‹ L'hérésiarqueChapitre 86 sur 161 · Acte Troisième · texte numérisé non relu

Acte Troisième

encore que le Christ résidait consubstantiellement dans le pain et le vin, maintenant tu nies jusqu'à cette impanation et tu ne vois dans la très sainte hostie qu'une commémoration de la Gène.

Victorin.

iMais Jésus-Christ n'a-t-il pas dit...

L'abbé de Saint-Honorat.

Tu te défendras plus tard. J'expose. Le Concile jugera.

Tu condamnes en outre toute l'Eglise, depuis le prêtre, jusqu'au pape ! Tu attaques le célibat comme les vœux monastiques. Tu nies le culte des saints, les indulgences, le purgatoire. Tu professes enfin que le libre arbitre est une vanité et que l'homme est prédestiné de toute éternité au paradis ou à l'enfer. De ce chaos de négations, il ne reste debout que la Bible à laquelle tu prétends croire encore et dont tu fais découler, seules épaves de ta foi, la Trinité, la Rédemption et la venue du Paraclet.

Il appartiendrait au très saint Concile, si ta doctrine avait été trouvée indemne d'erreurs, de scruter tes prédications sur le rôle temporel de l'Eglise. On aurait pu citer de toi d'étranges

paroles. Les seigneurs laïques eux-mêmes auraient été intéressés à la querelle, car certaines de tes diatribes sont dirigées contre les riches quels qu'ils soient et désignent aux hordes incendiaires les palais comme les cathédrales. Mais tes hérésies sont assez effroyables pour que le saint Concile concentre sur elles toutes ses foudres.

Donc, réponds, frère Victorin. Et d'abord, tu attaques le sacrement de l'Ordre. Considère : sans le sacerdoce, l'Eglise s'écroule tout entière, le prêtre n'est qu'un homme, il n'y a plus d'évêques ni de pape; tous les sacrements disparaissent, et tout d'abord la Pénitence et l'Eucharistie. Nies-tu l'Ordre? Réponds et que le Seigneur t'inspire des paroles de vérité !

Victorin.

De vérité, oui, certes !

Ah, tu es habile, prêtre, en m'interrogeant tout d'abord sur l'Ordre ! Sur les richesses temporelles, sur le trafic des indulgences, sur les autres sacrements, j'aurais eu la part trop belle, mais sur l'Ordre ! Attaquer le signe mystérieux qui fait que vous existez, mes juges, que l'Eglise existe, et sans lequel, oui, c'est

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