LIBRAIRIE DE MADAME ¥▼« JULES RENOUARD
auB DB Touairoir, 5.
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Le résumé historique que nous doaoons ici pourra être consulté avec fruit par les lecteurs studieui, car il comporte Texplication de plus d'un mystère. On y trouvera, en outre de faits peu connus, quoiqu'on rapport direct avec la Comédie, maintes choses qui auraient pu nalurellement avoir leur place dans le corps du Commentaire ; mais n'étant pas indispensables à l'intelligence du texte, il a paru préférable de grouîper faits, doctrines, rites^ etc., afin qu'ils pussent se prêter appui mutuellement el de rentoyer le tout à la fin de nos études, pour y recourir au besoin.
Topographie do C^atharfsmOé
Le cathafîâme est d*or}gine orientale, tous les écrivains qui en Ont traité sont d'accord à ce sujet; de là tant d'allusions à l'Orient dont fourmille la Comédie. M. Schmidt a cherché à démontrer, dans sa très-savante Histoire des Cathares, que cette secte ne dérivait pas directement du manichéisme, en se fondant « sur ce qu'elle aurait renoncé au caractè;'e symbolique particulier à celui-ci. & Peut-être la Comédie, dont là contexture est toute symbolique et dont le sujet est la lutte des deut principes, l'amènera-t-elle à modifier son opmion. Peut-être aussi les démonstrations émanatistes de Béatrice, appuyées des discours mis par le poëte théologien dans la bouche de saint Thomaa-d'Aquin, feront-ils penser au docte historien que <r sans lui faire la moindre violence, on pourrait découvrir dans la Comédie, et par suite dans le système cathare, dont elle nous paraît relever essentiellement, un gnoSticisme tfès-reconnaissable. » (il, 263.) Mais sans nous arrêter à rechercher si le catha- ^ risme est de provenance exclusivement manichéenne, priscillianite, gnostique, paulidenne ou bogomile, ce qui a peu d'importance pour t
notre thèse {Cf, Muratori, Mo-^heim, Gibbon^ Bossuet, J. Lami, Gieseler, Farlati, Habn, Néander, Malter, Schmidt), il nous suffit de constater son essence hétérodoxe et sa provenance orientale.
Si nous osions nous permettre une opinion à ce sujet, nous dirions qu'un double courant a fait pénétrer i'tiérésie cathare dans nos contrées d'Occident. Elle aurait suivi parallèlement la voie de terre et celle de mer, gagnant d'un côté par la Bulgarie, l'un de ses foyers principaux, la Moldavie, la Pannonie, la Moravie, la Bohénie et la Dalmatie; elle serait passée de là dans la Péninsule italique; de l'autre côté, les nombreuses relations commerciales de la Provence avec les pays de TOrient, . puis le grand mouvement des croisades lui auraient ouvert la fbute de la France, d'où elle se propagea au delà des Pyrénées et de la chaîne des Alpes, en faisant de la I^ombardie , placée comme au confluent des deux invasions, le centre de sa propagande, après le désastre des Albigeois.
Nous suivrons maintenant ses traces dansces diverses contrées, à partir de son apparition dans chacune d'elles.^
Sous le règne d'Alexis Comnène, les Pauliciens et les Bogomiles, déjà nombreux dans l'empire grec, deviennent l'objet de poursuites rigoureuses.(Euthym. Zigab. Aàv, MasaL xxii, 4 4 i; Anne Comnène^ Alex, xv, 486 et suiv.) En 4440, synode de Constanlinople,- lançant l'excommunication contre les hérétiques. (Léo Allatius, 644, 674 et suiv.) Les progrès des sectaires continuent en 4480, ils se propagent dans la Thrace, la Grèce et les provinces d'Asie. (Joh. Cinnamus, ii, 40, p. 64 et suiv.) Theod. Balsamon, Sch. ti Photii Nom. x, 8, p. 449; Germanus, OraL de exalta, crue. 444 eidelmag. 439.)
L'hérésie apparaît presque en même temps en France (Glab. Rad. 35). en Flandre (Mansi, xix, 424, 25), en Italie, en 4030 et 35 (Sismondi, Rep, italy i, 445) et en Piémont (Landulph. Sen. 88, 89, Glab. Rad., 45). C'est surtout dans l'ancienne Aquitaine, dans cette Narbonndise où l'arianisme avait régné, dans le Languedoc et la Provence qu'elle se propagea avec rapidité dès les premières années du xi® siècle. De là elle gagne tous les pays au sud de la Loire, le Périgord, l'évèché de Limoges, la Marche de Poitiers. (Adémar, 454, 459, 464; Gall. ckrist., ii, 543; Gest. Synod. Aurel.y 604.) Dès cette époque, Toulouse en est devenue comme la métropole. Mais on la trouve aussi dans la Champagne, où elle a établi son centre d'action dans le château de Montwimer, au diocèse de Châlons, et de là elle se répand dans celui de Rheims. (Marlenne et D., Ampliss. Coll., i, 776; Glab. Rad., 23.) Gerbert, soupçonné de partager ses doctrines, croit devoir se prononcer contre elles. (Ep. 75, ap. Bouquet, x, 408.) En 4025, elle se montrait à Liège et à Arras. (Mansi, XIX, 428 ; J. Lami, c. 423 et suiv.) En 4463, un certain nombre de Cathares flamands se réfugiaient à Cologne. (Godofredi Annales, 336.) De 4474 à 4478, l'évèque d'Arras, Frumald, exprimait ses regrets à Alexandre 111 de son impuissance contre ces hérétiques. (Mart. et D. Ampl Coll., II, 628.) Ce n'est qu'en 4482 qu'il parvenait à découvrir quatre de leurs principaux chefs, et les livrait au bras séculier. (Rad. Coggeshale, 92.) Vers «^70 tu découvrait également une communauté secrète de Cathares datis m %iilQ de Rheims. (/</. ibid.)
DE l'hérésie de daiste. 5
Au midi, la secle s'élait introduite en Espagne dès la seconde moitié du XII» siècle. (G. Neubrig. 135.) Mais elle n'eut d'établissement que dans les provinces voisines de la France, en Aragon, en Catalogne, en Léon, en Navarre. (P. Vali.Cern. 560; Luc. Tud. 482, 165; Espana Sagrada, etc.)
Au nord elle se fraye sa voie en Allemagne et, dès 4052, l'empereur Henri III sévit contre elle a Goslar, dans la Basse-Saxe Herm. Contract. 1. c. add. ad chron. Saxon, ap. Bouquet, xi, 642; Gesta Episc. Leodiens. 902), et, apportée sur le Rhin par les marchands hongrois, elle y conslilue son église, dont l'existence n'est trahie qu'en 1U6 ; elle y conserve son importance dans tout le cours du moyen âge. (Evervin. EpisL 452 etsuiv.) Vers 4450 on la rencontre en Suisse, en Bavière, en Souabe et dans la Saxe, où elle avait pénétré par la Hongrie (Fasti Corbej., 77), favorisée là, comme ailleurs, par la dégradation morale et intellectuelle du clergé. (Polho, De statu dotnùs Dei, Bibl. Max. PP. xxi, 489 et suiv.) L'église cathare de Cologne s'éîait propagée dans plusieurs autres villes du diocèse, et principalement à Bonn, où elle comptait de nombreux croyants vers 4460. (Eckbert, 942; Caesar. Heisterb. 378 ; Tri- Ihem. Ann, Hirs.; Godofr. Annales, 1. c.) L'hérésie cathare est également signalée en Angleterre vers 4159 (Guill. Neubrig. 455, 47; Rad. Cogr geshale, 92; Rad. de Diceto, Imag, hist. ap. Bouquet, xiii, 487), comme aussi en Tannée 4240. (Pétri Blesens. Episi, 413, ad G, archiep. Eborac, Bibl. PP. col. XII, II, 793. Baleus, Cent. 3, p. 258; Fiislin, De fanât. sœc.xiuinAngliârepertis.)
Dans les pays slaves, l'église cathare était parvenue de bonne heure à une grande puissance ; elle régnait sans entraves de la part du clergé romain, méprisé pour sa démoralisation ^Vejer, ii, 339, Ibid. 351 ; 1. c. 414, III, I, 417; Farlati m, 251), dans tous les pays sur la rive droite du Danube. Elle avait ses établissements en Hongrie, en Croatie, en Esclavonie, en Dalmatie et surtout en Bosnie. (Vuicus à Innoc. III. Katooa, IV, 676 ; Farlati, iv, 172; Fejer, m, i, 254 ; Reiner., 1767 ; Thom. Archidiac, 568, 570.) La Bulgarie, la Thrace, Constantinople, avaient leurs églises et leurs évéchés. (Reiner., 1767; Farlati, m, 232.) Enfin L'hérésie toujours envahissante avait pénétré jusqu'en Bohême et en Pologne, (Raynald, xnr, 29, n» 12; Wadding, nr, 63; Joczek, m, 238.) Elle avait gagné l'Albanie et la partie méridionale de la Servie appelée alors la Rascu. (Farlati, iv, 382 ; Wadding, viii, 92 et suiv.) Aussi estce un pays que, malgré son obscurité, Dante ne manque pas de mentionner {Par, ch. XIX ) comme aussi l'Autriche, la Bohême, la Hongrie, l'Esclavonie, la Norwége enfin tous les lieux où l'hérésie avait pris pied.
