Ach. Foville fils (2) a conclu de ses recherches, que le quart des enfants survivants des épileptiques, sont atteints d’épilepsie, que plusieurs sont aliénés.

Un des travaux les plus intéressants en faveur, non seulement de l’hérédité directe, mais encore de l’hérédité nerveuse de l’épilepsie, est celui qu’a publié Echeverria(3).

Je crois utile d’en reproduire les principaux passages, et donnerai d’abord le tableau publié par cet auteur basé sur :

Une série de 130 épileptiques mariés — 02 hommes et 74 femmes — ont eu 533 enfants, dont :

Sexe Sexe

Morts dans l’enfance de convulsions. .

masculin.

féminin.

Total.

— très jeunes d’autres affections, .

Mort-nés

Épileptiques

Idiots

Aliénés

Paralytiques

Hystériques

Choréiques

Strabiques

Bien portants

Total

(1) A. Voisin, Article Epilepsie du Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques (Jaccoud), 1870, p. 001.

(2) Foville, Recherches cliniques et statistiques sur la transmission héréditaire de l’Epilepsie. {Ann. Med. Psychol., 1868, p. 203.)

(3) Eciieverria, Marriage et hereditariness of Epileptics (Journal of Mental Science, octobre 1880).

En prenant en considération, dit-il, le cas où le père et la mère furent épileptiques, nous pouvons représenter l'hérédité dans 134 familles (136 individus) :

Du côté paternel dans 61 cas

Du côté maternel dans 73 —

Des deux parents dans 1 —

[.es 73 femmes ont eu 298 enfants — 1 16 du sexe masculin et 108 du sexe féminin. De ceux-ci 47 moururent de convulsions dans l’enfance et 28 étaient épileptiques. Sur les 2oo autres descendants de pères épileptiques, il y avait 24 épileptiques du sexe féminin et 42 morts de convulsions dans l’enfance. Ceci montre évidemment que la transmission de l’épilepsie ne se fait pas exclusivement de la mère à la fille, ni du père au fils, comme quelques auteurs le supposent; mais les mères épileptiques, transmettent leur maladie à un plus grand nombre de rejetons que les pères, car les premiers ont eu 57 enfants épileptiques, 107 morts de convulsions et 38 seuls bien portants.

La prédisposition héréditaire existait déjà chez 87 parents, 40 hommes et 47 femmes, dans les relations suivantes :

Sexe

Sexe

masculin.

féminin.

Total.

Ont

eu

un père épileptique

une mère épileptique

des grands-parents épileptiques.

— frères épileptiques

— sœurs épileptiques

— oncles épileptiques

un père aliéné

une mère aliénée

des grands-parents aliénés. . .

— frères aliénés

— sœurs aliénées

— oncles aliénés

Total

L’épilepsie existait dans les 3 générations, chez 19 hommes et 27 femmes. L’aliénation des grands-parents réapparut dans les petits-enfants, dans les familles de 2 hommes et de 3 femmes. Quelques-uns, sinon tous les enfants des parents entachés de prédispositions héréditaires, en montraient des traces indubitables. Chaque cas d’aliénation, excepté 2 parmi les femmes, est issu de cette

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

classe de parents entachés, qui ont eu 321 enfants affectés de la manière suivante :

Épileptiques

Sexe

masculin.

Sexe

féminin.

Total.

Aliénés

Idiots

Paralytiques

Morts de convulsions dans l’enfance.

— d’autres affections dans l’enfance.

— d’hydrocéphalie

Mort-nés

Bien portants

Total

Des 43 enfants bien portants précédents, représentant les 13,39 p. 100 de la série totale, 38 ont dépassé l’âge de 13 ans, l’aîné ayant 27 ans. Un des enfants du sexe masculin, âgé de 17 ans, montre un grand talent musical. Les 62 enfants épileptiques, avec les 129 morts de convulsions, forment un total de 191, les 47,69 p. 100 de la table précédente, dans lesquels la névrose convulsive a été directement transmise des parents aux rejetons.

Le père et la mère épileptiques ont eu 3 enfants: deux morts de convulsions dans l’enfance; un d’hydrocéphalie et les 2 autres filles, l’une de 7 ans est une épileptique imbécile, mais sa sœur a l’intelligence vive, quoique une constitution physique faible.

