‹ L'hérésiarqueChapitre 25 sur 161 · Acte Premier Si · texte numérisé non relu

Acte Premier Si

DÉODAT

Ma respiration s'embarrasse, mes pieds sont plus froids que les dalles, mes forces s'enfuient, je sens que je vais mourir...

Victorin.

Mon père vénéré !

DÉODAT

Oui, mourir, mon enfant, mais la mort, pour nous, c'est la joie ! Ce n'est plus la senteur mauvaise que je respire à présent, mais des effluves d'encens et de cinname. Entends-tu ces chants lointains?... Comme je serais heureux, mon fils bien-aimé, si je pouvais m'endormir en Dieu en tenant ta main.

Vigtorin.

La voici, mon père.

DÉODAT

Que tu es bon, Victorin!... Oui, soutiensmoi, le Seigneur exauce mon vœu le plus cher, mourir aux pieds de ses autels...

Mon fils, la femme est-elle toujours là ?

Victorin.

Oui, mon père.

52 V Hérésiarque

DÉODAT

Si elle pouvait partir ! Son atmosphère est peuplée de démons, et quand les douces orgues se ralentissent, j'entends leur ricanement et je sens leur soufre... Ah ! ne la crois pas, mon fils, ne la crois pas. Tu sais quelles clairvoyances consolent les mourants, elle est fatale et les boucliers des esprits méchants couvrent sa marche d'un dais de blasphèmes...

Astéria.

Qui me consolera sera heureux comme un élu. Le bonheur ici-bas est fait d'enthousiasmes, et nuls ne seront plus purs que ceux que je ferai naître, il est fait aussi de mélancolies et nulles larmes ne seront plus douces que celles que nous verserons ensemble. Mon bonheur n'est pas de dominer mais d'obéir, et si mon front reste orgueilleux devant qui m'insulte, avec quelle ferveur humble, ô ciel, me rouleraije sous les pieds de qui m'aimera, et comme je baiserai ses mains qui me châtieront, et comme je pleurerai sur ses sandales, comme un agneau lèche la main qui l'égorgé...

DÉODAT

Voici que mes yeux ne voient plus et que

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