CONCLUSIONS
Nous sommes arrivés, au cours de cette étude sur la personnalité humaine et l'hérédité, à un certain nombre de constatations. Je les énumérerai de la façon la plus brève et la plus claire possible.
1° L'individu humain, psychomoral, se compose de deux pôles nettement différenciés :
Tun formé des présences extérieures à l'individu et des éléments hérités ou hérédismes, répartis eux-mêmes en tendances, penchants, signes mentaux, signes de signes et aspirations vagues. C'est le moi. L'autre, constitué de trois éléments fondus en un, néanmoins distincts, variant avec Tâge et coagissant. C'est le soi, qui comprend : l'impulsion créatrice, le tonus du vouloir et l'équilibre sage par la raison. ^
2"* Le moi est transmissible de génération
)jen«rauoii a ua« uiiirt:. uc uiui aure, a iravers la lignée, sous diverses formes. Mais il peut s'altérer et disparaître, comme l'organisme auquel il est relié. La disparition du soi est inconcevable.
3° Le soi raisonnable caractérise et typifie l'individu. U est aussi éminemment sociable.
à' L'instinct génésique, ou animal, n'est pas seulement employé de façon intermittente, à la procréation . Il agit, pendant la jeunesse, l'âge adulte et les premiers temps de la vieillesse, d'une façon quasi permanente, gonflant et dissociant les éléments héréditaires du moi. L'automatisme et le sentiment de la fatalité et du déterminisme sont une conséquence de ce gonflement et de cet éparpillement — dans le champ de la conscience — des éléments appelés hérédismes .
5° Les hypothèses psychophilosophiques fondées 9ur la sensibilité et l'intuition, comme celles qui reposent sur un prétendu « Inconscient », ont ignoré ou méconnu ce rôle de l'instinct génésique. Elles mettent au-dessus delà raison ce qui n'a jamais cessé d'être réel-
3o6 L*HÉRÉDO.
lement soumis au contrôle et à l'exercice de la raison. Elles prennent le déchet pour la cause et Taccident pour la substance.
6® Le moi est commandé, ou déterminé, soumis à diverses influences venant de l'instinct génésique, comme de ses propres prolongements organiques. Le soi est infiniment libre. Il a le choix et il en use.
7** L'instinct génésique ne se contente pas de typifier, au sein du moi, les divers personnages héréditaires qui s'y succèdent comme sur un théâtre, en empiétant parfois les uns sur les autres. Il lui arrive de procéder à l'autofécondation d'un de ces personnages, jusqu'à lui faire emplir presque tout le champ de la conscience, sauf une frange toujours subsistante. C'est ce qu'on a appelé le dédoublement de la personnalité.
8** La persistance de cette frange assure la liberté humaine et l'exercice de la responsabilité, jusque dans les plus graves dérangements de l'esprit. Il n'y a pas d'aliéné constant ni complet.
9° Les débats des hérédismes du moi — amplifiés ou non par l'instinct génésique - — etdu soi, constituent ce que j'appelle le drame
t'.UHgwu.o.i'o ^,Dj».i«»ju^= u,^.^.«.™.^D.
lO" La philosophie, les arts, la littérature, la poésie, la science sont des efforts du soi pour repousser les assauts des éléments héréditaires du moi et pour éliminer ces éléments. L'art et la science, comme la littérature, sont d'un ordre d'autant plus relevé que la victoire du soi y est plus éclatante et manifeste.
1 1' Le véritable auteur dramatique est celui qui donne issue àses protagonistes psychiques, qui projette ainsi son drame intérieur.
I a" Le critique de l'avenir tiendra compte de ces données.
13' La médecine de l'avenir en tiendra compte également. Tout désordre organique est, à son origine, peychomora). Le redressement psychomoral, par des moyens appropriés, permettra de venir à bout d'affections même organiques, considérées comme incurables.
iV II n'est pas vrai que l'organisme dispose de l'esprit. C'est l'esprit qui domine l'orga- . nisme et peut, à l'occasion, le transformer.
iB'Il n'y a aucune espèce de raison pour que le cerveau soit — comme on le répète — le
siège exclusif de 1^ pensée. Il y a toute ràigon d'admettre que la pensée est diffuse à travers rorganisnie, qu'elle commande, iie oerveau n'est qu'un « grand central » de communications, allant à tous les points de l'organisme, et en venant, qu'un laboratoire de transformation des hérédismes par Finstinot génésique.
Il est quelque chose comme un ganglion plus volumineux et plus compliqué.
i6** Il est inadmissible que telle partie du cerveau soit le siège de telle faculté, comme le langage, ou d'une partie de telle faculté. Expression d'une partie de la pensée, le langage est difius, comme elle, à travers l'organisme.
