Acte Quatrième
Victorin.
Je crois en Dieu tout-puissant, créateur de toutes choses, par qui et en qui nous vivons, et en le sein de qui nous nous fondrons un jour, en ce Dieu qui a suspendu les astres, qui parle par la foudre, qui chevauche les vents et par qui les orgueils de la terre sont balayés comme des grains de sable.
L'archevêque d'Arles.
Et puis ?
Victorin.
Croire en Dieu ! Combien parmi vous y croient-ils, simoniaques ?...
L'archevêque de Narbonne.
Les injures sont de trop, frère Victorin. Il n'est pas un homme sur terre, qui ne s'humilie, créature, devant le Créateur. Ce que tu viens de dire, un circoncis ou un païen peut le répéter. Ne t'étonne donc pas si, nous qui avons cimenté notre œuvre du sang de milliers de martyrs, nous te demandons autre chose. P"s-tu chrétien ?
Victorin.
L'êtes-vous vous-même ?
208 V Hérésiarque
L'archevêque de Narbonne.
Réponds sans fuir, sophiste. Crois-tu en Notre-Seigneur Jésus-Christ?
VlCTORIN.
Je crois en la vie parfaite et en la mort sublime du Fils de l'homme.
L'archevêque d'Arles.
Mais tu ne crois pas en sa divinité ?
VlCTORIN.
Je l'aime plus que vous.
L'archevêque de Narbonne.
Tu ne pourras dire ceci qu'au moment de souffrir les tortures que nous allons endurer pour la gloire de son nom.
Gilbert.
Si tu nies que Jésus-Christ soit Dieu, qu'astu de commun avec nous, sinon le visage d'homme ? Rompons toute discussion avec l'impie, à genoux, à genoux, mes frères, notre sainte assemblée est protanée par le blasphème !
VlCTORIN.
Toujours cet homme ! Cesse donc de vociférer, misérable !