L^Ailemagne occidentale n'était pas à l'abri du 1 invasion hérétique, car le synode de Trêves sévissait contre elle en 4231 (Gesta archiep. Trevir, 244) et les Dominicains découvraient, un siècle après, jusqu'à des Lucifôriens parmi les nombreux Cathares du diocèse de Passa u, à Vienne et dans la Styrie. {Annales Noves, 531 ; Pez, Script, rer, Austriac , ii, 533 et suiv.) Dans la première moitié du xiii® siècle, les communautés les plus nombreuses paraissent avoir été en Bavière. (Add. à Reiner., ap. Gretser, 27.) Il en existait aussi en Autriche, qui correspondaient avec celles de la Lombardie et de la Dalmatie (M. Paris, 413), à Mayence, à
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Trêves, à Cologne, dans la Hesse, la Westphalie et le pays de Nassau. (GestaTrev, archiep.y 243, 244; Albericus, ii, 543 j Hetmc/iromcfe, ap. Kuchenbecker, i4nnar Hassiac, coll. vi, 250.)
En Italie, Milan est toui d*abord un des foyers les plus actifs du calha* risme. Cette ville e^ten 4466 plus hérétique que catholique. {Acta SS. Avril, II, 595 ; Ughelli, iv, 456 et suiv.) « Ce qui prouve, dit M. Schmidt, que les villes guelfes s'opposaient aux* prétentions des empereurs et faisaient alliance avec les papes, non par sympathie pour le catholicisme, mais dans un intérêt municipal ; résistant aux uns pour défendre leur indépendance républicaine et s'alliant aux autres pour avoir leur appui politique. » (1,60.) Ce qui est très- vrai, Dante en fournissant mainte preuve.
Dès 4450 on trouvé des Cathares à Florence, où Tuii de leurs principaux pasteurs s'appelle Diotisalvi ( Vita Parent. Act. SS. mai, 5, 86), et le premier évéque de la branche de Concorezzo en Italie, est de Florence. (Vignier, 268.) Les femmes s* y distinguent par V ardeur de leur zèle pour la propagation de la secte, {Act, SS, mai, 1. c.) En 4176 ils sont assez puissants pour déterminer une révolution dans le gouvernement de la cïié {Chr, m, $, itaL ap, Lami, ii, 494), ce qu'Ozanam appelle un soulèvement d'épicuriens; oui épicuriens comme Cavaicanti; et Florence devient un lieu de refuge pour leurs coreligionnaires proscrits. (Lami, ii, 496.)
A Orvieto le catharisme domine en 4425 [Istor. di Chiusi, ap. Muratori, Rer, It, scr, Supp. i, 898), ce qui lui vaut une persécution en 4463. {Act. SS, mai, 1. c. ht. Chiusi, \, c, 903.) Delà il gagne Viterbe, où presque toute la population se déclare pour lui {Act. SS. I. c. 87) ; mais où Dante si.L»nale des défections, dans ce qu'il appelle \q^ pécheresses de Viterbe. {Enfer, xiv.)
A VÉRONE rhérésie se montre tellement audacieuse qu'en 4184, Luclus 111, expulsé de Rome, y rend, en concile, un décret d'excommunication contre elle, ordonnant de livrer ses adhérents au bras séculier. (Mansi, xxu, 476 ; Caesarius Heisterb., 390. Cf. Raynald, \i\, 786.) A FëRRARE , l'évêque fest obligé pour expulser les Cathares de se faire assister du pouvoir civil. (Muratori, v, 89.) Ils sont. poursuivis à Modènb, en 4492. {Molendina Patarinorum, \. c. 86, 87.) En 4494, Henri VI rend un édit contre ceux de Prâto, qui se réfugient pour la plupart dans Florence. (Lami, ii. 484. Voy, le doc. p. 523 et p. 496.) Vers la même époque il y avait un grand nouibre de ces sectaires en Calabre.(Joachim, in ApocaLj P* 434.) En 4224 il y en avait à Naples et à Aversa. (Loi de Frédéric 11, 4224; Mansi, xxiii, 589; Raynald, xiii, 379, n« 19.)
Outre les Cathares il y avait encore en Italie, au temps d'Innocept lU, des partisans (les réformes tentées par Arnauld deBresria, comme aussi des Vaudois ou Pauvres Lombards. (Heiuer., 4775.) Mais les Cathares ou Patérins, de beaucoup plus puissants, comptaient des adhérents parmi la haute noblesse et la riche bourgeoisie, aussi bien que parmi les ha* bitants des campagnes ; ils occupaient le^ magistratures et dominaient dans beaucoup de municipes, à tel point que le clergé n'osait s'attaquer à eux. (Reiner., éd. Gretser, 35.) A cette époque Milan était leur métropole en Italie. {Frag.incert. auct. ap.Urstitios, u, 90; Malih. Paris, 296; St. de Bellavilla, 86.) Mais Dante nous donne suffisamment à connaître
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que la haute suprématie avait passé de son temps à l'église de Mantoue. Croyants et Parfaits remplissaient Vérone, Viterbe, Ferrare, FLOMOfCB, ' où ils formaient près du tierê de la population, chiffre plus fort que celui de Cacciaguida ( Par. xvi ), comme aussi Pralo ei Orvieio. (Muratori, ▼, 89; lunoc. III, Epist ix, 84 ; ap. Brequigny, ii, ii, 850, et vii, 37; l.«. ti, II, 850 ; Vita Parent, in Act. Sanet, mai, y, 8^^ Voy, notamment peur Florence, Ripoll, i, 74 , et Lami^ ii, 537 etsuiv.) Ils ont des communautés à Faenza, à Rmim, à Como, à Parme, à Crémone, à Plaisance. (Innoe. ep, IX, 4 8, ibid. vu, 37 ; Matth. Paris, 442 ; Mansi, xxiii, 586 ; Vit. Peirent. Act. Sanct. mai, y, 86; M. Paris, (. c. Inn. Ep. ix, 466 à 469. Ughelli, II, 2220 Leur église de Desenzano, sur le lac de Garda, signalé par DAnie {Enfer, xx) est une des plus importantes. (Bonacurs. édit. de Baluze, 584;Reiner., éd. Grelser, 35.) Enfin dans Rome même ils ont une communauté organisée et des écoles publiques. ( Caesar. Heisterb., 394.)
Concurremment, le vandéisme se manifestait, vers 4470, à Lyon, où il avait été sans doute apporté des vallées du Piémont, et se répandait avec une rapidité étonnante vers le nord et vers le sud, mais surtout en Provence. Il trouva de nombreux partisans dans cette contrée et finit par s'y fondre avec l'albigéisme. Dès le milieu du xii* siècle, on trouve le midi de la France divisé en plusieurs évéchés, ceux de Toulouse, d'Alby, de Carcassonne, du val d'Âran, dans le comté de Comminges, et d'Aran. (Bouquet, xiv, 448; Reiner., 4767, 4774; Robert de Monte, 324.) Le peuple donnait aux Cathares, dans les bras desquels il s'était Jeté en haine du clergé romain, le nom de bonshommes^ de bons chrétiens {Paradis, xxiv); leurs adversaires les traitaient de Tisserands et de PobiicainSj par corruption de Pauliciens, En Italie on les appelait plus souvent Patérins, Tartarins ou Pauvres Lombards.
En 4463, le concile de Tours prescrivait au clergé catholique tine extrême vigilance contre l'hérésie. (Can. 4; Mansi, xxi, 4 4 77.) En 4 4 65 les prélats de la Provence appelaient les Cathares à une discussion publique de leurs dogmes dans lechâieau de Lombers. (Mansi, xxii, 457; D. Vaissette, m, 535 et suiv. en note.) En mai 4467, les Cathares euxnèmes se réunissaient en concile près de Toulouse, à Saint-Félix-de- Caraman, pour régler les aff^aires de leur église. (Besse, 483; Sandius, 590 ; Bouquet, xiy, 448.)
En 4477, une persécution suscitée par Raymond V, comte de Toulouse, de concert avec le cardinal-légat Pierre de Saint-Chrysogone, ne sert qu'à démontrer combien Thérésie avait déjà jeté de profondes racines dans les pays de langue d*oc, (Lettre de Raymond ap, Gervas. Cant. Chron.y 4 444 ; Lett. de Henri de Clairvaux, ap» Roger deHoved., 578; Biog, Toulous., ii, 33; Rob. de Monte; ad. ann. 4 478, 324.)