Une des femmes devint épileptique après son premier accouchement, elle montrait des impulsions homicides des plus violentes. Ses 2 premiers enfants sont morts dans l’enfance de convulsions, et le troisième, né à l’hôpital, a été transféré à l’Hôpital des Enfants. Son père, un épileptique ivrogne invétéré, a assassiné sa femme et 2 de ses enfants pendant une attaque.

La plus grande proportion d’enfants bien portants — 62 — est issue de 49 parents qui n’ont montré aucune prédisposition nerveuse constitutionnelle.

Ils ont eu 16 enfants épileptiques, et 66 morts jeunes de convulsions, faisant 82 ou 33,34 p. 100 du total des descendants (232). Les rejetons bien portants de ces parents représentent 26,81 p. 100 et 43 de ceux-ci, ont dépassé l’adolescence. Chez 23 de ces 49 parents, l’épilepsie se développa 3 ans après le mariage; ils ont eu 7 enfants épileptiques, 11 morts dans l’enfance de convulsions, 1 idiot, 4 paralytiques et 37 bien portants.

Ajoutons que 7 parents seulement (6 hommes et 1 femme) ont eu

18 enfants très bien portants, dont l’âge actuel est de 13 a 29 ans.

Pour récapituler, nous avons trouvé parmi les 136 épileptiques mariés : 1° 68 dont les descendants ont été épileptiques, idiots ou aliénés, paralytiques, hystériques, ou bien portants; 2° 61 dont les descendants ont été aliénés ou idiots, paralytiques, hystériques, choréiques et bien portants. Ajoutous que plusieurs autres enfants du premier et du deuxième groupe sont morts dans l’enfance de convulsions; 3° enfin 7 parents, ont engendré des enfants arrivés à l’âge de l’adolescence ou de la puberté, sans présenter de trouble nerveux ou mental. Il n’y a pas eu de mortalité infantile dans ces familles, formant des agrégats de 18 descendants — 6 hommes et 12 femmes — deux des premiers engendrés par la seule mère épileptique appartenant à cette série, dans laquelle chaque descendant paraît bien portant.

Si nous considérons tous ceux des 553 enfants atteints de névrose convulsive, nous trouvons 195 enfants morts de convulsions dans l’enfance et 78 épileptiques, total 275 ou 29,72 p. 100 des cas dans lesquels un parent épileptique semble avoir transmis la maladie sans changement de type.

Echeverria ajoute : « Contrairement à l’opinion de Doutrebente [Ann. Med. Psych., 1869, tome II, p. 394), cette analyse prouve, que l’épilepsie est transmise des parents aux rejetons sans changement de type, et qu’elle est plus fréquente même que l’aliénation mentale qui, d’après des statistiques récentes (J.-C. Bucknill et I). Hock Tuke, Psychological Medecine, 1879, p. 57), n’excède pas 34,9 p. 100 (Bethlem) en comptant les parents divers et collatéraux. Le fait qu’un nombre considérable d’enfants meurent dès l’enfance de convulsions, fait que nous ne trouvons pas, parmi les épileptiques adultes, l’évidence de la transmission héréditaire remarquable de cette affection.

La proportion des épileptiques qui ont survécu, cbiflre qui est de 14,10 pour 100, n’est pas loin de la proportion (12 à 13 p. 100) admise par les auteurs français et anglais.

Nous avons déjà dit, que ces résultats concordent avec ceux de quelques aliénistes français. Dans une série de 32 épileptiques rassemblés par Jules Tardieu (De la transmission héréditaire de l’Épilepsie, Th. Paris, 1868), dans les observations de Foville, Voisin et autres, la transmission directe de l’épilepsie s’observa dans 23 cas (8 hommes et 15 femmes), ayant eu 72 enfants qui furent alfectés de la façon suivante : 33 avec convulsions, dont 21 morts dans l’enfance, un aliéné, un imbécile, un excentrique, un très nerveux, une strabique (qui elle-même a eu 3 enfants dont 2 morts de convulsions dans l’enfance et l’un très nerveux, sujet à des accès de

104 L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

colère), 10 morts en bas-âge, 2 mort-nés et 11 apparemment bien portants.

