‹ L'hérédité psychologique [electronic resource]Chapitre 36 sur 113 · Da Gama Macbaclo, p · texte numérisé non relu

Da Gama Macbaclo, p

RiBOT. — Hérédité. "y

« J'ai remarqué, dit le docteur Maudsley * dans sa Pathology of Mind, que quand un homme a beaucoup travaillé pour arriver de la pauvreté à la richesse et pour établir solidement sa famille, il en résulte chez les descendants jne dégénérescence physique et mentale, qui amène quelquefois l'extinction de la famille à la troisième ou à la quatrième génération. Quand cela n'a pas lieu, il reste toujours une fourberie et une duplicité instinctives, un extrême égoïsme, une absence de vraies idées morales. Quelque opinion que puissent avoir d'autres observateurs expérimentés, je n'en soutiens pas moins que l'extrême passion pour la richesse, absorbant toutes les forces de la vie, prédispose à une décadence morale, ou intellectuelle et morale tout à la fois. »

L'hérédité de la tendance au vol est si généralement admise qu'il est superflu d'entasser ici des faits dont fourmillent tous les journaux judiciaires. Nous n'en citerons qu'un seul, mais décisif, emprunté à la Psychologie naturelle du docteur Despine : c'est le tableau de la famille Chrétien.

Jean Chrétien, souche commune, a trois enfants : Pierre, Thomas et Jean-Baptiste.

I. Pierre a pour fils Jean-François, condamné aux travaux forcés à perpétuité, pour vol et assassinat.

II. Thomas a eu : i° François, condamné aux travaux forcés pour assassinat; 2" Martin, condamné à mort pour assassinat. Le fils de Martin est mort à Cayenne pour vol.

III. Jean-Baptiste a eu pour fils Jean-François, époux de Marie Tanré (d'une famille d'incendiaires). Ce Jean- François a eu sept enfants : 1° Jean-François, condamné pour plusieurs vols, mort en prison. 2" Benoist tombe

i. Maudsley, loc. cit., p. 234.

l'hérédité des sentiments et des passions 99 du haut d'un toit qu'il escaladait et meurt. 3° X..., dit Clain, condammé pour divers vols, mort à 25 ans. 4° Marie- Reine, morte en prison, enfermée pour vol. 5" Marie- Rose, même sort, mêmes actes. 6° Victor, actuellement détenu pour vol. T Victorine, femme Lemaire, dont le fils est condamné à mort pour assassinat et vol '.

Nous avons cité ce cas, parce qu'il coupe court à toutes les explications tirées de l'influence de l'éducation et de l'exemple. Il est certainement difficile, dans beaucoup de cas, de faire la part de la nature et celle de l'éducation, et les enfants de voleurs ont beaucoup de chance de n'être pas formés à la vertu par leurs parents; toutefois la nature reste toujours la plus forte. Divers auteurs, entre autres Gall, ont cité des cas de disposition au vol, ou l'influence des parents n'était pas possible.

« 11 y avait en Amérique (dans le district de l'Hudson supérieur), il y a environ soixante-dix ans, une jeune femme d'une nature très perverse. De bonne heure, elle échappa à la corde , se maria, eut beaucoup d'enfants. Il y a d'elle aujourd'hui 80 descendants en ligne directe. Un quart a été frappé par la justice; les trois autres quarts se composent d'ivrognes,de fous,d'idiots et de mendiants . »

On peut appliquer à l'instinct de Vassassinat tout ce qui a été dit du vol. Les cas de transmission héréditaire sont aussi concluants et aussi nombreux. Nous avons vu plus haut l'hérédité de l'homicide s'ajouter chez une partie de la famille à l'hérédité du vol, et nous croyons inutile de citer des faits qu'on trouve partout ».

ma;qîerTt;n,l!LP-.**"- 7 trouvera plusieurs faits de ce genre. Re

'''^P''^^' ; Moreau. Psychologie

Le goût inné et incurable du vagabondage, dont les races inférieures et les bohémiens offrent de si beaux exemples, est encore une conséquence incontestable de l'hérédité.

Nous les examinerons plus tard, au point de vue social, dans la quatrième partie de cet ouvrage.

La conclusion à laquelle tout ce qui précède nous conduit, c'est que rien ne ressemble plus à la passion que la folie : et il faut entendre ceci dans le sens strict. L'opinion vulgaire admet assez volontiers que l'une, comme l'autre, obscurcit l'intelligence et paralyse la volonté; mais elle répugnerait à admettre qu'une passion violente est, quant à ses causes' génératrices, identique à la foHe. Pourtant, quand on feuillette les annales judiciaires et surtout médicales, pour y trouver des faits d'hérédité dans l'assassinat, le vol, l'alcoolisme ; à côté des cas, en quelque façon homogènes, où l'on voit la passion des ascendants se transmettre identique chez les descendants, on en voit d'autres, hétérogènes, où la passion des premiers devient folie chez les seconds, et la folie des premiers passion chez les seconds. Ces cas sont très nombreux. Nous n'en avons cité aucun, quoiqu'ils soient d'excellents exemples d'hérédité; mais, voulant nous en tenir à des faits absolument incontestables, nous avons écarté toute hérédité par métamorphose.

Nous ne voulons pas soutenir que toiite passion violente ou tout crime ne soit qu'une variété de la folie, mais seulement que, dans beaucoup de cas, les conditions qui les engendrent sont identiques. « Rien n'est tranché et isolé dans la nature. Tout s'y lie par des anneaux intermédiaires que l'observation attentive finit par trouver là où l'on n'eût pas osé les soupçonner de prime abord. Il serait à souhaiter, dans l'intérêt de la science, que l'on fit

l'hérédité des sentiments et des passions 101 des recherches sur les ascendants des criminels, en remontant à deux ou trois générations au moins. Ce serait un excellent moyen de mettre en évidence cette parenté qui existe entre les infirmités cérébrales, qui donnent lieu aux anomalies psychiques, génératrices du crime, et les affections pathologiques des centres nerveux et du cerveau en particulier. Le fait constaté par Ferrus et Lélut, que la folié est bien plus fréquente chez les criminels que chez les autres hommes, n'est-il pas une preuve que le crime et la folie ont des liens qui les unissent intimement *? Grand est le nombre des criminels dont les ascendants ont donné des marques de folie. »

Bruce Thomson, dans un travail récent : On thehercditary nature of crime, adopte la même conclusion et donne des chiffres à l'appui. Sur 5432 détenus, il en a trouvé 637 dont rétat mental ne lui a pas paru sain, quoique, d'après l'opinioh commune, il n'y eût pas lieu de les admettre dans une maison de fous. Sur 904 convicts emprisonnés à Perth, 440 sont revenus en prison, montrant ainsi l'entraînement fatal de la passion. Dans une maison de détention, 109 prisonniers étaient issus de 50 familles seulement. Une famille y comptait huit de ses membres ; plusieurs en avaient deux ou trois ^

Il n'entre pas dans notre sujet de chercher jusqu'à quel point la passion a le caractère fatal de la fohe, ni quelles conséquences pratiques découleraient de là. Nous vouhons montrer seulement : 1» que des passions qui restent inexplicables, tant qu'on les considère dans l'individu isolé, s'expliquent dès qu'on les suit dans leurs métamorphoses à travers les générations et qu'on les rattache

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