‹ L'hérésiarqueChapitre 10 sur 161 · Acte Premier · texte numérisé non relu

Acte Premier

Gilbert.

Et avec votre esprit.

Victorin.

Comme la douceur de cette église est suave ! L'or mourant dont languissent ces vitraux, et l'intime frisson expirant des cloches, et le parfum d'encens qui s'exalte vers les voûtes et s'enroule au peuple éthéré des prières, oui, les Anges, les Anges volent dans cet air !... O mon doux frère, ô mon bien-aimé, que votre oraison fut ardente pour qu'autour de vous la grâce du Seigneur soit si lumineuse !

Gilbert.

Mon frère, ne parlez pas ainsi, je ne suis qu'un pécheur et le sentiment de mon indignité m'épouvante. Si le Seigneur devait se révéler, ce ne serait pas à qui tremble de respect, mais à qui frissonne d'amour.

Victorin.

Et qui ne frissonne pas d'amour? Ce crépuscule est si divin et cet air se parfume de telles roses, s'enchante de telles harpes, qui ne serait pas terrassé d'extase ?... Je sens que pleurer va m'être si doux !

22 V Hérésiarque

Gilbert.

Heureux ceux dont le cœur se brise comme un vase trop étroit. Priez, mon frère, priez pour nous tous et pour moi-même. Ah ! vous avez raison, et que sont aux yeux de Dieu les Clés et les Livres au prix des Larmes ? Si la chrétienté subsiste, c'est qu'il s'en verse encore...

Victorin.

Si nous priions ensemble?

Gilbert.

La règle a dit tour à tour, mon frère. Dieu

vous garde !

{Il sort.)

Victorin.

(Il se jette la face contre terre et sanglote èperdument.)

Pitié, pitié, mon Dieu! Votre amour est un feu qui dévore ; ma bouche se dessèche, mes chairs se fondent, mes os se calcinent, mon âme halète comme un cerf forcé ; pitié, Seigneur, votre grâce est trop poignante, votre rosée trop profonde...

Ah! vers vous, Vierge divine, vers vous, que je me réfugie comme un enfant vers sa mère ;

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