Dans les 9 autres cas, les parents n’ont pas eu d’enfants; mais leurs ancêtres et frères ou collatéraux, étaient saturés de la prédisposition à l’épilepsie ou à la folie. Le père épileptique d’une femme observée par Bourneville se suicida; la mère était aussi épileptique etmourut à la Salpêtrière: son frère est excentrique, et sa sœur épileptique. Cette malade a eu 7 enfants : le premier mort-né, trois autres fils et une fille morts de convulsions en bas-âge.

Enfin, le père d’une autre femme se maria deux fois; de la première femme il eut 8 enfants et tous, excepté la malade, sont morts de convulsions. De la deuxième femme, il a eu 9 enfants, 8 déjà morts de convulsions etle dernier âgé de 18 mois n’a encore présenté rien de particulier.

Le père ou la mère étaient épileptiques dans 18 cas, et dans un de ces cas les deux parents furent épileptiques. On nota dans 6 cas des collatéraux épileptiques ; la folie ou d’autres affections nerveuses, dans 7 cas, inconnu 1 fois. L’épilepsie fut transmise 12 fois plus fréquemment du père au fils ou de la mère à la fille que du parent d’un sexe à l’enfant d’un sexe opposé; et dans un cas la transmissionse fit de la mère au fils, ce que 'Pardi eu considère comme une coïncidence curieuse.

Ecbeverria insiste encore sur 2 cas personnels.

1) Jeune épileptique, de famille névropathique, vit ses accès s’arrêter par le K Hr en 1 866 ; il décida alors d’épouser sa cousine germaine malgré l’opposition du père (consanguinité et épilepsie), le jeune homme resta sans attaque et eut 4 enfants bien portants.

2) Femme, accès nocturnes vers la puberté, cessant lors du mariage. — 4 enfants. — 1 mort de méningite et convulsions ; le troisième paralytique. Des 2 filles, une devint épileptique à 13 ans, lors de l’établissement de la menstruation.

La statistique d’Ecbeverria paraît au premier abord, établir sans conteste l’hérédité épileptique, mais il faut tenir compte de certains facteurs que l’auteur a passés sous silence : c’est ainsi que j’ignore sur quelles bases elle a été établie; je ne sais si les observations lui sont personnelles, sur quelle sorte de population elle a été relevée, etc., en un mot, il me manque totalement les éléments indispensables, pour une appréciation exacte et définitive.

Il ne faut pas oublier du reste, que la population des asiles, se compose de malades atteints gravement, ne pouvant par suite continuer à vaquer cà leurs occupations ordinaires, que de pareilles statistiques, ne portant que sur un nombre restreint de malades, doivent fatalement comprendre des cas plus nombreux de prédisposés, que celles qui seraient établies sur l’ensemble de la population épileptique de tout un pays, statistique du reste impossible à établir pour l’instant, pour des causes diverses, dont une des principales réside dans le soin que mettent les familles, à cacher aux yeux de tous, une affection qui passe généralement pour héréditaire, et inspire l’effroi. Il n’en résulte pas moins que le seul fait, que cette affection puisse être facilement déguisée, dénote, ou que l’épilepsie est souvent incompatible avec la vie sociale, ou que les familles atteintes ne possèdent qu’un nombre très restreint de leurs membres épileptiques.

Martin (1), d’après les statistiques recueillies à la Salpêtrière en 1874, et d’après celles publiées par les observateurs français, trouva 19 épileptiques ayant eu 78 enfants, dont 55 morts dans l’enfance, la majorité de convulsions. Des 23 survivants 15 furent trouvés bien portants lors des recherches.

Parmi les auteurs qui ont attribué à l’hérédité directe, une part plus ou moins importante dans l’étiologie de l’épilepsie, je citerai encore Beau (22 cas sur 232), Piorry, Portai (2), Trousseau, Herpin, Bouchet et Cazauvieilh, Sieveking, Hammond, Reynolds. Gowers (3). Ce

(1) Martin, Annal. Med. Psych. 1878.