En 4 4 80, première croisade albigeoise, prêchée par le cardinal-légat Pierre de Saint-Chrysogone , sans autre résultat que des ruines et du sang, si bien qu'il faut en revenir à des discussions publiques avec les Bonshommes, en 4 490, dans l'église de Narbonne. (Bern. Font, calid., Adv. Waldenses, ap. Gretser, app. xii, ii, 496 et suiv.) Et c'est en vain qu'en 4495, dans le synode tenu à Montpellier, injonction est de nouveau faite aux prélats du Midi d'exécuter les prescriptions du concile de La-
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tran de 4479 contre les hérétiques ; ralbigéisroe gagnant chaque jour du terrain, menace désormais l'Église de Rome elle-même.
Le danger était dune immense pour le catholicisme, et il s'aggravait de jour en jour, lorsque, promu au siège pontifical , Innocent III jugea Tinstant venu d'étendre une main de fer sur Thérésie. Il parvint à en triompher à force d'habileté et d'énergie. £n même temps qu'il la poursuivait sans relâche en Italie, tant par lui-même que par ses légats, ii proclamait la croisade contre les Albigeois , et l'ouragan dévastateur se . déchaînait sur le midi de la France.
Une fois l'œuvre d'extermination consommée avec le concours de Simon de Montfort, de l'abbé Arnautd Amaury et de l'évéque Foulque, assisté dés prières de ssiint Dominique , les plus influents et les plus compromis parmi les hérétiques durent s'expatrier. « Quelques-uns allèrent jusqu'en Bosnie; d'autres passèrent en Espagne ; le plus grand nombre se réfugia en Lombardie, où ils avaient, depuis le xu® siècle» leur église française à Vérone. » (Hist. des cath., i, 294 .) Mais les luttes violentes que suscita dans la plupart des villes l'établissement des nouveaux tribunaux de la foi , témoignèrent de la persistance vivace de la secte et de l'irritation des populations. {Arch, de Vinquis, de Toulouse et de Carcass,) Les inquisiteurs étaient insultés , poursuivis, massacrés, les registres d'un tribunal odieux brûlés. {Ibid,) L'hérésie ne cessa de donner signe de vie que dans le cours du xiv® siècle, quand les procédés de l'inquisition commenceront à s'adoucir, en exécution des mesures ordonnées par Clément V et par le concile de Vienne. Mais elle continua à couver sous la cendre, jusqu'au moment où elle fit expïosidn sous le nom de Réformation.
DoetrineSy rites, usages religieux des Cathares e« Albigeois.
Il est presque impossible de*formuler aujourd hui les doctrines professées par les dissidents appelés Vaudois, Albigeois, Cathares, etc. Continuellement épiés, poursuivis, menacés, ils éeri valent nécessairement peu d'ouvrages dogmatiques, quoique Tinquisiteur Monela cite ceux de Tétricus (ii , 42 , 71 , 79 , 94) , Rinieri Saccone , celui de Jean de Lugio /I773), et Luc, évêque deTuy en Espagne, leur Perpendiculum scientiarum, litre tant soit peu maçonnique. Les livres saints , traduits e^n langue vulgaire, leur fournissaient le texte de leurs instructions orales, et ils se mettaient à la portée de tous dans des compositions, tant en prose qu'en vers, où une phraséologie symbolique et des noms de convention leur permettaient de combattre leurs ennemis tout en propageant leur foi. Mais la plus grande partie des ronnans , poèmes , cansons , sirventes, etc., dus à la verve féconde des missionnaires de l'albigéisme, sont désormais anéantis. Objets d'une poursuite incessante de la part de l'inquisition, un petit nombre seulement a survécu ; la littérature elle-même a péri, sous la double atteinte de l'autorité politique et de la puissance religieuse (t?oj/. Fauriel). Les détenteurs même de ces livres proscrits
DE l'hérésie de DANTE. 9
6nirent parles livrer aux flammes, dans la crainte d'être compromis par eux. Témoin le marquis de Monlferrant, en Auvergne, faisant brûler en quantité considérable , au commencement du xiii« siècle , lihros omnes seeiarurrk, et notamment ceux des Albigeois, qu'il avait mis quarante ans à amasser. (St. de Bellavilla, 85.)
Leurs croyances ne nous sont donc parvenues que par l'organe de leurs adversaires , et d'ailleurs le langage évidemment symbolique employé par eux dans leurs controverses, rend assez difficile de les préciser avec certitude. Nous en avons exposé quelques-unes dans le cours de notre Commentaire, Nous ne signalerons donc ici que celles qui nous paraîtront offrir quelques rapports avec les propositions émises dans la Comédie, et, dans les mêmes limites, nous appellerons l'attention sur les rites et les usages de ceux que nous considérons plus que jamais comme ayant été les coreligionnaires du poète florentin ou leurs héritiers directs.
Pour les Cathares , il y aurait eu deux créateurs; Tun d'eux, principe de lumière, tout amour et bonté, aurait produit le monde invisible, intellectuel, éternel , dont tout est parfait; l'autre, envieux et méchant, principe de ténèbres, du mal physique et moral, serait Tautieur du monde visible, matériel , périssable, qu'il gouverne seul et auquel le Dieu bon reste étranger. (Moneta, 3; Eckbertus , 899 ; Ermengaud.,223; Alanus, 6; Luca Tudensis, 9i, etc.)
C'est en partant du même principe que chez lesP«*.M.*.ilest dit au récipiendaire dans la loge philosophique de la clef : The compass gives you thefacuHy pfjudging byyourself that whatevbr God has created (immediately) isâvell... In himself there is no evil, because he has mode every thing (in heaven) with exaetness^ and every thing (celestial) exista agcording to his wu«l, consequently as it ought to be...» The wish of the Etemal in creating the world{of intelligences) by.a libéral act ofhis own, well foresaw every matter that could possibly happen in conséquence thereof; that is to say : That every thing therein contained AT THE SAME TIME OF THE CREATION, was good. Voilà OU qucls) termes frère Vérité adresse la parole à l'un de ceux qu'il appelle zealous extirpaters of superstitions and lies , perpendicular men, made polished by reason^ pour qui l'Évangile doit être la seule loi à suivre» (Light on Jf.'., 256.) Revenons maintenant à la doctrine cathare.
Le Dieu bon a formé le monde invisible de quatre éléments immatériels ; c'est la « cité permanente » ayant ses cieux, son soleil, ses astres, qu'il a peuplée d'êtres célestes , composés d'une âme et d'un corps immatériel, et d'un esprit qui les dirige ; tout ce peuple céleste , créé à la fois, au commencement de toutes choses , constitue la Jérusalem céleste, le peuple de Dieu. (Moneta, 3, 4i et suiv.) Quand saint Paul prie Dieu de conserver « l'esprit, l'âme et le corps dos fidèles » (i® Thessal.,y, 23), les Cathares entendaient l'intelligence supérieure exerçant pour l'âme de chaque homme céleste les fonctions d'ange gardien. (Moneta, 406.)
S'ils accordaient donc que le Dieu bon a créé aussi les choses visibles, ils entendaient les choses visibles aux anges et aux hommes célestes. (PerigrinusPriscianus, 94.) N'attribuant pas d'existence réelle à la création visible, elle était pour eux le néant ou rien, puisqu'elle n'était pas Tœuvredu Dieu bon, seul capable de donner VétrCy qui est une perfection.
preuves. * ^T^
io nwvfËM
l(<n«diem04ifHt eéftffeisawiit qtwIKetr «créé ]^$ont, Hd ewc^nm^ntÛÊiÉA léuf peti9é& e^ qui e»t eft debûrg dti Ciel ou do la perfection, (il cl. dtf f#Mf. dédarcoi».^ 4ti7 ; BuM^xxn, f. 96.) On retrouve ici lAfiliatîoii dMétpréd^ions gymbolic(aes, Niente du NuU0, Dj^plicfuées tu Pape, prince du monde matériel, en même temps que IWfo à FÉmpereur, priBC# du mondé inteltectoel , et Ton s'expHque cette épitaphe du poète, ai peu comprise jd?qu'id , Theoloyus liantes NMius dogmatis expets, c'est-à- #fe profondément versé dans le d<)f|me catholique, dand ta doctriàe de HbMire Néant, Si les Cathares répondaient a^rmativement aux înqBfsî- Mlars leur demandant s'ils croyaient que Dieu a créé le ôiei, la t^^rr»^ b âier, été., c'est qu'ils entendaieAt par le ciel , les âmes célestes^ créatlbB du IHeu bon , par ta terre, les âmes terrestres , aon initiée» encore à la #rité, paf la mer, Tean profonde et pare de la dœtrim du sahti, et par tout ce qu^oHe contient, la foi qui sauve et purifie. [IHsp. mter Cath* H Fatef. 4707.) C'est dans ce système métaphorique, adopté pour dépi^r l'ît^isition, que la Comédie a été conçue et exécutée, de même que tadt d^autres compositions italiennes et prévençated.
