‹ L'hérédité psychologique [electronic resource]Chapitre 50 sur 113 · Voir Lucas, II, p · texte numérisé non relu

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2. 11 ne faudrait pas en conclure que la lenilunce au suicide ne subit jamais de métamorphose : elle le fait seulement moins que toute antre : elle se transforme notamment en tendance homicide. Cette transformation a été souvent notée chez le même individu : il est pris d'une irréeistible envie de tuer quelqu'un, lui-même ou les autres.

RiBOT. — Hérédité. . 10

Un mot d'abord sur les hallacinations.

Vhallucinulion se produit sous deux formes principales : Tantôt elle résulte de l'automatisme des centres nerveux et est compatible avec la raison la plus parfaite ; l'halluc'nation n'entraîne pas l'erreur du jugement, elle est reconnue comme une illusion, l'balluciné n'en est dupe en aucune façon. Tantôt l'hallucination est complète, alors le malade croit à la réalité objective de ses perceptions imaginaires et agit en conséquence : sous cette forme, elle est un premier symptôme de folie. L'hallucination est héréditaire, sous l'une et l'autre forme.

« On ne peut, dit Brierre de Boismont établir par la statistique le pouvoir de l'hérédité sur les hallucinations, parce que, dans le plus grand nombre de cas, elles existent avec la folie. Pour bien apprécier cette influence, il faudrait l'étudier chez les individus qui n'ont que des hallucinations simples, et chez les monomanes hallucinés qui ont une forme de fohe bien arrêtée. Il est incontestable qu'on les observe assez souvent chez les fils de ceux qui ont présenté cette double condition.

L'un des meilleurs exemples d'hallucination héréditaire (sans aliénation) a été rapporté par Abercrombie. « J'ai connu, dit-il, un homme qui a été assiégé toute sa vie par des hallucinations. Cette disposition est telle que, s'il rencontre un ami dans la rue, il ne sait d'abord s'il voit une personne véritable ou un fantôme. Avec beaucoup d'attention, il peut constater une différence entre eux. En général, il corrige les impressions visuelles en touchant ou en écoutant le bruit des pas. Cet homme est dans la force de i"àge, sain d'esprit, d'une bonne santé et engagé dans les affaires. Une autre personne de la famille a eu la même affection, mais à un moindre degré. »

1, Des hallucinations, p. 57.

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A riiôpitcil de Lyon, un homme était atteint à la fois d'hallucination du goût et de l'odorat ; poursuivi par des odeurs et des saveurs infectes, il passait des heures entières à se moucher et à cracher. Son père était mort dans le même hospice, de manie avec hallucination.

Rappelons encore la célèbre Visionnaire de Prévorst^ Frédérique HaufFe, dont Kerner a raconté l'histoire et recueilli les visions. Cette faculté de « causer avec les esprits » était commune à la plupart des membres de la famille Hauffe. Son frère surtout l'avait, bien qu'à un moindre degré et sans complication des phénomènes d'extase et de catalepsie de la Visionnaire ^

Quant aux hallucinations liées à la folie, il n'y a pas lieu d'en étudier à part la transmission.

Une forme de mono manie disparue aujourd'hui ou du moins très rare, mais qui était encore très florissante il y a trois siècles, est celle de la possession ou démonomanie. De nos jours, ces histoires ne semblent plus qu'un rêve; mais au temps où elles se passaient ailleurs que dans le monde des romans, où elles étaient une réalité cruelle et absurde, où la possession était un crime ayant ses tribunaux, son code de procédure, ses supplices, cette affection mentale, qualifiée alors de surnaturelle, se transmettait par l'hérédité.

Les démonographes sont unanimes à dire que, de génération en génération, les membres d'une même famille étaient voués au diable ou étaient sorciers. Deux grandes autorités sur la question, Bodin dans sa Démonologie, et Sprenger dans son Marteau des sorcières, posent presque toujours ce principe à l'état de règle sans exception. Bodin disait : « Père ou mère sorciers, fils et filles sorciers. »

1. Lucas, t. II, 769. — Abercrombie. Inquines on inietlccCuai Powers, p. 381. — B. dû Boismont, loc. cit.

Sprenger recommande do demander toujours soigneusement aux inculpés" si ex consanguinilale sua aliqui^'proipkr maleficia , fuissent chidnm incinerati, vel suspccli hcbili, » parce que la sorcellerie infeste d'ordinaire la race enlicrc. Les coupables étaient les premiers eux-mêmes à le reconnaître.