(2) Portal, Observations sur la nature et le traitement de l’Épilepsie,

(3) Carrier (trad. de Gowers : de YEpilepsie, Paris 1883, p. Il) croit devoir attribuer l’opinion des auteurs, qui rejettent l’hérédité directe de l’épilepsie, à ce l’ait que les enfants des épileptiques ne vivent pas. Si

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

dernier auteur prétend, que de toutes les maladies nerveuses dont on peut découvrir des traces, dans les ascendants des épileptiques, l’épilepsie est de beaucoup la plus fréquente. Elle aurait été observée dans près des trois quarts des cas héréditaires, soit seule (240 sur 429), soit combinée à la folie (54), à la chorée (5), etc.

A l’épilepsie héréditaire, se rattachent encore les expériences célèbres de M. Brown- Séquard, qui démontrent que des cobayes rendus épileptiques, peuvent engendrer des épileptiques.

B. Auteurs qui rejettent l’épilepsie directe, ou meme la prédisposition créée, par certaines affections nerveuses des ascendants. — Parmi les auteurs qui ont combattu l’hérédité directe, tout en admettant l’hérédité névropathique de l’épilepsie voire même l’une et l’autre de ces hérédités, je citerai Tissot, Louis, Pechlin, Gulbraud (J), Maisonneuve (2), Beau (3), Leuret, Doussin-Dubreuil (4), Gintrac, Morel, Valleix (5), Delasiauve, etc.

Tissot, rangé par quelques auteurs parmi les partisans do l’épilepsie héréditaire, doit plutôt être classé parmi les adversaires de cette doctrine, ainsi qu’en témoignent les lignes suivantes : « Il est possible que l’épilepsie soit héréditaire, la faiblesse du genre nerveux s’hérite, et cette hérédité ne contribue pas peu à la rendre plus fréquente » ; et plus loin : « Mais quand l’épilepsie

en effet la mortalité de ces enfants est très considérable? il n’en est pas moins vrai, qu’il est toujours noté et tenu compte dans la statistique, de leur genre de mort (convulsions, par exemple;, et que de plus on ne saurait se baser pour établir cette mortalité sur les seules statistiques des épileptiques hospitalisés, qui ne constituent que l’intime minorité du chiffre total des épileptiques.

(1) Gulbraud, Acta societatis Hauniensis, t. I, p. 84.

(2) Maisonneuve, Observations et recherches sur l'Epilepsie , 1803, p, 86.

(3) Beau, Archives de Med., 2e série, t. XI, p. 328.

(4) Doussin-Dubreuil, De l’Épilepsie, p. 172-173.

(5) Valleix, Guide du Médecin praticien, t. IX. p. 696.

serait quelquefois héréditaire, comme il le paraît, il ne faut point croire que ce soit une hérédité inaliénable ».

Pour Bastos (1), l’hérédité épileptique est aussi exceptionnelle.

Si nous parcourons, les chiffres fournis par quelques autres auteurs, sur l’hérédité de l’épilepsie, nous voyons que Maisonneuve n’a trouvé que quatre fois l’hérédité sur 80 cas, Leuret une seule fois sur 67 cas. Morel n’admet pas l’hérédité de l’épilepsie des parents aux enfants. Selon Lasègue (2) « l’épilepsie (la grande épilepsie) n’est pas, une maladie, mais une infirmité, qui n’est acquise que par deux possibilités, par traumatisme produisant des lésions permanentes, ou par malformation spontanée » .

Parmi les auteurs contemporains, Delasiauve (3) est certainement celui qui a critiqué avec le plus de rigueur, l’idée de l’hérédité de l’épilepsie, et même de la prédisposition créée par les alfections nerveuses des ascendants.

Nous ne nions pas sans doute, dit-il, l’affinité qui peut relier le mal caduc à d’autres névroses : il ne serait pas impossible qu’en certains cas, l’influence de ces maladies n’entrât pour quelque chose dans sa production; mais ce ne sont évidemment là que des inductions vagues, des présomptions incertaines, dont l’histoire de l’épilepsie doit faire mention comme observation générale, mais qu’elle ne saurait utiliser comme élément « statistique ».

Pour nous, du moins, nous n’avons pas cru devoir reconnaître ces sortes d’altérations pour indices d’hérédité, et à l’imitation de M. Leuret, nous avons exclusivement puisé nos preuves dans le domaine môme de l’affection. L’application de cette méthode nous a donné sur 300 observations personnelles le résultat suivant :

(1) Bastos, De l'Epilepsie, Thèse de Paris, 1824.

