C. LE POLYMORPHISME
Chez la plupart des êtres, le cycle évolutif comprend, en outre de la
1 Ici aussi il faut distinguer l.a coexistence des deux modes de génération, de l'alternance vraie. Une Clavelina née d’un œuf devient sexuée et produit des œufs, mais elle bourgeonne en outre et son bourgeon produit aussi des œufs. Pour celui-ci, il y a eu alternance de la reproduction sexuée et du bourgeonnement; pour la première, il y a eu coexistence. Même fait
se rencontre chez l’hydre d’eau douce.
Tantôt le bourgeon est un individu absolument complet qui se sépare (hydre) ou non (bryozoaires) de l’individu qui l’a engendré, tantôt il est incomplet et dépendant à des degrés très divers. Les individus du corail n’ont que leurs vaisseaux en commun ; les rameaux des plantes sont des individus privés de racines.
LES FAITS
forme adulte, une série déformés qui vont de l'œuf àl’adulte par unesérie de transitions graduelles et en se rapprochant de plus en plus de la structure de ce dernier. Lorsqu’il y a métamorphose ou -alternance de générations, on voit s’intercaler dans le cycle des formes qui divergent de la ligne évolutive directe et se présentent avec certains caractères d’espèce indépendante. On dit alors qu’il y a polymorphisme. Dans d’autres cas, il y a polymorphisme aussi, mais les formes surajoutées ne sont pas liées à la forme principale par une relation de métamorphose ou d’alternance de génération : elles sont en rapport avec l’accomplissement de fonctions spéciales liées à la division du travail chez des êtres vivant en colonie , comme les abeilles ou les termites (*).
La métamorphose et la génération alternante sous toutes ses formes soulèvent des questions théoriques intéressantes. Sous l’influence de quelles conditions l’ontogénèse s’est-elle ainsi scindée pour produire
(’) Il y a grand intérêt à distinguer ces deux formes de polymorphisme essentiellement différentes et qui n’ont été réunies sous une même étiquette qu’en raison d'une ressemblance toute superficielle dans les résultats. J’ai proposé (97 : III, Avertissement) les termes (\e polymorphisme métagénique pour le premier (en rapport avec l’alternance des générations ou métagénèse) et de polymorphisme ergatogênique pour le second (en rapport avec la division du travail, spyov). Enfin il existe une troisième sorte, que j’ai appelée polymorphisme œcogénique et qui résulte de l’action du milieu (de olxoç, maison). Le premier appartient à ce chapitre, le second à celui du sexe et des caractères sexuels secondaires, le troisième à celui de la variation.
Sur le polymorphisme métagénique est à signaler une vue intéressante de Strasburger (95 : I. 87) et de Beard et Murray (95 : I, 309) qui le considèrent comme universellement répandu chez les animaux et les plantes : les gamètes représenteraient une génération unicellulaire sexuée qui, après conjugaison, se reproduirait pendant de longues générations asexuellement, par division, engendrant ainsi le soma.
Sur le polymorphisme ergatogênique, les opinions soutenues par Weismann et par Spencer font encore l’objet de diverses discussions. Les deux théories en présence sont la théorie blaslogène qui rallie les préformationnistes et la théorie somatogène soutenue par les évolutionnistes. Ceux-ci veulent que les caractères des différentes formes soient contenus dans le germe et que les conditions somatiques, en particulier la quantité et la qualité de la nourriture, ne fassent que favoriser leur développement : nous trouvons ici Weismann (95 : I, 304), Wagner (95 : I, 174) qui donne un bon résumé de la discussion entre Weismann et Spencer, etc. Ceux-là veulent que les conditions somatiques suffisent à produire le résultat ; avec Spencer nous trouvons ici Emery (lr° opinion), Bath (96 : II, 251), Marchal (96 : 11,236) qui signale des états intermédiaires entre les formes principales et montre que l’on peut considérer les formes secondaires des espèces polymorphes comme des cas de dichogénie ayant pour origine des accidents tératologiques. Divers zoologistes se rangent à une manière de voir intermédiaire, admettant une part de cause blastogène et une part d’influence somatogène : Emery (95 : II, 249). En ce qui concerne l’étude des formes polymorphes, voir sur les pucerons Cholodkovski (98 : IV, 274), Mordwilko (98 : Y, 232) et, sur les termites, un important travail de Grassi et Sandias (98 : IV, 267).
Sur le polymorphisme œcogénique sont à signaler principalement : un travail où Coutagne "(95 : I, 297) montre qu’en y regardant de près, on trouve dans les espèces naturelles autant de variétés que dans les races domestiques (Voir aussi Débat, ibid., 202); un intéressant travail où Kolodkovsky (96 : 11,254) montre ce que sont et comment se forment les espèces physiologiques , et les curieuses recherches de Beijerinck (96 : II, 244, 252) montrant l’influence de la nature de l’arbre qui fournit la galle sur les caractères du cynips que celle-ci héberge.