17** Il existe, bien entendu, des hérédismes sages et bienfaisants, transmis ]e long de la lignée, et reviviscents, mais toujours menaeés par l'instinct génésique. La raison du lioi attire ces hérédismes sages et bienfaisant^ , et repousse les antres «
iS"* Il en résulte que l'hérédité, à con4ition d'ôtre triée et gouvernée par le soi, peut être un outil de periéctionnement,
i^"" J'appelle hérédo celui en q^i le moi est victorieux du soi. Le degré de la défaite du soi
dëchéaDce, ùe doit jamais déeespél^r de ^érir.
ao° Pour guérir, il faut coiamencer par se connaître, plus exactement pit èb reconhriltre pour ce qu'on éat. Cette Coniifûssance âuppôsé l'humilité d'esprit. L'orgueil eat l'ai-matut^ dû mal.
21* Où qu'il se pose, le soi est organisateur et créateur. Il tend à l'universalité. Son action est d'autant plus grande, qu'il est plus complètement vainqueur des hérédîsmes, qu'il transforme un plus grand nombre de cellx-ci en éléments de conaaissance et de beauté.
9 3" Le héros est celui qui veut et qui obtient la victoire du soi sur le moi. La victoire complète du soi sur le moi aboutit à la clarté intérieure, à l'élimination de l'automatisme et dii prétendu Inconscient. Cette victoire intérieure rend la plupart des obstacles extérieurs aisément surmontables. La sagesse confère la science, mais la science rie confère point la sagesse.
33° Le risque noble personnalise le vouloir»
en lé séparant même des hérédismés sages.
34° I^ distraction et l'oubli héréditaire
3 10 l'hériédo.
viennent en aide à la victoire du soi. Il est bon de s'examiner, pour. agir. Il est mauvais de s'appesantir sur soi-même, et de s'analyser sans agir.
a5^ L'autorité morale est fonction de la domination de soi-même, et, par conséquence, fonction du soi.
26'' Ton meilleur médecin c'est toi-même, si tu sais chasser tes fantômes et appuyer ta volonté là où il le faut.
27^ Une introspection attentive et soutenue nous amène à constater que, dans le moi, les hérédismes constituent des sphères psychiques, accompagnées de satellites, et groupées ellesmêmes par systèmes, à la façon des étoiles et des constellations. Systèmes et sphères gravitent devant le soi.
a 8* Le soi attire et repousse ces hérédosphères et ces systèmes psy chostellaires . Il les gouverne librement.
29"* Le langage humain intérieur est constitué de verbosphères ou de conjonctions de segments verbaux d'hérédosphères, attirés, puis propulsés par le soi.
3o? L'aphasie est l'écIipse d'une verbosphère, ou de segments d'hérédosphères, ou
3i° L'imagination est la prise de connaissance, par le soi, de la gravitation des hérédosphères. Elle est ordonnée ou déréglée, suivant cpie te soi est plus ou moins lucide ou vigoureux. Il est des cataclysmes d'images, comme il est des cataclysmes cosmiques. Des troubles graves, fonctionnels et organiques, en sont la conséquence.
Sa" L'homme vit et meurt de ses images.
Mon horreur des marottes est trop profonde et trop vive, comme on a pu s'en apercevoir, pour que j'aie la prétention de limiter le problème de l'hérédo à ces trente-deux propositions élémentaires, que dépasseront, et de beaucoup, les chercheurs de l'avenir. Je répète que nous ne sommes, avec le présent livre, qu'au début, qu'aux premiers linéaments d'une lecture nouvelle de la personnalité humaine, fondée à la fois sur la méditation, la critique et l'expérience.
J'ai la conviction que les données assemblées ici seront discutées et contredites, comme tout ce qui gêne ou trouble les idées reçues ; mais
3l2 L^HÉRÉDO.
qu'elles seront elles-mêmes le point de départ de recherches à là fois théoriques et pratiques, spéculatives et curàtives, dans le domaine psychômoral. Lé traitement déë principales maladies nerveuses et mentales ne comporte, actuëUement, que dés palliatifs. Or, des ihalàdies peuvent et doivent guérir radicalement, du jour où leur origine vraie sera connue.
J'apporte ma petite pierre à l'édifice.
A un autre point de vue, il m'a semblé qu'entre Tabrutissant matérialisme de la flU du dix-neuvième siècle et l'illusoire intûitivisme du début dû vingtième, il y avait place pour une série d'études philosophiques d'une autre sorte, métapsychologiques, si l'on peut dire, tenant compte des faits et phénomènes, et les dépassant. Cet ouvrage est la première diB ces études. Il séràv s'il plaît à DièU, suivi d'Un autre, où j'envisagerai la cUré de l'hérédo.