transmission des caractères dans la greffe
a. InlliH'iM'c <l«i porte-greffe sur le greffon.
Lorsque l’on greffe une plante sur une autre, le greffon se développe comme s’il fût resté en place sur la plante mère; ses caractères ne sont point modifiés et c’est là une propriété précieuse dont les jardiniers et les horticulteurs tirent parti pour propager indéfiniment, avec tous leurs caractères, des plantes obtenues avec peine et qui, reproduites par semis, feraient retour à la variété naturelle non améliorée. C'est là le fait général et dominant. Mais, si on y regarde de très près, ou si l’on s’adresse à
l’individu 9 situé à gauche, de l’individu <3 placé à droite.
1 Le nombre des générations pendant lesquelles on peut reconnaître la présence d’un sang étranger peut s’élever jusqu’à vingt etplus d’après Darwin (80). D’après Natiiusius l’introduction de 1/64 de sang de Sus indicus dans la race du Sus scrofa suffit pour communiquer à celui-ci des caractères ostéologiques très nets de cette espèce. Il rapporte aussi que Fleischmann, croisant un mouton allemand dont la laine grossière ne compte que 0.500 libres par pouce avec un méri-
nos dont la laine compte 40 à 48.000 fibres, n’avait obtenu que 27.000 fibres après vingt croisements. D’autre part, nous avons vu que l’on retrouve des traces sporadiques du mérinos dans la laine des moutons berrichons croisés avec les mérinos, il y a un grand nombre d’années.
Enfin, Darwin rapporte encore que, au dire dePENNANT, une localité de l’Écosse se trouva peuplée d’une multitude de chiens ayant l'aspect de loups par suite de l’introduction dans la contrée d’un seul individu métis de chien et de loup.
quelques exemples particuliers, on reconnaît que cette permanence des caractères du greffon n'est pas absolue. Le porte-greffe , ou sujet , lui communique, avec sa sève, quelques-unes de ses particularités propres : il y a là une sorte d’hérédité par les sucs organiques, en dehors du plasma germinatif, qui est du plus haut intérêt pour le biologiste. Nous avons rencontré quelque chose de semblable dans l’hérédité des effets de l’alcool ou de certaines autres substances introduites dans l’organisme par le tube digestif ou par la voie hypodermique. Gartner (49) a réuni un grand nombre d’observations où il a montré que souvent le fruit est légèrement affecté, selon la nature du porte-greffe, dans son volume et sa saveur, que les feuilles se montrent plus ou moins persistantes, que les fleurs sont quelque peu modifiées dans leur aspect.
A coté de ces faits multiples d’influence à peine sensible s’en trouvent d’autres, bien plus curieux, d’influence exceptionnelle mais très forte* Lorsqu'on greffe, par approche, deux rameaux de vigne, l’un à raisins noirs, l’autre à raisins blancs, les branches soudées produisent des raisins à grains panachés ou à grains les uns blancs, les autres noirs. Un œil de pomme de terre, placé dans une cavité de forme correspondante creusée dans une pomme de terre de race différente dont on a enlevé tous les autres yeux, se développe et donne des tubercules qui offrent un mélange des caractères de ceux des deux races. Ce n’est pas la couleur «seule qui est ici affectée ; l’épaisseur de la peau, sa texture lisse ou écailleuse, l’aspect de la chair sont aussi modifiés. Les feuilles et les tiges participent aussi à cetle influence qui se maintient pendant plusieurs années de culture L
1 Un des caractères qui se communiquent le plus aisément du sujet au greffon est la panachure. Mais la valeur de ce caractère a été contestée , comme dépendant d’une maladie inoculable. 11 se communique, en effet, par la greffe entre plantes qui ne peuvent se le communiquer par la pollinisation; il se développe spontanément dans certains sols. Darwin (79) donne une longue énumération d’expériences sur les pommes de terre. Variées de mille manières, elles ont toujours donné le même résultat. Focke (81) trouve qu’elles n’ont pas grande signification, car les modifications ne portent que sur les parties souterraines. On ne
voit pas en quoi cela peut intéresser les conclusions relativement à l'influence du porte-greffe, que cette influence s’exerce sur des rhizomes souterrains ou sur des tiges aériennes. D’ailleurs l'objection est mal fondée. Les observations de Feun et de A. Dean, citées par Darwin, montrent que les tiges et les feuilles furent affectées aussi bien que les tubercules, et leur modification était encore très nette après trois ans de culture.
Une influence en sens inverse du greffon sur le porte-greffe a été aussi constatée, mais comme elle n’a porté que sur la panachure, on ne saurait en tirer une conclusion solide jusqu’à ce que la question