ETori^e dtvin\9, puisqu'elle est l'oeuvre directe de Dieu, l'âme finmal ne, Ht la* différence du corps, n'est pas destinée à rester sur la (erre où l'a #éfégoée sa désobéissance. Elle retournera ai^ Ciel « laissant sa dépouille à la terre , domaine du démon , qtii seule est Vétiver. (Moneta, 38f ; Retnerhis, 4?68.) C'^t dans le même sens qoe les Francs-Ma^ns disent au néophyte qui se présente pour le grade de maître : 3kaU ihê ê^ff réMn* tef the êarth, as it tèan; and the spirit reium unto God whù
Swe it. (Ligbt on M.'. , M .) Tontes les âmes célestes seront sativées, car si eu procédait par élection envers les âmes qa'if a créées, û serall ish |tiste et non phis parfeit Les seuls damnés destinés à rester sur la terre sont les esprits créés par le mauvais Dieur. (Ahmus , 24 1 So^a, êi et Sniv., 549; Aet. de Vinq. de Càreass.y 4247 j Doat, xitii, f. 9S , 101 ; ikfToutùusêf 4273; Ibid., xxv, f. 60.) Ils rejetaient en conséquence la deorrine dis la pré^testinatioii, qui lear paraissait nne erreer èaormer teHe qo*ette est établie p» saint Augustin. (Moneta, 54^.) Pour ceux d'entre eut que M. Scbmidt appelle les dnalistes miti^^, ràne,. iesufiQée par l^ff an corps créé par le démon, était douée du libre arbitre, Fonunê Uberum arbitrium, dit Moneta f 6 ; aussi Dante exahe4*il cette faculté SQ«» le nom de mbile Pirtù, et la fafMI préconiser par Biatriee.
JésuMlhfist nfétait pour la plopart des Cathares qu'une créature du Meu bon , mais Dante nous fouirait la preave que , pour certains d'entse em an méins , A était, eonséquemment anl doctrines gnosii4|oe8, nnè éménation du Père , ainst que Ka pensé Néandtor. {Kirchengeschiehie^ v^ 766.) Dieu, disaiént-its, n'a pu s'humiUer joscpi'à se h^er m tifore ma^ Heris , pour s'ioeamer en revètissant un éor^s kirmé par le Dieu ttaevais. (i4cl. de finq. de Tùul, 4273; Doat, xxv, f. 60; <i0 Care., 1805 y ibiâ , ttxrv, t. SS ; Ub, sent, inq. Tokfé., 24^. j H est vfne sor la lerre avec le corps éthéré dont il est revétti dans to del. (Alanus, 69.) Lé ClA'îst n'aurait fatt q^ passer par Marie, qui do reste ani^it été é^ même pour beâuicoifp un esprit céleste, en qui il serait entré et d'oè H serait sorti par ToreHIe (Moneta, 223, 234^ Ev, Johamsk, chez Benoisi,
DE l'hÉIÉSIE m DANTE. Ii
1, 4M0), cloQtiiBe qu'on jrenconlj»>ditiii â'AncMDBee liturgies âê I^Ëgli^ 4I dtm plusieurs Pèr«8 oi4bodoxfiS, ui Ompi «t m Occident
is SaintCiprit, inléfieur à Jéâus-Chnat^ diière de «ubatance »y«e M^ <M^«(an<McU^dM}«rsitf, fiftavecleRèca,^ui seul est Dieu ; 41 wt le i^tfif » deseeprits célestes, de ces jauges gardieua qm ccxisolent sur la ierre la«( Ames célestes 4ibli|ifées d*y rester, et auxquels s'applique le Dom de Pjmrik clêi. (M^uata, i, ^t^ ; Reinerius, 47684
On veut que les Cathares crussent ( une jtraDSRiigraiiQn 4es àoiai deiti> «o certain oernbi»^ corps, jusqu'au oiomeiit où elles recoQBaltrcait et embrasseront 4a vérité. (Moneta, 442.) Pierre de VAuœrnay fijie à â^(H J« mnçibre de ces transnvigretkMis (556) . Alanus panlede dix ^ uiécuede seùe. (P. î,i.) L'âme de saint Paul, aeloD d'autres, aurait traversé ^i^u'éirentii dmuL cotpps, avant d'arriver  la hmièrâ dans le trente-troisième. (jLat. de rinq. de Carcass., 4305 ; Dû»t, «xxiv^ f. 96.) Comsi^ni \p ^vaAt au-' tour de ykiêtoire de$ .Cathara ei AU»geoû, dont nous résuRKios tes préeiooxiraT«u&, o'a^y pas xeconnu à ces chiffres que de pareilles migrations étaient purement symboliques , comine ioU lo reste ; que Ie# aept peemièoed se xaitacbent aux sept grades prâcuitifs de la Maçonnerie, les tcente^rois aux trente-irois grades ^e l'Êcossisine iem^ier, ^ ias «ombres intersiédiaires i la limite indiquée parDanAe, à ces grades ^ Tie pouvwot franchir les enfants dont U signalai les voUi^ mm puirili, «eoCants qui voulaient bien combattre ilome , mais u'osaient em^ ëraaserJa retigioa d'Amour? {Par., xx&u.) Xdle estai bjeo La signiQoation de ces divei ses transmigrations, quelC. Bchaûdt lui^némeAgusadit : ft «Suivait IesGatbares,'la mort n'a pas la même signiôcatiou que pour 4ous les iMHnBies. Pour ceux qui acbè\:ent leur expiation , c'est-à-dire q«4 SM initiés dans la secte (pour commencer une vie nouvelle) ^ elle est le terme de k pénitence, le moment où l'àme , dégagée des liens de la matièfB, centre dassle monde céleste du Dieu bon. » (11, 47.) Las autres iK^» ouent sur la terre et dans un autre corps l'oeuvre de la réhsbilitHljon. Par suite , point de jugement iflumédiat après la 9M>rt , point de piu'ga* ioire <â. Bernardi Serm., 66; £ckberi«, SW\ Moneta, 374 ; Beiner., 4952; I^kp.^ 4733); point de résurrection de la chair au ju^^em^nt der Dier (KrmVBgaud.,i36; Çbrard., 443; Âlamis, 48 ; Moneta, 3^; {Im^ «er., 4761 ; ùitp,, 4736); poirU de prières pour les morts, car Weu ces^ serait d'être juste s'il fraisait miséricorde aux coupables pour les mérites ë'Mtrui. (BokbePt*, 915 ; Alanus, 463 ; Moneta, 374 et suiv. ; /^p., 4733*4
On peut être certain, du reste, que les €athures croyaient à la trana» DUgration des Ames de la même manière que les Tentp'Mers modernes envient êtreiourà tottrMelchisédeeh,Salomon, Cyrus, etc., dont, ae»'j6 le^adp, 41s preimeiitsuccesi»ivementie nom dansieurs lo^es : de mtvao que j>ante croyait avoir passé du corps d'Adam dans celui de By^ihée, dans ceux de David, dEséohias, etc. Les inquisitsurs devaient se petdfit dansces fantasmagoriei», et, à léurjmite, le3bi8t.oriens, si^yialant jisqu'jHO: denners siècles des PyUmgorieieoâ dinjos \p royaume de Naples. ( Foy« BaldaobiiH, Vita diCampanella otE. Renan., Hist.dei'Àverroiime.)
Selon les Cathares, le seul moyen de réhabilitation pour l'Ame 4>éohe^ ressc était une pénitence radicale et un changement absolu de viç, en se faisant adnieUi3e dans leur église. Cette eécepUen, appelée le Cpftso^etiiati'
twn, était leur baptême de feu, ou baptême de l'Esprit, en opposition au baptême d'eau ; il se conférait par l'imposition des mains , et indépendamment de sa signification symbolique, il avait l'importance et tous les effets d*un sacrement. (Ermeng., 236 ; Bonacursus, 209; Moneta, 273 et suiv. ; Reiner., 4764 et suiv.) De ce moment, le croyant était Parfait, ii était Pur, Saint ou Cathare; il était parmi les amis de Dieu, les bonshommes , les bons chrétiens, (Mansi , xxii ,457; Act, de Vinq,^ çà et là ; Lib,,sent. inq. Toi, 23^ 403, 434.)
Eh bien , les héritiers du Temple conservent fidèlement le baptême de feu. Que répond en effet aux questions qui lui sont posées le récipiendaire au grade de Maître Âdvitiam, Vénérable de toutes les loges symboliques? Qu'il a été reçu par Taciér et par le feu. — « Que signifie le feu? —11 rappelle à notre esprit que nos ancêtres, our forefathers^ étaient purifiés par le feu* » (Light on if.*., 237.) Il est bien difficile de ne pas entendre faits Purs ou Cathares par le baptême de feu ou de l'Esprit. 11 y aurait tout un livre à faire de pareilles concordances entre le Catharisme, la Maçonnerie et Dante.
