CHAPITRE IV
l’hérédité de l’ema&ination.
Tous les psychologues distinguent deux sortes d’imagination, Tune qui reproduit, l’autre qui crée. Toutes deux sont également soumises à la loi d’hérédité. Peut-être même* à part les instincts et les perceptions, n’y a-t-il point de faculté dont la transmission soit plus ordinaire. On ne s’en étonnera point, si l’on remarque que le rapport est extrême entre la perception et l’imagination, que celleci, sous la forme passive, dépend complètement du système nerveux et des organes, et sous sa forme active, y est étroitement liée, et que par suite l’hérédité physiologique doit amener l’hérédité mentale.
L’imagination passive est cette propriété qu’ont nos impressions sensorielles de se reproduire d’elles-mêrhes, quoique affaiblies, en l’absence de leur objet. A son plus haut degré, elle devient l’hallucination qui objective nos états internes et nous les présente comme des réalités externes; ce qui donne lieu de croire que l’imagination passive est, dans son mécanisme, une perception renversée, la perception allant du dehors au dedans, l’imagination du dedans audéhors. Le rôle que l’imagination joue
LES FAITS
dans la folie, le sommeil, l’ivresse , rhalliicination, l’extase et divers états appelés miraculeux, a été très-bien étudié de nos Jours, dans les livres qui traitent des maladies mentales. On trouve, dans ces ouvrages, bon nombre de faits importants pour l’étude de l’hérédité. Nous nous proposons de u’en parler que plus tard, en étudiant sous un titre commun tous les phénomènes de l’hérédité morbide.
Il ne sera question ici que de l’imagination active, celle du poète, de l’artiste, du savant même, celle qui crée, celle qui traduit par des formes sensibles une conception idéale. C’est un faculté complexe : elle suppose au moins le goût et le sentiment; mais, dans son fond, elle diffère moins qu’on ne le croirait de l’imagination passive, et la langue commune n’a pas tort de les confondre sous un même nom. Ce qui les caractérise toutes deux essentiellement, c’est la représentation vive, la vision intense ^ . De là vient que les grands artistes ont toujours été si près de l’hallucination et de la folie, et que beaucoup ont dépassé les bornes de la raison.
L’histoire de l’art nous montre que l’imagination créatrice est transmissible par hérédité. Il est fréquent de trouver des familles de poètes, de musiciens et de peintres. Les familles de poètes nous ont paru les plus rares, et selon nous en voici la raison. On ne peut être musicien, sans une sensibilité exquise de l’oreille, ni peintre sans un don inné des couleurs et des formes, qui suppose une certaine conformation de l’organe visuel. Ce sont là des
^ Après une conversation sur des affaires de famille, Balzac disait à Jules Bandeau, en parlant de ses romans ; Maintenant, venons à la réalité. — G. Flaubert, en décrivant l’empoisonnement d’une de ses héroïnes, a, de son propre aveu, ressenti tous les symptômes de l’empoisonnement (goût d’arsenic, indigestion, vomissement).. Taine. De V Intelligence. I, p. 94.
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conditions physiologiques que la poésie ne réclame pas au même degré. On peut donc dire que le talent musical ou plastique dépend plus que le talent poétique de la conformation des organes. L’hérédité psychologique y est plus intimement liée à l’hérédité physiologique, et c’est là ce qui rend sa transmission plus sûre : car, comme nous le montrerons plus tard, l’hérédité est une forme de la nécessité (ou si l’on veut du mécanisme), qui est bien plus inflexible, dans le domaine de la vie, que dans celui de la pensée.
Dans le tableau qui va suivre et dans tous ceux de même nature, nous n’avons pas l’intention, comme on le pense bien, de donnner une énumération complète de tous les cas d’hérédité. Nous voulons simplement mettre des faits sous les yeux du lecteur : nous ne citerons que des noms bien connus et des cas bien concluants, pensant qu’ici, comme dans toute étude expérimentale, ce qui importe, c’est la qualité des expériences, non leur quantité. Nous remarquerons aussi que, quoique l’on doive faire une large part à l’éducation et à la tradition, pour tout talent héréditaire dans une famille, on aurait tort de vouloir expliquer par ces moyens extérieurs ce que nous attribuons à l’hérédité. L’imagination créatrice, entre toutes les facultés, est probablement celle qu’il est le moins possible de produire artificiellement. Peut-être les recueils de faits historiques qui vont suivre, paraîtront-ils contenir assez i’eajpmmentÆiwafem, pour permettre au lecteur de conclure avec nous que l’hérédité est la règle et non l’exception-