L. Landouzy a observé à la Charité l’exemple suivant
Observation XIV. — Mrac X. tabès, pas desyphilis, pas d’autres maladies infectieuses qu’une rougeole; rhumatisante. — • Frère et père bien portants. — Mère alcoolique. — Un oncle et une tante aliénés.
Mobius (2) rapporte l’observation que voici :
Observation XV. — M. X., commerçant, aliéné, a trois fils. Le pre-
(1) Trousseau, Clinique medicale, 3e édit. 1877, t. Il, p. 610 et 136.
(2) Mobius, loco citatc.
mier bien portant, meurt à un âge avancé d’un cancer, il a3 cnfanfs : un (ils bien portant, une fille vive, intelligente, a des périodes cl’ excitation avec tendance au suicide ; un fils menant une vie irrégulière, syphilique, mort à 27 ans de paralysie générale progressive et laissant 2 enfants conçus pendant la maladie : une fille de 7 ans bien portante et un fils de 6 ans, ayant des tendances au délire des grandeurs. Le deuxième fils, épileptique, est mort jeune. Son (ils épileptique dans l’adolescence, estsyphilitique probable etataxique. Le 3e (ils bien portant, original, est mort célibataire.
Il résulte de ces exemples que je pourrais multiplier, que le tabès est l’apanage des familles à maladies nerveuses graves, (vésanies, épilepsie, paralysie générale) et qu’on ne le rencontre guère, lorsque les ascendants ne sont atteints que de neurasthénie, ou de formes nerveuses légères.
Ce qui parait acquis aujourd’hui dans l’étiologie du tabès, étudiée au point de vue de l’hérédité nerveuse, c'est ({ue l’on rencontre cette dernière dans un très grand nombre de cas; il est probable qu’on la rencontrerait encore davantage, si l’on ne se bornait point à la recherche de l’hérédité similaire, et si l’hérédité par transformation directe ou collatérale, était plus souvent recherchée avec soin. C'est là ce qui devra être fait à l’avenir, mais en attendant je crois que l’on peut actuellement, comme l’ont fait Charcot, Landouzy et Ballet, Féré, conclure que le tabès appartient à la famille neuro-pathologique; j’ajouterai même qu’il occupe dans cette famille un rang assez élevé dans l’échelle morbide, et qu’un certain degré d’hérédité nerveuse convergente est nécessaire à sa production. On ne s’expliquerait guère autrement il me semble, ce fait que, dans les ascendants directs ou collatéraux des tabéliques, on ne rencontre guère que des affections nerveuses graves, relevant elles-mêmes, cela est plus que vraisemblable, de la convergence héréditaire.
L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES
Étant admis que chez la plupart des tabétiques, il existe une tare nerveuse héréditaire, sans laquelle l’affection médullaire ne se serait point développée, il me reste à rechercher maintenant, si cette tare héréditaire est suffisante par elle-même, pour créer de toute pièces la sclérose des cordons postérieurs. Ici je crois pouvoir répondre par la négative. La prédisposition héréditaire me paraît insuffisante par elle-même, il faut autre chose pour devenir ataxique. Petit (1), Ferry (2) ont signalé le traumatisme comme cause occasionnelle. A une certaine époque, on a beaucoup incriminé les excès génitaux, le coït debout, etc. On a en général pris l’effet pour la cause ; ne fait pas des excès de coït qui veut, il faut pour cela une prédisposition, une excitabilité particulières du centre génitospinal, qui n’est point l’apanage de tout le monde, et qui se rencontrent surtout chez les gens issus de souche névropathique, et névropathes eux-mêmes. Quelquefois même cette hyperexcitabilité du sens génital, n’est qu’un premier symptôme du tabès, et souvent aussi on la rencontre chez des gens qui ne sont point et ne deviendront point ataxiques, sauf dans certaines circonstances spéciales.
La prédisposition héréditaire constitue toujours un « locus minoris resistentiæ », vis-à-vis des différentes maladies qui peuvent affecter l’organisme, c'est là un fait bien connu en pathologie générale, sur lequel je n'ai pas à insister. Le système nerveux est soumis à cette loi comme les autres, et certaines maladies qui, chez des individus sains, n’auraient aucune tendance à l’actionner d’une manière spéciale, se comportent différemment chez les sujets
(1) Petit, De l’Ataxie dans ses rapports avec le traumatisme. Arch. gén. de Méd. 1877, p. 489.