A l'imitation des Apôtres , les Parfaits s'interdisaient toute propriété personnelle ; les revenus des biens qu'ils abandonnaient s'ajoutaient à un fonds commun servant aux besoins de l'église et de ses ministres, fonds commun alimenté p'\rdes donations , pensions et legs , provenant de la munificence des crc^/ints. (Aot, de l'inq, de Carcass. ; Doat, xxii, f. 4 4 3 ; Idb. sent, inq, ToL, 404, 549.) Ils étaient donc communistes , nous n'avons donc pas calomnié Dante en le disant socialiste.
Les rigoristes parmi les sectaires réprouvaient le mariage (voy. presque tous les auteurs déjà cités); ils s'interdisaient non moins sévèrement l'usage de la viande et de toute nourriture de provenance animale, (fbid.) Chez les Cathares mitigés, ces prohibitions n'étaient de rigueur que pour les Parfaits. De là ces dénominations de Pythagorideos et de Stoïciens par lesquelles les premiers étaient désignés, et celle d'Épicuriens appliquée aux derniers ; dénominations reproduites par les écrivains du temps, qui n*en savaient pas la valeur, et par les modernes qui s'étonnent de l'existence de ces sectes philosophiques au moyen âge. En faisant vœu de pauvreté, le Parfait renonçait à toutes les joies de la famille et se consacrait à une vie errante, pleine de périls et de privations. (P. Vall. Cem., 556; Lib. sent. Inq. Toi, 450; Evervin., 454.) Qu'on se rappelle l'existence de l'austère Alighieri, s'abstenant de faire une seule fois la moindre allusion à sa femme et à ses enfants, soit dans son poëme, soit dans ses autres écrits. Voilà pourtant l'homme dont on a fait un Céladon platonique et un coureur d'aventures galantes.
Dans la branche de Bagnolo notamment, la plus éclairée, à ce qu'il semble, les simples croyants pouvaient être mariés, posséder des richesses , faire la guerre et se nourrir de tous mets indifféremment , sauf absolution des Parfaits. Tous n* étaient pas initiés aux doctrines les plus secrètes du catharisme; Vinstruction complète n'était donnée qu^à ceux dont la persévérance avait été éprouvée. (Reiner., 4768; Act. de Vinq. de Carcass., 4305 ; Doat, xxxiv, f. 402.j
L'organisation ecclésiastique de la secte était des plus simples, car, rejetant tous les autres Ordres de la hiérarchie, el'e n'admettait que l'é-
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piscopat et le diaconat. Les croyants donnaient à leurs évêques le nom de Père ou de Maitre^ comme les apôtres appelaient Jésus-Christ, et comme Dante appelle Virgile ou de Virgilio; ce nom de maître reste de même affecté au Vénérable dans la Maçonnerie ; chez les Vaudois, les évêques étaient, désignés par le nom de Barbas, équivalant à père. A chaque évêque étaient attachés deux ministres, destinés à le suppléer, avec le titi e de Fils majeur el de Fils mineur, (Nous retrouvons ces deux acolytes dans la Maçonnerie sous les noms de Senior warden et de Junior warden.) Venaient en dernier les diacres et sous-diacres, appelés, en cas d'absence de Tévêque et de ses fils, à en remplir les fonctions dans Tes localités éloignées. (Moneta, 278, 313. Arch. de Vinq. de TouL, Reiner., 4766.) Or, la Maçonnerie a précieusement conservé ses diacres et ses sous-diacres, senior and junior Deacons, (Voy. Light on M.*, dès l'initiation au premier grade.) '
Leur église consistait dans la réunion des Parfaits , seuls bons chrétiens et successeurs des Apôtres , peuple de Dieu sur la terre , église devant toujours être pure et sainte dans ses membres, et avoir la saine intelligence du christianisme, pour conserver le don des miracles. Or, les Parfaits faisaient des miracles, lorsqu'ils convertissaient des âmes à Dieu, éloignaient d'eux les serpents, et leur parlaient des langues inconnues ; linguis novis loquuntur , quia ipsi credentibus suis inaudita proferunt, (Disp. int. Cath, et Pat,, 4750.) Dante aussi faisait des miracles en parlant et en écrivant dans une langue nouvelle, dont l'Amour était le dittator. Ils refusaient en conséquence le nom et le caractère d'église à celle de Rome, qui conservait dans son sein des membres corrompus et pervers (Ebrard., 433 ; Disp.^ 4754), comme ne cesse de le faire Dante dans tout le cours de sa Comédie, divinisée par les sectaires. Ils lui reprochaient ses pompes , ses richesses , le luxe de ses ministres , son ambition, son insatiable avarice (Moneta , 390 , 393 et suiv.) et faisaient remonter sa décadence au temps du pape Sylvestre. (Bonacursus , 209.) EHe était pour eux la synagogue du démon , l'église du Dieu mauvais (inspirateur del'alnoar mauvais. Danie), celle dont il est parlé ch. xvii de Y Apocalypse. (Moneta, 397; P. Vall. Cem, , 556; Act. de Vinq. de Carcass.^ 4247, D\ xxii, f.*98 ; Li6. sent. inq. Tolos., 37.) La leur était l'église des Purs, des justes, des amis de droiture^ comme disaient les Provençaux, de drittura^ écrit Dante; et de même les Maçons se disent : Sons ofrighteousness. Nostra est eeclesia ubi sunt hommes justi et casti^ non meniient^s, non fraudantes. (Disp. int. Cath. et Pat., 4754 .)
L'église cathare, au contraire, était la Jérusalem céleste exaltée dans V Apocalypse, et c'est sous ce nom que l'église de vérité figure encore dans les cérémonies maçonniques, comme dans la Comédie, où ses habitants sont revêtus de la bianca stolOy robe blanche d'innocence, are clothed in white. « La^tenlure de la loge de réception au grade de Grand- Pontife ou sublime Écossais représente la céleste Jérusalem, descendant du ciel sur les nuages pour écraser les restes de la Jérusalem actuelle (Rome, la cité terrestre) et un serpent à trois têtes ou hydre enchainéc, représentant la perversité, unckedness, des infidèles qui y résidente En bas, la Jérusalem actuelle semble renversée sens dessus dessous, et la Cité céleste semble écraser le serpent à trois têtes. » Le récipiendaire
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mis ea présence de ce 4a)^au dédare 4éto6ter tous ies perfides et jure de rompre totitf s <'ommuDÎc»iioiis, correspondance êi liens d'amvtié avec ceux qu! sont ^els. [lA^th on M.\, ^^-84.) Vfidi nosêra ciUà^ d^ Béa^ trice à Dctnte. { Pan xxx.)
Mais à I y a plus : Fêgtise de vérité se reproduit encore sous fine %^akm forme dans les cérémonies maçonniques. Nous avons parié ^ixHe iii^4a di. xxiii) de la conception dans ia Umê : voici eo^dment cette figure ml expliquée au récipiendaire : The conception or wt^iAN ri$i»g in ihê moon, demomirates the purity thatmatter s^bsifés of imcrder Iprcmmim IN ITS PURE STATE unmtœed with cuvy other hoiy, from which musi oome a new king çind a REVoLGTiON, or fuliness cf Urne fiUed wiih fflory, whose name is albraest {^a^axa gnosUque?), Or, rien de ipi/HB clair que ce symbote, grice aux explications de iiotre trommentaîre ^ aux preuves à l'appui. Il nous montre Téglise calhare «0)is la foitne d'uae femme ou d'une vierge pure, s'éievantau milieu du monde catholique, de la lune maculée, tout^ matière, s'yconst^rvantimomculée, wnmixed wUà any other body^ et devant enfanter un Messie a|>pelé à opérer une glorieuse révolution religieuse et sociale, q«»and les temps seront Accomplis. On voit que la lune conserve ainsi dans la miaçonnerie la eignificatioe symbolique qu'elle ne «esse d'avoir dans la Comédie. Cet astre d^géant est encore là l'Église romaine^ l)ien différente de celte vier^4^|ns tache , de cette Marie, chaste mère du Rédempteur impérial, personnift'cation mystique de ta communauté des Caithares.
