LIS POETES
Ce n'est pas, je pense, beaucoup médire des poëtes que d’observer en général qu’ils forment une race passionnée, ardente, sensuelle : onn’estartiste qu’à ce prix. De là les désordres, les extravagances et les bizarreries de leur vie. Ces conditions sont peu favorables pour fonder une famille. On ne peut-être un grand artiste que par un mélange de qualités pour ainsi dire extranaturel. C’est un caractère rare, qui n’arrive que par un heureux accident, et dont par conséquent l’hérédité doit être très-instable.
Cependant, en examinant les parentés des 51 poëtes dont les noms suivent, il s’en trouve 21 qui ont eu un ou plusieurs parents remarquables. Nous avons écrit leurs nodis en capitales.
Liste des Poëtes.
Alfieri, Anacréon, Arioste, Aristophane, Burns, Bïhok, Calderon, Camoens, Chauceb, Chénier, Goleridge, Corneille, CoopER, Dante, Dryden, Eschyle, Euripide, Gosthe, Goldoni, Gray, Heine, Horace, Hugo, Juvénal, La Fontaine, Lamartine, Lucain, Lucrèce, Métastase, Milton, Musset, Molière, Moore, Ovide, Pétrarque, Plaute, Pope, Racine, Sappho, Schiller, Shakespeare, Shelley, Sophocle, Southey, Spencer, Le Tasse, Térence, Tennyson, Lope de Vega, Virgile, Wordsworth.
On remarquera que dans cette liste où nous ne croyons avoir omis aucun poëte marquant, on aurait pu eh retrancher quelques-uns dont la généalogie est compléte-
l’hicréditk de l’imagination. 85
ment inconnue (Sapho, Térence) et d’autres qui n’ont point laissé de famille. Nous arriverons ainsi à conclure que plus de 20 poètes sur 50 (ou 40 sur 100) ont eu des parents illustres. Voici quelques détails sur ce point :
Ariostb, tout enfant, écrivait déjà des comédies : on trouve dans sa famille :
Son frère, Gabriel, poëte de quelque distinction, qui acheva la comédie la Scholastica après la mort de Ludovico.
Son neveu, Orazio, intime ami du Tasse, qui a écrit tes Argumenti et autres ouvrages.
Aristophane. Le talent de ce célèbre comique se retrouve à un degré moindre dans :
Son fils, Arâros, auteur de cinq comédies, dont on cite le Cocctlos, ÏÆolosicon. etc.
Son autre fils, Nicostratos, qui composa quinze comédies.
Peut-être faut-il ajouter son troisième fils, Philippos.
Buhns paraît avoir reçu de sa mère cette excessive sensibilité qui a fait de lui un des premiers poètes de l’Angleterre.
Byron. Ici la généalogie est assez curieuse. On trouve d’abord:
Sa mère, femme étrange, hautaine, passionnée, demi-folle : ce qui a fait dire à un auteur anglais « que s’il y a un cas où les influences héréditaires puissent excuser les excentricités de caractère et de conduite, c’est bien pour Byron qui descendait d’une lignée d’ancêtres, chez qui des deux côtés tout avait été calculé pour détruire l’harmonie du caractère, toute paix, tout bonheur individuel. »
Sa fille, Ada, comtesse de Lovelace, remarquable par ses talents mathématiques.
Son grand-père, l’amiral Byron, navigateur, auteur de Récits de voyages.
Son père, le capitaine Byron, dissolu, impudent.
Chauceh, l’un des fondateurs de la poésie anglaise.
Son fils, sir Thomas, speaker de la Chambre des communes, ambassadeur en France.
Chénier (André), le plus grand de la famille.
LES FAITS
Son frère, Marie-Joseph.
Tous deux tenaient de leur ir^e, Santi Lomaka, Grecque d’origine et d’un esprit distingué.
CoLEHiDGE, poète ct métaphysicien anglais. J’emprunte à Gallon la liste abrégée de ses descendants.
Son fils, Hartley, poète, enfant précoce, dont le jeune âge avait été assiégé de visions. La puissance de son imagination était extraordinaire et d’un caractère morbide.
Son fils, le Rév. Dervsent, auteur, principal du collège de Chelsea, seul vivant des enfants du poète.
Sa fille, Sara, présente tous les caractères individuels de son père, auteur elle-même. Elle épousa son consin, et de ce mariage est né Herbert Coleridge, philologue.
Son neveu, Edward, fellow à Eton.
Corneille (Pierre), duquel il faut rapprocher :
Son frère, Thomas.
Son neveu, Fontenelle, fik d’une sœur. De cettesœur, descendait en ligne directe la fameuse Charlotte Corday.
Eschyle, poète héroïque s’il en fut, eut dans sa famille ;
Son frère, Cynégire, l’un des héros de Marathon.
Son frère, Aminyas, qui commença l’attaque à Salamine.
Son/îii, Euphorion, et son neveu, Philoclès, paraissent avoir eu quelque talent, comme poètes tragiques. Philoclès fut vainqueur dans le concours où Sophocle présenta l’Œdipe Roi.
Goethe tenait de son père le physique, de sa mère le moral. Poète et observateur, il a noté en lui les influences héréditaires :
Vom Vater hab' ich die Statur,
Des Lebens emstes Fübren ;
Von MüUerchen die Frohnnatur, *
Und Luat an fabulirem.
Drahnberr war der SchSnsten hold,
Daa spukt so bin and wieder;
Urabn frau liebte Snmck und Gold,
Uas znckt wobi dnrcb die Glieder.
Heine (Henri), peut être rapproché de son oncle Salomon Heine, célèbre philanthrope allemand.
l’hérédité de l’imagination. 87
Hdgo (Victor). Sans rechercher ce qu’il peut tenir de son père ou de sa mère, nous citerons :
Ses deux fils, Charles-Victor et François-Victor.
Ses deux frères, tous deux connus comme littérateurs; Eugène, mort en 1837; Abel, mort en 1855.
Ldcmn. Pour la généalogie de ce poète, nous renverrons à son oncle Sénèque.
Milton (Jean), poète, érudit, pamphlétaire.
Son père fut « un, homme d’un grand talent musical dont les chants sont encore en usage. »
Son frère, juge, mêlé à la politique.
Musset (Alfred de), dont le talent se retrouve à un certain degré dans :
Son frère, Paul de Musset, romancier.
R.ivcine (Jean).
Son fils, Louis, « le bon versificateur, fils du grand poète. »
ScHiLLEB paraît, comme Burns, avoir reçu de sa mère son extrême sensibilité. C’était une femme fort au-dessus du commun.
Sophocle. Une partie de son génie tragique avait survécu dans ;
Son fils, lophon, estimé d’Aristopbane.
Son pelil-^s, Sophocle le Jeune, douze fois couronné.
Tasso (Torquato) avait écrit son premier poème, Rimldo, à 17 ans; il tenait de :
Son père, Bernardo, l’un des bons poètes de l'Italie, auteur de VAmadis,
Et de sa mère, Parzia di Rossi, femme remarquable.
Vega (Lope de), après une longue vie d’aventures, est mort prêtre. 11 avait eu de Marcela :
Un fils naturel qui, à quatorze ans, avait fait quelque figure comme poète ; aventureux comme son père, il mourut trèsjeune dans une bataille.
WoRDswoRTH, poëte et métaphysicien.
Son frère est connu comme auteur ecclésiastique.
Ses trois neveux, tous trois scholars distingués, dont l'un a été classkal senior (premier au concours) de Cambridge, en 1830.