(2) Lasègue, De l'Épilepsie par malformation du crâne (Annal Méd. Psych., 1877, 3e série, t. XVIII, p. 12.)

(3) Delasiauvk, Traité de l'Épilepsie, 1884, p. 188.

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

Absence de renseignements

Déclarations formelles de non-hérédité

,, , , , (3 mères \

Hérédité . , . ^ ..

{ 1 trere > Epileptiques

PRESUMEE. / , . , \ 1 1 ^

[ 1 tante ]

2 oncles imbéciles

1 frère idiot

Affinités ] Mère sujette aux convulsions

nerveuses. \ Frère prédisposé aux mêmes symptômes.

2 mères hystériques

1 tante aliénée

Nous avons recueilli, en outre, dans les auteurs 221 cas ; 154 sont sans indications. Sur les 67 restants, 52 ne présentent point l’hérédité épileptique; elle aurait existé au contraire pour six individus, parmi leurs proches; 4 auraient eu des personnes nerveuses ou aliénées. Enfin, Maisonneuve admet, comme faits d’hérédité, cinq exemples de congénialité sur la nature desquels, vu l’époque indéterminée des premiers accès, il est difficile de se prononcer.

Nos observations se trouvent donc d’accord, avec celles de M. Leuret et même de M. Beau, pour rétrécir la sphère de la transmissibilité de la maladie.

Encore faut-il tenir compte de certaines considérations restrictives. Il ne suffit pas que les membres d’une famille, aient été frappés du mal caduc, pour déclarer d’une manière absolue l’existence de l’hérédité, la parenté même la plus directe n’entraîne pas une entière certitude.

Il n’est pas, d’ailleurs, indifférent que, soit chez le père, soit chez la mère, les accès aient débuté longtemps avant ou après la naissance des enfants. A mesure que les conditions de parenté s’éloignent, les probabilités génératives s’amoindrissent. De même, selon que le nombre des parents affectés, est plus considérable ou plus limité; et selon aussi que la manifestation du mal est plus ou moins justifiée par des causes actives, les chances de coïncidence ou d’hérédité augmentent ou diminuent. »

C. 2° Des affections nerveuses des ascendants prédisposant leur descendance à l’épilepsie : hérédité névropathique. — Comme je l’ai déjà fait, je passerai en revue et j’analyserai les travaux des principauxauteurs partisans de cette hérédité, qu’ils acceptent ou rejettent l’hérédité directe.

Herpin (de Genève), est un de ceux qui ont cherché à constater avec le plus de soin, les maladies antérieures de nature nerveuse dans les familles d’épileptiques. Ses recherches ont porté sur deux séries : 1° 243 personnes sur 35 familles; 2° 137 personnes sur 27 familles.)

lre série. 2' série.

(38 cas) (30 cas)

Absence de renseignements sur la

santé de la famille dans. ... 3 cas 3 cas

Absence de renseignements des ascendants des 1er et 2e degré. . . 3 — »

Absence de renseignements des ascendants du 2e degré 18 — 9 —

Renseignements presque nuis. . . » — 2 —

Épilepsie

Aliénation mentale . . . .

Suicide

Mélancolie

Ilypochondrie

Hystérie

Chorée

Somnambulisme nocturne .

Mobilité nerveuse exagérée.

Apoplexie (av. hémiplégie).

Ramollissement cérébral. .

Paralysie générale

Méningite et hydrocéphalie

chronique

Convulsions mortelles. . .

Tétanos

lre série. 2° série.

! en négligeant un fait j

douteux de ver- > 3 cas tiges. J

Le nombre des épileptiques issus d’épileptiques, est donc peu considérable dans la statistique d’IIerpin (1), mais si l’on compare le rapport fourni par ce tableau, avec le rapport qu’affecte la même maladie dans la population

(t) Herpin, Du Pronostic et du traitement curatif de l'Épilepsie, 1832.

L’HEREDITE DANS LES MALADIES

no

générale, qui serait selon Herpin de 6 p. 1000, on voit que la proportion fournie par son tableau, dépasse notablement celle que l'on rencontre en général.