Dieu étant présent en tous lieux, surtout « là où deux ou trois sont «s* semblés en son nom , » ils ne se réunissaient que forcément dans des édifices de pierre. Ils célébraient indifiéremment les cérémonies de ieur culte dans des forêts, des prairies, des vallées , des cavernes , dansées obéteaux ou des cabanes. (Ebrard., 432, H2; Alanus, 4^; Moneta, 454 ; Disp,, 4749 ; Euthymius, de Bogom.,tïi) — Où nos anmem frères se réuni saient-ils avant qu'ils pussent des loges? est-U demandé à l'apprenti maçon, qui répond : On the Ugh^ hHis and the lotoestwales ; et trois suffisant pour composer une logo parfaite, on rappelle, dans la prière adressée à Dieti, les paroles du Rédempteur : Thouhasd prùmi^d thaï <c where two or three a/iegatheredtogetherinihy name^ thou wUt be in the midst ofthem, and bless them. » Light on M.'., 45, dB.Unenaftpe blanehesurun banc, sur une table, où le Nouveaa Testament était ouvert à l'évangile de saint Jean , tel était leur autel at tout l'appareil du cuHe. {Act. de linq.) Vous trouverez de même une bible ouverte sur ce qu'oft appelle l'autel dans les cérémonies maçonniques. A leurs yeux, les images étaient des idoles. (4452, Past. Corbimses, 77; P. Vall. Cem. , 5ÔT ; Moneta, 454 ; Disp., p. 4740, etc.) La croix rappelant un triomphe dm lÀ^w mauvais , ils l'avaient en horreur, ne comprenant pas que des chrétiens pussent adorer, dans l'instrument de son supplice, llgnomtoîa &Si Sauveur, ignominiam ChriêU, élisant : Si palet vester suspenauê esset in aliquo patibulo, ipsum paiibulum abominaremini , et nom hêr norartUs iUud. (Moneta, 464 ; Ub, »&à. inq. Tolos., 4ft, 4«4, ^%ï, 44S, 494.) Cruceni dicurU eharoHerem esse bestiœ, qw$ in Apocalypsi esse legitur, et abominationem in leeo sanetô, ( Bonacarsus , p. §09.) un comprend dès lors pourquoi lesf^mpliars, dm liaiira initiations nfsié«*
DE L^HÉIM» K DANTE. th
rivQ^^ auriAeiil craché iv Itt crois. 1^ ràfte^ l«ff inquisiteors opé^ raient certes de leur mieux peur Isnre (M-endre en borretiraux sectaife», «Mfièiâ ^àfetnL à ÏA péniceneo, cette droix qu'ils leur faisaient porter 9W \ems habHs, m étoffe ée couleur ^odge. Aot» Datit* a-t-il soin d'in^ àk\n^T quef cette de aes PaUiarcbes de» croisade» oël de toute autre
le service relisietni^ cônsMaft dans une prédication ou instruction sur * M passât &a KoâVeanr Testament ; ensuite, les oro^^ants» ployant lieâ genoux, imploraient .la bénédiction. Tons alors récitaient Toraison B«idkM0d4(i, Ironique prière" qw'ife Crussent permise à desclwrétiens, et ils la Mrmintfienl par ce^ ftots, (|f^ ne se trouvent pas dans la Volgate : ne Car ft tef appartiennent le règne , la glon^e et la puf'sance à jamais. » ^. Hitih., Vf, 13; Arch^ dé Véiq^de Cateass., 42-^3, D*, xxii, f. ♦10 fr; Vai-seite, m, preuves, 436, idlS; L4b. genL inq. Toi., 40, 44 ; Pereg. ftkeAjtnm, d5; 4f6h.ee vinq. de T&uh, H7»/ f. 47; Moneta, iH^.) ' Atm^ io\f9t reiâarq«iereK qoe Danle s'est abstifou dans son xi« chant dtf Pvtgàhire â& donner la ftn du Pahr tfo^tet, ^'i\ fait réciter aux »rgOeS1!eitt/ Le service Se terminait par la bénédi<^ion, qui se donnait erv rei (errties r he Père, le Fife et le Sîrfnt-Bsprit ^ewllenc voua épargner mjmr ee VO»ïs pardonner vos fautes. {Arch. de Vinq. de Toul, 873, DS XXV, U^\^'^9; Lib, smi. m^. Tùl , %9.)
Le coTtÉôkmênt ne se donnait qu'aux adultes et aux croyants des denx SSKés, jéiJiséànt de toutes lef^s faculté». (Aeiés de Vinq. ; Eymerickis, f3S.> «t le promets, disent aujontd'hoi les Maçons, de n'admettre à i'ini*tlation tt? un vieillard en enfance, ni un mineur, ni un athée, ni un idiot on a» I6tt, » {Li^ht onMt.'., 62.)
Dans les temps dé persécution, cette cérémonie^ la plus Imposante es ctjrKe, se faisait d«r nuit et dans le plus grand mystère. (Eckbert., 944 ; Si. dé Bellavitla, 90.) De nombreux flaAibeaux allumés symbolisaient h Mtptéme de feu. L'assemblée se rangecuit eà cerôle (figutè parfaire) antoifr de la table couverte d*une nappe blanche servant d'autel (Vaissette, m , ]f>reove?, n"* ^i, 387), per ordiûem in eirûuitu cum revêren- HafMtgna. (Bckbert., 94t.) The Èreikern assemble round tke altar, und PORM A c^cL», lêèi)it%g a spùùe for ike most Excellent Moiter, (Light on li»*., 446.) Le ministre, placé au centre^ donnait au néophyte, debout près de loi, l'instraction doctrinale, le bém$9mU par Irots firiê (comme saint Pierre, qui tre Wfliê oin9é Dante), et recevait du nouveau frère la promesse de Se conformer aux règles do la vie eàtlnire; engagement analogu<è à celui que ^re^ent les Maçoite. Il s'engag^t, OMre arutres, à ne jamais dormir Hne oamicia et brads, ce que presorhàit a^ssr la règle d^ Templiers, et à être toujours accompagôé de son socttis. (Forma qualiter hœretici hœreticant hi»r$tieùi $uos / chez Marténne etD. Th. Nov. dhêcd., V, 4776; i4fo^. de Vinq. de Caacats., 4243f , D*, itxn , f. HO « ) Le Pasteur lui donnait ensuite le livre saint if Baiser, puis appelait sur Kfi t Esprit Saint, le Paraele^/ Alors rass^emblée régirait Toréison Dominicale, et le service était clos par la leotorê des dix-9é{pt premiers versets de l'évangite selon sa'mt Jean (Vtiissette, L a.; Àrmeng., 236; Eathym., Non. de Bofom.f 26)y lecture reproduite fidè^itient dans certains grades de ta Maçonnerie ; ajoutes^ que dans les
réceptions il n'est pas moins cité de psaumes ou de passages de VÂpo^ calypse que sur les rampes du Purgatoire,
En signe de son initialion , le frère consolé recevait quoddam filutn subtile lineum vel laneumpro habitu (les Maçons appellent leurs insignes ou bijoux abito) quem portât supra camidam, {Forma qualiter, etc., (. c; Ub. sent, inq, Tolos,, 249.f Les femmes portaient cordulam dnctdtn ad camem nudam subtus mcmiillas^ (Arch. de l'inq, de TouL, 4^273, D^, xxY, f. 60 a.) Il est assez remarquable qu'aujourd'hui encore l'apprenti Maçon est introduit dans la loge de réception un pied nu, l'autre chaussé d'une sandale (en souvenir àidsinsabbatatif) avec une corde autour du cou, dont la longueur mystique est de trois milles {Light on M,\, 8), et le Maître Maçon de Marque, Mark master, avec celte même corde roulée quatre fois autour du corps. {Ibid., 96.) Le nouveau Parfait recevait par deux fois le baiser de paix, que le ministre lui donnait sur la bouche, bis' in ore ex transverso; osculum fratemitatis qu'il transmettait à son voisin et qui passait ainsi à la ronde , puis rassemblée se séparait. {Forma quai f etc. y L c; Arch. de Vinq, de Carcass., 4243, DS xxii, f. 4 42 &, etc.) Les Parfaits et les Parfaites se donnaient entre eux les noms de frère et de sœur, {Act. de Vinq. de Carcass.^ 4243, D^, xxiv, f. 203 et suiv.) Aussi Dante ne manque-t-il pas d'employer les vocables frateei suora, au lieu de fratello et de sorelîa. Ils avaient de plus des mots et des signes particuliers pour se reconnaître entre eux, sans se révéler aux autres. (Alberic, 326, Proc. d'Arm. Pungilovo, Mural., Ant. tï., V, 43^) Tous ces usages rituels se perpétuent encore fidèlement dans la Franc-Maçonnerie, et se retrouvent avec les moindres détails dans la Comédie. • Chez les Cathares , la cérémonie appelée bénédiction ou fraction du pain correspondait à la Sainie-Cène ; elle se répétait à chaque repas. Après avoir récité l'oraison Dominicale , un ministre, ou le plus âgé des Parfaits, bénissait un pain, dont il distribuait les morceaux aux assistants. (Evervinus, 455; Reiner., 4763.) Ils appelaient ce paiu panem sanctœ orationis {Lib, sent. inq. ToL, Eymenc, 274), disant quod erat panis de Deo. (Lib. sent,y 442.) Dans les temps de persécution ,.le pain béni éiait porté en .«-ecret aux croyants éloignés, surtout aux fêtes de Noël et de Pâques. {Proc, d'Arm. Pungilovo, chez Muratorij Antiq. it., V, 437; Arch. de Vinq.de Tout., et Lib sent., 442, 460, 498.) Ils n'attachaient du reste aucune signification mystique à leur pain bénit, bien loin de croire qu'il eût à<devenir, par la consécration, le corps même de Jésus- Christ, puisque pour eux ce corps n'aurait été qu'apparent. (Eckbert., 922 ; Ebrard., 447; Reiner.» 4763.) Les Maçons ont aussi la fraction du pain dans leurs banquets, où ils reproduisent celui d Emmaiis (Light on M.'., 234) et Dante y fait maintes fois allusion tant dans son Convito que dans la Comédie.