On peut rapprocher de la démonomanie les choréc.-=i épidémiques du moyen âge , qui , au témoignage des auteurs du temps, étaient héréditaires dans quelques familles. De même aussi chez les convulsionnaires du xvm* siècle : dans l'épidémie d'extase, mêlée de convulsions , qui se déclara chez les protestants des Gévennes , on vit des enfants de quatre à cinq ans, et même de dix-huit mois, saisis du mal commun. La sympathie, la contagion nerveuse, contribuaient certainement à la production de ce phénomène, mais on ne peut douter qu'il ne doive être rapporté pour une grande part à l'hérédité.

« La lypémanie, dit Esquirol, est le plus souvent héréditaire ; les lypémaniaques naissent avec un tempérament particulier, le tempérament mélancolique, qui les dispose àla lypémanie »

On cite des cas nombreux de familles dont les divers membres sont tourmentés de l'idée fixe qu'on veut les tuer ou les empoisonner. Une lypémaniaque, âgée de quarante-deux ans, est conduite dans une maison de santé , où elle meurt : on découvre que son grand-père avait été fou, sa mère folle, et que son fils, à peine âgé de quinze ans, offrait déjà des signes de lypémanie.

Sur 482 cas de cette maladie, Esquirol a noté 110 cas héréditaires.

1. Esquirol, I, 435. - Lucas, II, 783. - Il ne faut pas confoudre la lypémanie (appelée mélaucolie par corlaius auteurs) avec l'hypoclioiidne sans délire, quoique celle-ci ne soit quelquefois qu'un acheminement : exemple J.-J. Rousseau.

l'hérédité psychologique morbide 149 La manie consiste dans un désordre complet des facultés intellectuelles et affectives. « Le maniaque, dit Esquirol, ne vit plus que dans le chaos. Les propos désordonnés et menaçants trahissent le trouble de sa raison, ses actions sont malfaisantes, il veut tout bouleverser et tout détruire, il est en guerre avec tout le monde »

L'hérédité de cette affection mentale est très fréquente: d'après les chiffres relevés par Esquirol, la moitié des cas, ou à peu près, serait héréditaire. A la Salpêtrière, sur 220 cas, il a noté 88 fois la transmission héréditaire ; et dans son établissement, sur 152 cas, il l'a notée 75 fois.

Les maladies mentales dont il nous reste à parler représentent les formes extrêmes de la déchéance intellectuelle : ce sont la démence, la paralysie générale et l'idiotie.

La démence et la paralysie générale sont la terminaison habituelle ou au moins possible de tous les genres de folie. Leur transmission héréditaire ne constitue donc pas proprement un cas particulier et qui doive être examiné à part. Tantôt la démence des ascendants se reproduit, sous la même forme et à peu près au même âge, chez les descendants. Esquirol l'a vue paraître, dès l'âge de vingtcinq ans, chez un jeune sculpteur dont la famille était sujette à cette maladie. Tantôt la fohe des parents se métamorphose et devient chez les enfants démence ou paralysie générale. Ainsi l'on voit d^s individus, nés de parents qui ont été atteints de maladies mentales, parvenir jusqu'à l'âge de quarante ou de cinquante ans, sans avoir donné des signes notables d'aliénation mentale, tomber dans un état de démence sans causes apparentes et même inopinément.

Chez les idiots et les imbéciles, l'activité mentale a subi

i. Pour les faits, voir Esquirol, II, p. 144.

un tel arrêt de développement que quelques-uns ont pris les habitudes du pur animal. Cette maladie est incurable, car, pour la guérir, il faudrait refaire un autre cerveau. Suivant le mot ingénieux d'Esquirol, le dément est un riche devenu pauvre ; l'idiot, un pauvre qui n'arrivera jamais à la richesse.

Gomme le plus souvent l'appétit sexuel est très vif chez les idiots et qu'il s'ensuit une fécondité malheureuse , l'hérédité de l'idiotie est facile à constater. On cite un assez grand nombre de cas d'hérédité directe. Ainsi Esquirol a vu à la Salpêtrière une idiote qui n'a eu que trois enfants, deux filles et un fils, tous trois idiots*. Mais l'idiotie paraît se transmettre plutôt sous le forme collatérale, ou bien en ligne directe, mais en disparaissant pendant une ou deux générations. Haller le premier l'a lemarqué à propos de deux familles nobles chez qui l'idiotie s'était déclarée un siècle auparavant, et on la Aboyait se manifester encore à la quatrième et à la cinquième génération. De nos jours, Séguin, très compétent sur cette question, fait la même remarque. « Je n'ai jamais eu, dit-il, à soigner, que je sache, d'idiot fils d'idiot ni même fils d'imbécile, tandis qu'il m'est arrivé fréquemment de connaître ou de voir dans la famille d'un de mes élèves une tante, un oncle, plus souvent encore un aïeul, atteint d'idiotie, de folie ou d'imbécillité pour le moins. »

• Dès qu'on ne se restreint plus à l'hérédité de similitude, la transmission des désordres mentaux devient un fait si

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