La proportion fournie par l’aliénation mentale est beaucoup plus élevée, et concorde avec l’opinion déjà émise par Bouchet et Cazauvieilh (1), que l’aliénationmenlale est une cause héréditaire de l’épilepsie. — Sur 110 observations compulsées par ces derniers auteurs, ils ont trouvé 99 fois les parents exempts d’affections nerveuses, et 31 fois des parents aliénés, épileptiques, imbéciles et hystériques. — D’autre part sur 14 femmes mariées, épileptiques du service de la Salpêtrière, ils n’en trouvèrent que deux, ayant donné naissance à un enfant épileptique; une autre eut un enfant atteint d'hystérie.

Sandras (2) « ne craint pas d’avancer, qu'il n'y a pas de maladies plus sujettes à la transmission héréditaire, que les maladies nerveuses, et l’épilepsie est dans ce cas. Descendre d’un épileptique est une grave prédisposition ; c'en est encore une fâcheuse, que de compter dans ses ascendants immédiats, des sujets atteints d 'affections nerveuses graves, ou de troubles notables de l'intelligence ».

Moreau (de Tours) a avancé, que les troubles nerveux à quelque ordre qu’ils appartiennent, sous quelque forme symptomatique qu’ils nous apparaissent, depuis les plus simples jusqu’aux plus complexes, ne prédisposent pas moins à l’épilepsie que l’épilepsie elle-même. Ce célèbre aliéniste se basait sur 124 cas recueillis par lui à Bicêtre et à la Salpêtrière, et sur 240 observations recueillies à la

(1) Bouchet et Cazauvieilh, De l'Épilepsie considérée dans ses rapports avec l’ Aliénation mentale. — Recherches sur la nature et le siège de ces deux maladies, etc. ( Archives générales de Médecine, Décembre 1825 et Janvier 1826).

(2) Sandras et Bourguignon, Traité pratique des Maladies nerveuses. 2e édition, t. I, 1860, p. 256.

Salpêtrière par Calmeil. Sur ces 364 malades, on trouvait l/6pour les parents épileptiques, 1/20 pourles parents hystériques, 1/9 pour les parents aliénés, 1/9 pour les parents paralytiques ou apoplectiques. Voici du reste le tableau donné parJVL Moreau (de Tours).

Sur 1 24 épileptiques, les états pathologiques ne s’élèvent pas à moins de 250, ainsi répartis :

On observe : la phthisie 35 fois

— la folie 20 —

— l’épilepsie 30 —

— les convulsions 25 —

— l’ivrognerie 24 —

— l’apoplexie 18 —

les accidents nerveux. . . 15 —

— la paralysie 13 —

l’excentricité 10 —

— les congestions G —

— la fièvre cérébrale .... 15 —

— l’hystérie et les attaques d e

nerfs 14 —

— l'état nerveux II —

— l’état scrofuleux 8 —

Total 250 —

J’ai donné plus haut, les statistiques fournies parEcheverria, partisan de l'hérédité directe et névropathique. Ces citations me dispensent de revenir sur les opinions de cet auteur.

Sieveking (1) aurait constaté l’hérédité 11,1 fois sur 100 cas; Berger, 32 à 39 0/0 (2); Hammond (3), 45 fois sur 171 (21 fois l’épilepsie chez les ascendants ou colla-

(1) Sieveking, On Epilepsy, p. 74, 18o8.

(2) Berger, Paralysis agitans (Real Encyclopédie der gesammten Heilkunde)

(3) Hammond, Traité des maladies du Système nerveux (trad. française),

L’HEREDITE DANS LES MALADIES

téraux, 24 fois l’aliénation mentale, l’hystérie, le nervosisme, les névralgies intenses).

Lavareau (1) observa 83 familles, — - dont un ou plusieurs membres étaient atteints de maladies d’origine alcoolique, — ayant eu 410 enfants. De ce nombre 100 (plus d’un 1/4) ont eu des convulsions et en 1874, 169 étaient morts et 241 vivants dont 83 (plus d’un 1/3 des survivants) étaient épileptiques.

