LIVRE III. - LA MGE
Nous connaissons maintenant la cellule, individualité élémentaire des organismes, et V individu formé d'un agrégat de cellules; il nous reste à étudier la race, c’est-à-dire, en prenant ce terme dans sa plus large acception, les rapports des individus avec la nature et entre eux, dans les groupes naturels établis par leur filiation généalogique .
Cette définition de la race implique la descendance, et l’on se demandera de quel droit nous l’employons sans avoir prouvé que nous en avions le droit. Je reconnais sans peine que l’on n’a jamais vu une espèce en engendrer une autre, ni se transformer en une autre, et que l’on n’a aucune observation absolument formelle démontrant que cela ait jamais eu lieu. J’entends ici une vraie bonne espèce, fixe comme les espèces naturelles et se maintenant, comme elles, sans le secours de l’homme 1.
A plus forte raison cela est-il vrai pour les genres.
Je considère cependant la descendance comme aussi certaine que si elle était démontrée objectivement, parce qu’en dehors d’elle, il n’y a d’autre hypothèse possible que celle de la génération spontanée de toutes les espèces, même supérieures, et celle de leur création par une puissance divine quelconque. Ces deux hypothèses sont aussi extra-scientifiques l’une que l’autre, et nousne perdrons pas plus notre temps à les discuter que ne ferait un physicien pour une théorie basée, par exemple, sur la non-con-
1 Je prends ici la première personne pour montrer que je parle en mon nom personnel et non en celui des transformistes, dont beaucoup sans doute seront scandalisés en lisant cette déclaration.
Je suis cependant absolument convaincu qu’on est ou n’est pas transformiste, non pour des raisons tirées de
l’histoire naturelle, mais en raison de ses opinions philosophiques.
S'il existait une hypothèse scientifique, autre que la descendance, pour expliquer l'origine des espèces, nombre de transformistes abandonneraient leur opinion actuelle comme insuffisamment démontrée.