Leur pain céleste n'était pas celui que les Parfaits avaient béni, c'était la parole de Dieu, procurant la vie i' celui qui s'en nourrit {Arch. de Vinq. de Carcass., 4305, D^ xxiv, f. 400a; Eymeric, 274); c'était cette doctrine de vérité que Dante appelle, dans son Banquet, le pain des anges. Pour eux le corps du Christ, c'était leur église , à les en croire la seule église de Dieu. (Steph. de Bellavilla.) Interrogés s'ils croyaient à la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans la Cène, ils répondaient
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affirmativement f entendant parler de^ leur propre personne, consacrée par le pain bénit, membre de Téglise des saints, et présente à la célébration. iEckhert., 899, 924.) C'est toujours la même subtilité, les mêmes équivoques imagées dont abonde la Comédie.
L'église cathare , formée de la communion des Parfaits , était l'église idéale, invisible, réalisée sur la terre ; les croyants, l'église extérieure et visible à côté de celle de Rome. Partant de ce principe que, pour communiquer le Saint-Esprit, il faut le posséder soi-riiérae, et que, pour pouvoir laver les souillures des autres, il faut avoir les mains pures, ils exigeaient chez leurs ministres la pureté absolue , la perfection morale. (Disput., 4753.) Voyez dans les rituels toutes les recommandations de vertu, de probité, de charité, d'amour du travail, adressées par les Maçons aux récipiendaires, et notamment la réception au grade de Royale Arche, où il est donné lecture de la deuxième épitre de saint Piiul aux Thessal. , c. III, du V. 6^ au 48^. (Light onM,'.^ 424.) Accusant d'autre part le clergé catholique d'avarice, de simonie , d'intempérance, d'oisiveté, d'hypocrisie, elc, ils refu^aient toute efficacilc à ses prières, car selon eux, sa foi était fausse et morte , la vérité n'était pas dans sa bouche. {Arch. de Vinq, de Toul,, D^, xxv, f. 39 a; saint Bernard, Serm,, 36, i, 4500; Eckbert., 902; MoneU, 433, etc.)
Les croyants, astreints à une sévère économie, menaient une vie active et laborieuse, ahn de subvenir à la fois à leurs besoins et à ceux de l'église cathare, à ceux de leurs frères indigents ou malades. (S. Bernard., Serm.^ 66, 4494; Joachim, In Apoc, f. 432; Ebrard., 470; Luc. Tud!, 463 ; Moneta, 306.) Ils avaient leurs hospices et leurs écoles gratuites. {Vita S. Dominici, in A et. sanct. Août, i, 569.) Très-versés dans la connaissance de l'Écriture sainte et très-habiles à l'interpréter en leur sens. (E'kbert. , 923.) leurs Parfaits soutinrent souvent avec avantage de longues controverses contre les théologiens de l'Église. En effet, la plupart, dans le midi de la France comme en Italie, sortaient des familles delà noblesse et-de la riche bourgeoisie, dont la culture intellectuelle était beaucoup plus avancée qu'ailleurs dans ces contrées, et les jeunes gens capables étaient envoyés dans les universités pour y terminer leur éducation, surtout dans celle de Paris. (Lelt, d*Yves de Narb.y 4245; ap, ; Matth., Paris, 413.)
Le suicide , loin d'être un crime ou même un péché aux yeux des Cathares, était pour eux une marque de foi , une preuve de sainteté. Ils y avaient donc recours, par le fer, la faim, la strangulation ou le poison, soit pour ne pas tomber vivants aux mains des inquisiteurs, soit pour échapper aux souffrances du bûcher, soit même pour ne pas perdre les effets du consolement et finir comme les anciens confesseurs. Le suicide par la faim s'appelait Vendura. (Lib. sent. inq. Toi, 28, 33, 70, 414, 434, 479; Reiner., ap. ; Gretzer, 40.) Rien de plus logique dès lors que la béatification de Caton d'Utique, signalé, dès les premiers vers du Purgatoire, au respect des croyants, comme le représentant de Dieu, à qui l'âme noble ou cathare doit revenir, de même que Marcie à Caton. Quale uomo terreno più degno fu di significare iddio che Catone ? Certo nullo. (Conv., iv, cap. 28.)
Notre intention ayant été de n'appeler ici l'attention que sur les
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dogme», opioioQS et uaogas calhare6 dont on |>eu( trouver traee dans la Comédie, et dont la reproduction identique saute aux yeux dans les mystères de la Franc-Maçonnerie, tels qu'on les célèbre encore de nos jours, nous terminons ici ce résumé. Nous étions pourtant bien (enté de donner un peu plus de développement. à ce petit traité d'archéologie comparée, d'où semblerait résulter la parfaite consanguinité du Gatba* risme et de la Maçonnerie* Nous ne songions à rien moins, en effet, qu'à établir, à rai<Je de rapprochements assez saisissants, la fraternité de l'organii^ation maçonnique et de la Comédie. Que voulez-vous ? nous sommes uq esprit tellement sophistique et paradoxal! Oui, c'est à ce point que, pour nous, Dante serait le véritable père de la Maçonnerie, telle qu'elle existe encore aujourd'hui. Il en aurait combiné les grades nombreux, lee symboles, les cérémonit'S diverses, en les greffant sur les mystères bizarres du Temple, si peu connus maintenant, de manière à y relier, sans les confondre, faction politique et l'action religieuse, toutes deux soumises à une direction unitaire. On y retrouve, en effet, pour peu qu'on veuille y regarder, les idées théoriques et gouvernementales, le faire et jusqu'aux expressions de ce génie encyclopédique. Sa paternité s'y révèle à chaque pas, dans ces allusions géminées à l'Écriture et â l'histoire, dans ces citations des psaumes ou de l'Evangile qui se reproduisent de grade en grade; dans la gloiiûcation de la raison, de la justice ou droiture, du travail, de la charité pour le pativre et l'opprimé; comme aussi dans la haine qui y respire contre les destructeurs du Temple, en s'al- Jiant à une prédilection toute particulière pour l'aigle romaine, the Roman Eagle ; louted choses qui, pour être passées inaperçues depuis longtemps, n'ont pas moins leur signification pour les profanes qui s avisent de réfléchir.
Et puis comment ne pas être frappé on voyant les Chevaliers de ia Marque chrétienne procéder à leurs travaux en vertu d'une bulle du pape Sylvestre, by a bull of hi$ holines$ Pope Sylvester; au temps duquel les Cathares font remonter leur séparation de l'Église romaine (Bossuet, hist. deê Var.); d'où les Séparés, Kadoêh, ou Solitaires ; en remarquant certaines marches maçonniques exécutées contre le eoure du Soleil, à l'instai^ du vol de l'aigle romaini'^ que Constantin volse contra il corso del Cielo. (Par ., VI?) Comment ne pas s'étoimer surtout en croyant reconnatire, pour l'avoir vu figurer en Parodie (xiii), le Salomon des Maçons, fondateur du premier Temple^ et vengeur du fils de la veave, cooime Trajan, qui la vedovella consola del fiylio (xx), dans le Sulomon-Trajan de Dante, Henri VII ? Quand, bien plus, ce triplex etunus Deus, opposé au serpent à trois tètes, au tripleœ Geryon, nous parait se confondre si complètement avec le Cyrus maçonnique voyant, dans un rêve, le vieillard au pied d'argile (Enf. xiv), sous la figure de Nabuchodonosor chargé de ohaines, et Philippe-le-Bel sou^ celle d'un lion féroce, comme au début de la Comédie.
AuSdi en sommes-nous à nous demander, si le Cyrus sous le patronage duquel fut reconstruit le second Temple, celui qui, réëolu to Uberate the captives (ces pauvres Cathares esclaves dans Babylone) permit à Zorobabel to approach the degrees of his throne; qui lui demanda à être tfit^ aux myetéres du Temple, en déclarant porter lui-même le
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tablier des maçons et le faire porter à ses courtisans « à rimitatioQ des ouvriers du Temple » (Voy. Liyht on 4f.*., 143-48, 52, 307 et guiv., etYiUJaume, 421-25), ne serait pas, en définitive, Henri de Luxembourg; car alors le Zorobabel, qui eoireprit si courageusement la reconstruction désirée, ne serait autre que le gran Padre Aiighieri lui-même, si heureux, nous le savons, d'avoir été admis à embrasser les sacrés genoux de son prince bien- aimé, VAgnus Dei, rédempteur des captifs. (Lettre de Pante à ce monarque.)
