XÉNIE
Focke (81) a donné le nom de xénie à des faits qui ne concernent pointl’hérédité, mais qui sont, au fond, de même nature que la télégonie, en sorte que leur étude doit se placer ici b
D’ordinaire, quand on féconde une fleur par un pollen étranger, la plante issue de la graine bâtarde montre des caractères de la race du père, mais la graine elle-même, ni surtout le fruit qui la contient, ne diffèrent en rien de ceux de la race pure de la fleur femelle. Eh bien, quelquefois il n’en est pas ainsi; et Ton appelle xénie ce métissage de la graine et du fruit, parfois même de parties plus éloignées, par le pollen fécondateur.
C’est encore là un phénomène très exceptionnel. Dans ses innombrablés expériences de croisement, Knight n’en a observé aucun cas. D’autre part, beaucoup des exemples cités ne sont pas convaincants, car ils peuvent s’expliquer par la variation accidentelle si fréquente chez les plantes. Mais quelques-uns sont à l’abri de tout reproche.
Le plus célèbre est celui du pommier de Saint-Valéry. Cet arbre était stérile par avortement de ses étamines. Tous les ans, les jeunes filles allaient chercher des rameaux de pommiers en fleurs et les secouaient sur les fleurs de l’arbre stérile pour le féconder. Or Tillet de Clermont-Tonnerre (25) assure que les pommes rappellent par la taille, la couleur, la saveur, celles des arbres qui ont fourni le pollen.
En voici quelques autres parmi les plus significatifs. C. J. Maximowicz
1 Focke et les autres auteurs après lui emploient le mot allemand Xenien seulement au pluriel. Il faudrait donc dire seulement xénies. Je ne vois pas la raison de cela et propose de dire un cas de
xénie , comme on dit un fait de tétégonie. Focke ne donne pas l'étymologie du mot. Il vient sans doute de i-évoç, hôte, parce que le fruit est modifié par son hôte, l’ovule bâtard.
la prudence qu’il faut apporter dans les interprétations. Voir aussi, sur ce point, Vom Rath (98 : IV, 419) et Tornier (98 : IV, 420). Le contrôle expérimental n’a donné que des résultats négatifs à Bell (96 : II, 464), à Vom Rath (98 : IV, 419), à Bond (99 : V, 345), à Barthelet (00 : V, 344).
XENIE.
fait des fécondations réciproques de Lilium tubiferum (Linn.) et de L. dauricnm (Gawl), espèces très voisines, et obtient chez le premier une capsule de la forme de celles du second, et chez celui-ci une capsule de la forme habituelle chez le premier. Cette double modification élimine l'hypothèse de variation accidentelle.
Chez le maïs (Zea\ ce phénomène se présente avec une certaine régularité. Les espèces à graines blanches, fécondées par des espèces à graines jaunes, brunes ou bleues, portent des graines de ces couleurs, mais l’inverse n’a jamais lieu. Dans beaucoup de cas, on a pu, en semant toutes les graines de l’épi, faire la preuve- que, seules, les graines modifiées dans leur couleur étaient fécondées par le pollen de la variété colorée 1 (*).
1 Des expériences formelles de divers botanistes, en particulier celles de Gartner (49), ont vérifié les faits de xénie anciennement connus chez le pois. Les pois blancs fécondés par des pois de couleur donnent des graines colorées et Ton trouve souvent des graines blanches et des colorées dans la même gousse.
Darwin (79) rapporte que M. Laxton en fécondant le grand jjois sucre par le pollen du pois à cosses pourpres , a obtenu une cosse nuancée de pourpre sur une certaine étendue. Or, depuis vingt ans qu'il cultivait le grand pois sucré, M. Laxton n'avait, jamais observé cette nuance à titre de variation accidentelle et n’avait jamais entendu dire qu’elle se fût produite. Les valves de la cosse du pois hybridé étaient en outre épaisses comme celles du pois à cosses rouges, tandis que celles du grand pois sucré sont très minces. Darwin constata lui-même ces caractères sur la cosse qui lui fut envoyée par M. Laxton. Voilà donc un cas bien authentique où la xénie s’est étendue au fruit.
Darwin cite aussi le cas de Gallesioqui, en fécondant des fleurs d'oranger avec du pollen de citronnier, obtint une orange dont la peau était transformée, sur une bande longitudinale, en zeste de citron,
reconnaissable à tous ses caractères de couleur, d’aspect et de goût.
Beaucoup de jardiniers assurent avoir observé que les melons risquent de perdre leur qualité si on les élève trop près d’autres cucurbitacés de goût inférieur. Les viticulteurs ont observé une influence analogue du pollen des vignes à raisins noirs sur celles à raisins blancs.
Focke rapporte que Koch aurait observé une action du pollen du Magnolia sur la taille des feuilles du Xgmphæa.
Ce même auteur distingue les xénies en deux catégories, selon qu’elles affectent la couleur ou la forme des parties, et appelle les premières xénochromies et les dernières xénomorphies.
Voici encore quelques faits qui se rattachent à ceux décrits ici.
Darwin (80) assure que le Dr Smith est arrivé à déterminer le développement de l’ovaire en fruit, chez une orchidée, par irritation mécanique. Cela montre que la formation du fruit n’est pas liée nécessairement, comme on le pense d’ordinaire, au développement de l’ovule en graine, et permet de comprendre quelque chose de Faction directe du pollen sur le fruit. Gærtner (49) assure que, chez la mauve, un petit nombre de grains de pollen suffit pour féconder les ovules.
(*) Un nouveau cas de xénie a été cité par Gagnepain (96 : II, 463) chez Lychnis. Tous ces faits s’expliquent aujourd’hui de la manière la plus naturelle par la double fécondation découverte chez les plantes (Voir p. 136) : l’albumine est en réalité métissé.
LES FAITS
Ainsi : on peut se refuser à admettre que V élément sexuel fécondateur ne puisse, exceptionnellement , communiquer à certaines parties au moins de la femelle qui le reçoit quelques-uns des caractères du mâle qui Ta fourni.