‹ L'hérédité psychologiqueChapitre 96 sur 114 · Galton, p · texte numérisé non relu

Galton, p

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vage persistent chez certains hommes civilisés; combien il est difficile à certaines natures de s’adapter à ce milieu complexe, résultant d’une foule d’opinions et d’habitudes, qu’on appelle la civilisation. On ne peut y voir qu’un fond de la sauvagerie primitive, conservé et ramené par l’hérédité.

Ainsi, le goût de la guerre est l’un des sentiments les plus généralement répandus chez les sauvages; pour eux, vivre, c’est se battre. Cet instinct, commun à tous les peuples primitifs, n’a même pas été inutile au progrès de l’humanité, si, comme on peut le croire, il a assuré la victoire des races les plus intelligentes, les plus fortes, sur des races plus mal douées. Mais ces instincts guerriers, conservés et accumulés par l’hérédité, sont devenus une vraie cause de destruction, de carnage et de ruine. Après avoir servi à créer la vie sociale, ils ne sont plus bons qu’à la détruire; après avoir assuré le triomphe de la civilisation, ils ne travaillent souvent qu’à sa perte. Même quand ces instincts ne mettent pas aux prises deux nations, ils se manifestent dans la vie ordinaire, chez certains individus, par une humeur querelleuse et batailleuse qui conduit souvent à la vengeance, au duel et au meurtre.

De même pour l’esprit d’aventure : les races sauvages l’ont en un si haut degré qu’elles se lancent dans l’inconnu avec l’insouciance des enfants. Sans doute il a encore sa place légitime, même dans les civilisations les plus avancées, et ce serait pour l’humanité un grand malheur qu’il disparût. On ne peut nier, cependant, que cet esprit d’entreprise et d’imprévoyance, si utile à l’origine pour ouvrir de nouveaux mondes au commerce, aux voyageurs, à la science et à l’art, ne soit devenu chez certains individus une source d’agitations vaines ou rui-

neuses, les seules que leur milieu permette, comme la passion du jeu, de l’agiotage, de l’intrigue, l’ambition égoïste et turbulente des conquérants, sacrifiant des nations entières à leurs caprices.

Gomment trouver un exemple plus frappant de la ténacité des instincts sauvages et de leur tendance au retour que dans le récit suivant, que j’emprunte à un voyage aux îles Philippines :

« Ce qui a toujours distingué ces sauvages des autres races de la Polynésie, c’est leur passion indomptable pour la liberté. Cette répulsion des négritos (non donné aux sauvages des Philippines) pour tout ce qui pourrait les courber sous le joug ou régulariser leur existence, les rendra toujours intéressants aux voyageurs. Voici un exemple de leur amour pour l’indépendance :

« Dans une battue faite à l’ile de Luçon par des soldats indigènes sous les ordres d’un officier espagnol, on s’empara d’un petit noir d’environ trois ans Il fut conduit

à Manille. Un Américain l’ayant demandé au gouvernement pour l’adopter, il fut baptisé du nom de Pedrito.

« Dès qu’il tut en âge de recevoir quelque instruction, on s’efforça de lui donner toute celle qu’on peut acquérir dans ces contrées éloignées. Les vieux résidents de l’île, connaissant le caractère des Négritos, riaient sous cape en voyant les tentatives faites pour civiliser celui-ci. Ils prédisaient qu’on verrait tôt ou tard le jeune sauvage retourner à ses montagnes. Son père adoptif, n’ignorant pas les railleries dont sa sollicitude était l’objet, mais se piquant au jeu, annonça qu’il conduirait Pedrito en Europe. Il lui fit visiter New-York, Paris, Londres, et ne le ramena aux Philippines qu’après deux ans de voyage.

« Avec cette facilité dont la race noire est douée, Pedrito parlait au retour l’espagnol, le français et l’anglais ; il ne

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chaussait que de fines bottes vernies, et tout le monde à Manille se rappelle encore aujourd’hui le sérieux digne d’un gentleman avec lequel il recevait les premières avances des personnes qui ne lui avaient pas été présentées. Deux ans à peine s’étaient écoulés depuis le retour d’Europe, lorsqu’il disparut de la maison de son protecteur. Les rieurs triomphèrent. Jamais probablement on n’eût appris ce qu’était devenu l’enfant adoptif du philanthrope yankee, sans la rencontre singulière qu’en fit un Européen. Un naturaliste prussien, parent du célèbre Humboldt, résolut de faire l’ascension du Marivelès (montagne non loin de Manille). Il avait presque atteint le sommet du pic, lorsqu’il se vit soudain devant une nuée de petits noirs.... Le Prussien s’apprêtait à esquisser quelques portraits, lorsqu’un des sauvages, s’approchant de lui en souriant, lui demanda en langue anglaise s’il connaissait à Manille un Américain du nom de Graham. C’était notre Pedrito. Il raconta toute son histoire, et, lorsqu’il l’eut terminée, ce fut en vain que le naturaliste tenta de le décider à revenir avec lui à Manille L »

On trouve dans les récits des missionnaires un assez grand nombre de faits analogues. Ainsi il arrive quelquefois que les sociétés des missions adoptent de jeunes Chinois, encore en bas âge, et les font élever à grands frais dans des institutions d’Europe : ils retournent au sein de leur patrie, résolus à propager la religion chrétienne. A peine ont-ils débarqué, l’esprit de la race les ressaisit, ils oublient leurs promesses, perdent leurs croyances chrétiennes ; on dirait qu’ils n’ont jamais quitté la Chine 1 2.

En somme, les conséquences de l’hérédité nous ont apparu sous une double forme. Tantôt elle prépare l’avenir,

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