(2) Ferry, Recherches statistiques sur l’Étiologie de l’ataxie locomotrice progressive. Th. de Paris, 1879.
prédisposés. J’aurai à revenir dans un chapitre spécial sur cette proposition, en étudiant la manière dont réagit le système nerveux des héréditaires, dans les maladies infectieuseset les intoxications, actuellement je ne ferai qu’en dire quelques mots au sujet de l’ataxie, et des relations de cette dernière avec les maladies générales. Deux d’entre elles ont été incriminées dans la pathogénie de cette affection, le rhumatisme et la syphilis. Pour ce qui est du rhumatisme et de ses rapport avec le tabès, la question est douteuse. Cette relation a été défendue par Rosenlhal, par Leyden (1 ), qui considèrent le refroidissement, comme la cause la plus directe et la plus fréquente du tabès. Rehlen (2) sur 35 cas, a noté 26 fois (73, 4 0/0) le refroidissement; Belugou (3) sur 32 malades trouve 17 fois 53 0 0) le rhumatisme. Or, si l’on envisage la question au point de vue de l’arthritisme en général, et de l’artériosclérose en particulier, on ne trouve point dans les lésions viscérales des tabétiques, une confirmation de cette vue théorique. Les tabétiques ne sont point des poly-scléreux, ils ne le deviennent qu’avec les progrès de l’âge, mais ne le sont point d’emblée et dès le début de leur affection. Reste la syphilis, on sait combien est fréquente cette dernière chez les malades atteints de tabès. Le procès delà syphilis, — pour et conlre, — a été fait tant de fois ces dernières années, que je crois inutile d’insister de nouveau sur ce sujet.
(1) Leyden, Art. Tabes dorsalis in Real Encyclopàdie der Gesammt. Heilkunde, 1882, p. 397.
(2) Reiilen, S lads lie fie Mittheilungen uber 35 F fil le von Tabes dorsualis . Aerztl. Intelli. Bl. München, 1882, 7 mars, p. 101.
Rehlen sur ces 35 cas a trouvé comme autre cause étiologique 5 fois (14, 3 0/0) la disposition héréditaire et 4 fois (11, 4 0/0) pas de cause avérée.
(3) Beluoou, Recherches sur les causes de l’Ataxie locomotrice progressive. Progrès médical, 1885, p. 171.
L’HEREDITE DANS LES MALADIES
Il est un fait certain, c’est que presque tous les tabétiques sont d’anciens syphilitiques. Erb (1), pour prouver que la coexistence du tabès et de la syphilis, n’était point due au hasard, a examiné au point de vue de la syphilis 400 malades atteints d’affection du système nerveux, en dehors de l’ataxie locomotrice. Il a obtenu les résultats suivants : Tandis que la syphilis s’observe chez 88 0/0 des tabétiques, elle ne s’observe que chez 23 0/0 des 400 malades nerveux non ataxiques.
Pour Fournier (2), les connexions de la syphilis et du tabès sont si étroites, qu’il décrit un tabès syphilitique. On a opposé à cette manière de voir le fait que le tabès est une affection systématique, objection qui a sa valeur, car la syphilis dans ses manifestations anatomiques, se traduit en général par des lésions d’ordre différent. On est en outre vraiment étonné de voir le petit nombre de tabétiques, comparé au nombre considérable de syphilitiques. Toutes ces particularités ont déjà été relevées maintes et maintes fois.
Tout ce que l’on peut dire, c’est que la syphilis est une cause puissante de tabès, chez les sujets ayant une tare nerveuse héréditaire; un névropathe syphilitique court de grandes chances d’être un jour ou l’autre tabétique, surtout s’il existe dans ses ascendants ou ses collatéraux des névroses graves, mais on peut dire aussi, et cela avec une quasi certitude, que la syphilis, par elle seule, est impuissante à produire de toutes pièces le tabès chez un sujet non prédisposé.
La maladie infectieuse, ne peut rien si le terrain n’est
(1) Erb, Tabes und Syphilis. Centralbl. {’. d. med. VVissenscliaft, 1881. n° 11 et 4 2, p. 1 93 et 213.
(2) A. Fournier, De l'Ataxie locomotrice d'origine syphilitique (Tabès spécifique) 1 vol., Paris, 1882.
I)U SYSTEME NERVEUX
pas favorable; dans le tabès, ainsi que l’enseigne M. Charcot, c’est l’hérédité qui domine, la syphilis n’est qu’une cause adjuvante, elle ne peut agir que sur un terrain préparé longtemps à l’avance, et ce n’est que dans ces conditions que le syphilitique peut devenir tabétique.
Le tabès s’observe-t-il chez l’enfant? Depuis que l’on sépare nettement de la sclérose des cordons postérieurs — du tabès classique de Duchenne, — la maladie de Fnedreich,
— affection de l’enfance, de la puberté et de l’adolescence,
— ces cas de tabès chez l’enfant, deviennent de jour en jour plus rares. Il en existe toutefois qui paraissent indubitables. Eulenburg parle d'un enfant de 9 ans tabétique (1), Jacubowitsch (2) rapporte l’observation d’un garçon de 10 ans, tabétique, sans antécédents héréditaires (3). Tout récemment B. Remak (4) a relaté trois nouveaux faits que je résume ici :