‹ L'hérésiarque & CieChapitre 11 sur 14 · LA LÈPRE · texte numérisé non relu

LA LÈPRE

Comme on vennit de ronst^ter que la lanprue italienne n'offre que peu de difficultés, le baron d'Ormesan protesta avec l'a-surance d'un homme qui parle une quinzaine d'idiomes européens ou asiatiques :

— Pas difficile, l'italien ? Quelle erreur !... 11 se peut que ses difficultés soient peu apparentes, mais elles n'en existent pas moins, croyez-moi. J'en ai fait rexpérience. Elles furent cause que je faillis attraper la lèpre, ce mal terrible qui, semblable aux difficultés que présente la langue italienne, se cache, semble avoir disparu, tandis qu'il n'en continue pas moins à étendre ses ravages à travers les cinq parties du monde.

Vj"? l'hérésiaivQue et Ci«

— La lèpre !

— A cause de ritalien ?

— Racontez-nous ça !

— Ce doit être affreux !

En écoutant ces exclamations qui prouvaient le succès de sa déclaration paradoxale, le baron d'Ormesan souriait. Je lui tendis la boîte de cigares. Il en choisit un, l'alluma, après en avoir retiré la bague qu'il mit à son auriculaire droit, selon une sotte habitude qui lui venait d* Allemagne. Puis, après avoir lancé quelques bouffées triomphantes sur ceux qui l'entouraient, il commença sur un ton de condescendance assez vaine :

— Il y a près de douze ans, je voyageais en Italie. J'étais à cette époque un linguiste très ignorant. Je parlais fort mal l'anglais et l'allemand. Pour l'italien, je macaronisais, c'est-àdire que je me servais de mots français auxquels j'ajoutais des terminaisons sonores, j'usais aussi de mots latins ; bref, je me faisais comprendre.

Je venais de parcourir à pied une partie importante de la Toscane, lorsque j'arrivai un soir, vers six heures, dans une jolie bourgade 011 je devais coucher. A l'unique auberge de l'endroit, on m'avertit que toutes les chambres étaient retenues par une troupe d'Anglais.

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