A. Voisin a noté que « sur 95 épileptiques, 12 avaient des antécédents scrofuleux ou tuberculeux francs, 12 avaient des ascendants morts d’alcoolisme chronique, ou sujets, avant leur mariage, à des habitudes alcooliques invétérées. Parmi le reste des 95 malades, 41 avaient des antécédents névrosiques, hystérie, chorée ».

Les statistiques de Reynolds (2), portant sur l’hérédité névropathique, donnent 31 0/0 des cas pour l’hérédité névropathique, 12 0/0 pour l’hérédité directe) celles de Gowers, 35 0/0 pour 1218 (429).

Nothnagel (3) doit être classé parmi les partisans de l’hérédité névropathique; il croit que Y hystérie , l’ hypochonclrie , la catalepsie^ jouent un rôle prépondérant dans l’étiologie héréditaire de l’épilepsie, mais il dit de plus avoir observé, des cas où les ascendants avaient été atteints de névralgies intenses; il cite entre autres l’exemple d’une mère migraineuse, qui eut une fille hystérique et un fils épileptique.

Si j’essaye de tirer des conclusions, des statistiques produites par les auteurs précédents, je ne pourrai admettre, sauf pour quelques-unes de ces statistiques, J’hé-

(1) Gaz. des Hop., 1879, p. 377.)

^2) Reynolds, System of Medicine. (Art. Epilepsy, p. 253.)

;3) Nothnagel, Épilepsie, (llandbuch der speciellen Pathologie und Thérapie de Ziemssi-.n, t. XII, Krankheiten des Nervensy stems, II, p. 203.)

rédité épileptique directe; il me sera de même difficile, d’attribuer aux maladies nerveuses des ascendants, un rôle bien défini, dans l’étiologie de l’épilepsie des descendants. Chacun s’est efforcé en effet, de relever sans distinction, les maladies du système nerveux les plus disparates qui ont pu atteindre les ascendants, migraine, céphalalgie, apoplexie, etc., voire même (dans les anciens auteurs) la psore (héréditaire), la scrofule ( hérédité hétérogène), etc. Loin de moi l’idée de blâmer l'intention do ces auteurs, au contraire, je crois qu’il est utile de noter les renseignements lesplus étendus, sur les antécédents de famille, parce que souvent, des détails qui à notre époque, ou pour nous, semblent de peu d’importance, peuvent en acquérir, avec des idées nouvelles en rapport avec les progrès accomplis par la science. Mais de là à tirer des conclusions absolument exactes et définitives, il n’y faut pas

songer

Aussi, les opinions et les statistiques contradictoires, des auteurs queje viens de citer, ne me permettent-ellesguère, de conclure soit àl'hérédité épileptique (hérédité similaire), soit à l’hérédité névropathique (hérédité dissemblable).

3° De l’épilepsie héréditaire à la Salpêtrière et à Bicêtre.

Si maintenant j’examine les résultats que me fournit le dépouillement de 350 observations (1) recueillies par Bourneville, soit à la Salpêtrière, soit dans son service de Bicêtre, et que cet auteur a mises très obligeamment à ma disposition, j’arrive à des résultats différents (V. le tableau de la p. 117.)

(1) Cette statistique comprend un certain nombre de malades de la Salpétrière, tous les épileptiques du service de Bourneville, décédés a Bicêtre depuis 1871), et enfin la plupart des épileptiques du même service, dont l'observation a été publiée par Bourneville ou ses élèves.

Il ressort clairement en effet de cette statistique, que l’épilepsie des ascendants directs, prédispose leurs descendants à l’épilepsie ; le rapport entre le nombre des épileptiques chez les ascendants directs des malades, est en ellet sensiblement supérieur, à celui fourni (6/1000) par les statistiques faites sur l'ensemble de la population (Herpin) (1). Du reste, l’écart entre les deux rapports est encore plus considérable, si l’on tient compte en même temps, de l’hérédité directe et de l’hérédité collatérale.

Dans les tableaux suivants, que m’a communiqués le Dr Laflin (de Sallanches), on constate dans le premier, l’existence de l’hérédité directe et similaire de l’épilepsie; dans le deuxième, l’hérédité similaire chez un des enfants, et dissemblable chez les autres.

MÈRE

Épileptique.

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