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INFLUENCE DES ÉTATS TRANSITOIRES DES PARENTS SUR LE PRODUIT

C’était autrefois une opinion très généralement répandue, même parmi les médecins, que l’enfant pouvait hériter des dispositions transitoires dans lesquelles se trouvaient les parents au moment de la conception, lorsque ces dispositions étaient suffisamment accentuées.

Je dis hériter, car on ne croyait pas seulementà une influence générale, vague ou peu déterminée, mais à un rapport très précis avec les caractères futurs de l’enfant. C’est ainsi qu’ERASME Darwin (10) conseille au père, pendant le coït, d’évoquer dans son imagination une image vive des organes de sa femme ou des siens propres, selon qu'il veut faire une fille ou un garçon. Inutile de dire que ces absurdités ont été reléguées, à côté des envies des femmes enceintes, auxquelles bien des gens croient encore, parmi les choses que l’on ne discute plus dans un livre sérieux.

Mais il n’est pas démontré que des sentiments très violents, ou une disposition maladive, ou l’état d’ivresse n’aient pas une influence sur le produit de la conception.

Pour ce qui est des sentiments violents, ils ne semblent pas avoir grande influence; on n’a jamais remarqué que les enfants conçus dans le viol aient été fort différents des autres. Et cependant, quel sentiment peut être plus violent que la colère, la honte, l’indignation, l’horreur, d’une femme soumise à cette violence.

Au sujet des dispositions maladives, on ne sait rien de positif. Mais pour ce qui est des cas d’ivresse, plusieurs observations ont été rapportées, d’après lesquelles les enfants conçus dans cet état seraient affectés

LUS FAITS

de tares diverses. Ces observations sont rarement authentiques, car le jour précis delà conception est souvent ignoré et lorsque, plus tard, on cherche l’explication des tares de l’enfant, l’imagination peut jouer un rôle comme dans les commémoratifs des envies des femmes enceintes h En somme : V influence des conditions transitoires des parents au moment de la conception sur l’enfant n’est pas suffisamment établie : les états de l’esprit paraissent n’en avoir aucune ; pour les dispositions de santé, on ne sait rien de précis; l’état cl’ intoxication par V alcool en a peut-être une, mais elle n est pas démontrée par clés observations suffisamment nombreuses et irrécusables.

1 Lucas (50) rapporte le fait suivant observé par Faleria de Hilden. Une dame de Cologne, jeune, robuste, bien portante, enceinte de son premier enfant, est témoin d’une crise d'épilepsie qui l’épouvante. Son enfant, né à terme, est atteint d’épilepsie et en meurt à un an. Tous les autres enfants de cette femme en furent indemnes. On a le droit de se demander si les convulsions dont mourut cet enfant étaient bien de nature épileptique.

Mais voici un autre cas plus remarquable encore, cité par le même auteur. Un homme a eu pendant deux ans de sa vie des crises d’épilepsie. Un enfant né avant cette période et trois nés après sont indemnes. Deux nés pendant la maladie sont épileptiques. L'imitation ne peut être ici invoquée, car elle eût eu plus d’influence sur le premier enfant, mieux en âge d’être épouvanté par les crises, que sur les deux suivants qui avaient, au plus, l’un deux ans, l’autre un an au moment de la dernière attaque. Il faut remarquer en outre que le diagnostic précis n’a pas ici le même intérêt que dans le cas précédent. Il suffit que les convulsions du père et des deux enfants soient de même nature.

En compulsant les observations des effets de l'ivresse des parents au moment du coït, on n’en trouve en somme qu’un tout petit nombre qui soient véritablements satisfaisantes, au point de vue de la certitude des commémoratifs, ' toujours

un peu délicats à établir, et de l’élimination des autres causes d’hérédité. Ces observations montrent une assez grande ressemblance entre les effets de l’ivresse passagère et ceux ‘de l’alcoolisme chronique. Cette influence de l’état d’ivresse s’explique d’ailleurs tout naturellement par l’action de l’alcool dont le sang est chargé sur les produits sexuels. Il n'y a point là d’action mystérieuse comme dans la transmission des caractères acquis. La plupart des médecins admettent cette action de l’alcool : Esquieol, Seguin, Morel, Lucas, Déjerine, de Quatrefages (qui en cite un cas dans son livre V Unité de l’espèce humaine ), Lasègue, etc. Elle paraît donc bien certaine, mais il ne s’agit là d’hérédité que d’une manière bien détournée, car il n’y a guère de ressemblance entre l’état d’excitation ou d’hébétude des parents et les malformations et tares intellectuelles des enfants.

Ici encore, ce qui doit frapper, c’est que le système organique atteint est le même chez les parents et le produit :

le système nerveux.

De Candolle, Lucas et bien d’autres croient aussi à l’influence de l'état passager de la santé des parents, mais ici on ne montre qu’une vague influence générale, sans ressemblance aucune entre l’état des parents et celui de l’enfant. C’est une question de pathologie de la reproduction et non d’hérédité.

LA TÉLÉGONIE.

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