CHAPITRE II
LES CONSÉQUENCES PSYCHOLOGIQUES DE l’hÉRÉDITÛ
Il n’est pas inutile de rechercher d’abord si toutes les formes de l’activité psychique sont transmissibles au même degré ou si l’on peut les classer suivant un ordre de fréquence.
Pour ce qui concerne la transmission des qualités physiques, je n’ai pas à m’en occuper ici. Je constate seulement que les physiologistes n’ont guère étudié cette question. Le professeur Robin fait remarquer en passant « que l’hérédité fonctionnelle est d’autant plus prononcée <iu’elle porte sur un système organique dérivant d’une lanière plus immédiate du vitellus fécondé » *.
1. « Les feuillets du blastoderme, externe et interne, ajoute le même auteur, emportent avec eux l’hérédité morbide des tumeurs cancéreuses qui sont des dérivés de leurs éléments cellulaires. Le système nerveux central, premier dérivé de l'ectoderme, emporte avec lui d’une manière presque aussi directe les qualités qu’avait ce système chez les générateurs et d’une manière plus prononcée que les systèmes qui embryogéniquement naissent plus tard. » ( Dictionnaire encycl. des sciences mévicales, art. Fécondation, p. 365. — Le Dr Lacassagne (même ouvrage), art. Consanguinité, p 679, donne la série suivante dans l'ordre de décroissance : 1“ éléments de la vie végétative (nutrition et tissus); 2° éléments de la vie animale (structure, formes, vie médullaire et ganglionnaire, etc.); 3° tissus à pigmentation (couleur de la peau ou de la robe chez les animaux).
En ce qui concerne l’esprit, une conception inconnue à l’ancienne psychologie, familière à la nouvelle, consiste à considérer la constitution mentale de chaque individu comme formée par des modes d’activité psychique inégalement organisés et variant du plus stable au plus instable. Les formes les mieux organisées, qui sont aussi les plus simples, sont nécessairement les plus solides, celles qui résistent le mieux à la maladie ou à toute autre cause de destruction, par suite aussi celles qui sont le plus régulièrement transmises par hérédité, et, dans l’hypothèse de l’évolution, celles qui ont été le plus anciennement acquises par l’espèce. D’une manière générale, le degré d’organisation donne la mesure du degré de transmissibilité. On peut conséquemment admettre l’ordre de fréquence décroissante qui suit, en faisant remarquer qu’il s’agit d’une transmission de chaque mode d’activité en général, non des variations individuelles :
1° Les instincts, qui, pour une grande portion de l’espèce animale, constituent la totalité de la vie psychique.
2° La faculté de percevoir par les sens, avec les différentes formes d’activité qui s’y rattachent immédiatement.
3° Les sentiments : ils sont d’autant plus transmissibles qu’ils sont plus simples et liés au corps, d’autant moins transmissibles qu’ils sont plus complexes et liés à l’intelligence. Dans une position intermédiaire se trouve ce groupe de sentiments qui dépendent de notre constitution physique et mentale et qui composent le caractère individuel. On peut remarquer que les enfants héritent du caractère d’un de leurs parents bien plus fréquemment que de son intelligence : fait qu’on ne peut attribuer ni à l’éducation ni au milieu, car les parents font souvent tous leurs efforts pour réprimer des tendances dont ils ont éprouvé eux-mêmes les inconvénients.
282 LES conséquences
4° L’intelligence, qui sous sa forme élémentaire est toujours héritée (hormis les idiots), mais qui devient de moins en moins transmissible à mesure qu’elle croît en complexité.
« En me fondant sur quarante-cinq ans d’observations, dit M. de Candolle, et sur des faits de même nature que mon père, grand observateur de ces sortes de choses, m’avait fait remarquer, je suis arrivé à cette conclusion : les dispositions morales et intellectuelles m’ont paru moins héréditaires que les formes extérieures et les dispositions purement physiques. Nous avons connu des familles où la majorité des individus a été méchante; d’autres, où elle a été composée de gens bons et affectueux; des familles où l’imagination domine; d’autres, où c’est la raison; des familles bornées et des familles intelligentes. Il est difficile d’attribuer de semblables faits uniquement à l’éducation Selon mes propres observations et réflexions,
la transmission héréditaire serait plus sensible dans les faits moraux que dans les faits intellectuels L »
L’étude des conséquences psychologiques de l’hérédité devrait commencer par les instincts. Nous ne reviendrons pas ici sur un point déjà traité 8. Il suffira de rappeler brièvement les résultats certains ou probables auxquels nous avons été conduits.
Si l’hérédité ne jouait qu’un rôle conservateur, ses conséquences, psychologiques ou autres, seraient si simples qu’elles tiendraient en une ligne. En partant de l’hypo-