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LA GRANDE LOI BIOGÉNÉTIQUE

Un fait très général et bien digne de nous étonner c'est que presque jamais l’ontogénèse ne suit une marche simple et directe : presque jamais les cellules ne prennent tout de suite les dispositions qui rapprocheraient le plus l’embryon de sa forme définitive. L’ontogénèse se rap-

1 Chez les plantes on n’observe pas ces duplicatures, invaginations, refoulements qui jouent un si grand rôle dans l'ontogénèse animale, ou du moins elles ne se produisent que dans des points très restreints. Le processus général se réduit à une multiplication des éléments actifs qui donne naissance à des massifs cellulaires dans lesquels se différencient in situ les diverses parties du végétal. Ces massifs s’accroissent d’un côté par prolifération de leurs. cellules, tandis que de

l’autre ils sont envahis par la différenciation. Laproduction des saillies pleines, comparables à celles qui forment les bourgeons des membres des animaux, est au contraire très fréquente. La principale cause de cette différence réside peutêtre en ce que la plante, exerçant toutes ses fonctions par des organes saillants qui se portent au dehors vers la lumière, l'air ouïe sol, n’a pas, comme l'animal, de grandes cavités intérieures, où s’accomplissent des fonctions importantes et variées.

LES FAITS

proche peu à peu du but, mais comme en louvoyant contre un vent contraire, et ses longues bordées l’en éloignent parfois d’une manière étonnante. Elle dessine des masses de rudiments inutiles, fait pousser des membres qui ne serviront pas, perce des fentes branchiales chez un animal pulmoné, pour les fermer ensuite, etc., etc. , etc. b

Pendant longtemps on n’a pas compris la nature de ces détours de l’évolution. Puis on a remarqué une singulière ressemblance entre ces formes embryonnaires provisoires et celles des êtres que l’anatomie comparée et la paléontologie nous montrent comme occupant les degrés de l’échelle situés plus bas : Serres (42) a formulé la chose en disant que Y ontogénèse est la répétition de V anatomie comparée. Puis, quand a surgi la doctrine évolutionniste, cela a été transformé en parallélisme de Y ontogénie et de la phylogénie et, formulé par Fritz Muller (64), est devenu la grande loi biogénétique.

Comme question de fait, il faut dire qu'en effet, bien souvent les formes embryonnaires rappellent celles des êtres que l’on est autorisé à considérer comme les ancêtres de son espèce, mais que, non moins souvent, et de Favis même des transformistes, il n’en est pas ainsi (*).

On voit combien sont graves et nombreuses les questions théoriques que soulève l’ontogénèse. Quelle est la signification de cette répartition égale de la chromatine des deux parents dans les cellules de l’organisme engendré? Comment et dans quelle mesure cela peut-il servir à expliquer les ressemblances générales et locales de celui-ci avec ceux-là? Quelles sont les causes des différenciations histologique et anatomique? Les forces qui poussent l’amas cellulaire issu de la segmentation de l’œuf à se différencier en un organisme de telle struc-

1 Les exemples de ces faits fourmillent dans le règne animal. Les vertébrés supérieurs ont successivement trois appareils urinaires et les mollusques en ont deux, dont le dernier seul persiste; le cheval, la baleine ont des doigts distincts et séparés, etcette dernière a, en outre, des dents; le serpent a deux paires de membres ; l'insecte en a une quatrième paire. Ce sont là des exemples de formations entièrement inutiles. Celles qui servent

à une vie larvaire différente de celle de l’adulte sont innombrables. Citons, au hasard, les organes locomoteurs et sécréteurs chez tant de parasites qui en sont dépourvus à l’âge adulte, les organes spéciaux des Nauplius , Pluteus, larves d’insectes, etc., etc. Ici, l’utilité de ces formations se conçoit d’elle-même, mais la cause de leur production reste aussi difficile à expliquer que celle des organes inutiles.

(*) Sedgwick (94 : I, 172) a montré par des exemples que la loi biogénétique était souvent en défaut, les embryons de formes voisines différant plus entre eux que les adultes correspondants.

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