Si donc nous ne sommes dupe d'un mirage trompeur, il y aurait peu à s'éionner de tant de points de ressemblance entre la Trilogie dantesque, où domine un symbolisme mystique d'une obscurité savamment combinée, et cette institution mystérieuse, aux cérémonies et au langage bizarreSf dont les membres, ne connaissant, à Theure qu'il est, ni son origine ni son but réel, en sont arrivés à croire que leur secret n'est qu'un mythe destiné à voiler une école de philosophie naturelle (épicurienne, pythagoricienne, platonicienne, stoïcienne, c'est tout un). La Comédie, en effet, ne serait alors que la mise en œuvre poétique d'une même idée politique, religieuse et sociale, enfantée par le même cerveau olympien; idée puissante autant que féconde, dont l'influence, s'étendant aujourd'hui encore sur le monde entier, y aurait réalisé, sous forme républicaine et sous tous les gouvernements, la Monarchie universelle du génie qui avait rêvé celle de l'Empire {*).
Desirerait-on maintenant savoir à quelle époque s'opéra la fusion entre le catharisme, le templarisme et le parti impérialiste ou gibelin, fusion à laquelle Dante fait très-clairement allusion dans les derniers chants du Paradis [voy, aussi le xxiii^), et à laquelle son habileté diplomatique ne fut pas certe étrangère? Qu'on lise avec attention cet exposé historique dont nous donnons ici la traduction fidèle, sauf quelques parenthèses :
a Après les persécutions dirigées contre les Templiers, dont l'Ordre fut banni au concile de Vienne, le 4*"^ octobre 4314, et dont les propriétés, laissées à la disposition du Pape, furent données en partie aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, en 4 34 2 ; le nombre des chevaliers qui avaient échappé était fort restreint. Ils cherchèrent donc à recruter leur Ordre en y admettant des personnes qui leur inspirassent confiance et é[u' ils crussent capables de garder un secret de la plus haute importance. C'est ce qu'ils trouvèrent parmi les bons et vertueux Maçons que Saloinon avait distingués après la construction du Temple. (Lisez parmi les bonshommes de la Massenie du Saint-Graal, dont les travaux avaient pour but la Jérusalem céleste, et qu'avait distingués antérieurement le Salomon Frédéric U, par lequel le gnosticisme avait fait invasion dans le Temple.) La candeur et rintrépidité.dont ils avaient fait preuve dans les plus grands
(*) Si CCS éludes tombent dans les mains de quelqu'un "des dignes Maçons qui répudièrent l'Ordre après le meurtre du F.*. Morgan, -et publièrent te livre curieux inUtulé lAght on Uasonry , ils reconnaîtront sans doute l'erreur dans laquelle ils sont tombés, en croyant la Maçonnerie dirigée contre le christianisme, lorsqu'elle ne menace en réalité que TÉglise romaine, dont les chefs, ne s'abusant pa^ sur sa portée réelle et peut-être même sur son originecathare, l'ont Happée mainte fois d'excommunication. Ils n'ont pour s'en convaincre qu'à ajouter au mot religion, l'épitliète catholiquet ûëd» l'ailocution d« P. Adam, pages 255 et suiv. de iU on M*\
dangers, la sagesse, Tunion, la charité, Tamour, rimparlialité, la discrétion et le zèle qu'on admirait chez eux (les dritti costumi de ces tanto santi qui édifièrent le Toulousain Stace, si versé dans les mystères du Vaso Naturahy Purg.,xxii, xxv), tout contribua à leur persuader, qu'ils ne pouvaient mieux faire que de s'unir avec eux- Leurs pères, leurs patrons et affiliés recherchèrent donc la faveur d'être admis dans leur association et initiés à leurs mystères. Les nouveaux initiés furent informés par les Maçons (du Saint-Graal) de ce qu'ils étaient réellement, des événements d'une cruauté barbare auxquels ils avaient échappé (la croisade albigeoise) et des résolutions (qu'ils avaient prises d'augmenter secrètement leur nombre, de rétablir leur Ordre (du Saint-Graal) et de reprendre possession de leurs domaines (du Languedoc et de la Provence). Les Templiers offrirent alors à leurs frères leur concours, pour les aider à prendre leur revanche et, leur cause étant désormais commune, ils les invitèrent à compter sur eux et sur leur juste gratitude (pour leur avoir tendu la main comme à des frères opprimés). Les chevaliers Grands-Élus ayant approuvé leurs projets et accepté les offres des Princes Maçons, il fut convenu entre eux qu'en place de l'insigne de l'ordre du Temple, qui était une crotxCvue d'assez mauvais œil des deux parts, comme instrument de la Passion du Christ), les uns et les autres adopteraient dorénavant les symboles, signes et motsde passe des Maçons. Diverses analogies dans les événements de leur histoire donnant aux Templiers la conviction que les différents signes delà Maç^onnerie (Massenie) les mettraient entièrement à couvert contre la malice de ceux qui chercheraient, comme il avait été fait déjà, à s'introduire frauduleusement dans TOrdre^ et qu'ils ne pouvaient mieux confier le véritable secret, qu*à ceux dont ils avaient, à l'épreuve, reconnu la loyauté, et en qui ils avaient la plus gradde confiance. (La langue maçonnique serait alors celle dont Adam dit: Uidioma ch' io usai e fei. Par. xxvi.) Il en fut donc ainsi, et les Templiers passèrent par les différents degrés connus dans la Maçonnerie qui, remontant à la construction du Temple de Salomon, se perpétua jusqu'à sa destruction, signalée par les événements les plus remarquables; év^nemcnts entièrement analogues a la destruction des chevaliers Dy Temple (mêmes causes, mêmes effets dans la croisade albigeoise qui écrasa \si Massenie)..,. Voilà d'où la Maçonnerie est dérivée et comment elle a été transmise jusqu'à nous ; voilà ce qui nous porte à nous associer des hommes dont le mérite, le courage, les bonnes moeurs, leur valent de titres à ce qui n'était accordé qu'à la naissanc/O chez les ancêtres des Templiers. »
Il y a certes là toute une révélation et ce récit d'une extrême limpidité, qui remonte probablement jusqu'à Dante lui-même, porte en soi tous les caractères de 1 authenticité, quoiqu'il ne fnillecerle en chercher les éléments ni dans les chroniqueurs ni dans les historiens anciens ou modernes. Mais on le trouvera tout entier dans LightonM,'., 285-86, tel qu'il est journellement débité par les héritiers du Temple et des Bonshommes de la Massenie, dont les plus doctes croient n'accomplir qu'une vaine cérémonie et ne se doutent pas qu'i4s font un cours d'histoire. lU ne se doutent pas davantage que ces Chevaliers de Malte auxquels ils font jurer une haine implacable, ne sont autres que les champions du Pape, seigneur
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suzerain, comme capo reo^ du château-fort de Malta, sur le lac de Bolsenna, où étaient enfermés les criminels ecclésiastiques; pénitentiaire auquel Dante ne manque pas de faire allusion, à ce titre, chant ix du Paradis, Ils ne se doutent même pas, s'ils savent que le fameux Hiram AbiiT, assassiné par des misérables, est la figure de Jésus-Christ ; qu'il est aussi la personnification mystique de l'église cathare elle-même^ de ce Temple de la Jérusalem céleste dont le Sauveur, Grand Architecte qu'il était, disait aux Juifs qu'il le reconstruirait en trois jours; église cathare ou <c loge dont la première place fut entre trois montagnes inaccessibles aux profanes, dans une profonde vallée, où régnaient la paicv, la vertu et l'union. » (Light on M.*., 306.]
Mais il ne faut pas donner aux érudits, qui finiraient par être désorientés, trop de besogne à la fois, nous nous arrêtons donc et nous renverrons ceux qui désireront de plus amples rensignements sur le catharisme proprement dit , à VHistoire des Cathares, de M. G. Schmidt , œuvre remarquable, qui nous a été d'un grand secours, et dans laquelle une impartialité toute chrétienne met encore mieux en relief la plus consciencieuse érudition.
Nous ne terminerons pas cette note sans inviter les théologiens et avec eux le savant historien de Port-Royal des Champs, à rechercher s'il ne serait pas possible de retrouver quelques traces des doctrines cathares dans celles que la Compagnie de Jésus poursuivit avec tant d'acharnement sous le nom de jansénisme ; car les opinions religieuses de ces Solitaires, dont ta vie austère et la morale rigide rappellent étonnamment la manière de vivre et de penser des Parfaits, pourraient bien remonter beaucoup plus haut que Tévèque d'Ypres. Nous en croirions volontiers à cet égard l'instinct persécuteur des inquisiteurs du grand roi, fort éloignés de partager l'admiration enthousiaste d^ Dante et de Pétrarque pour les Solitaires. Que dirait M. Cousin, grand Dieu! s'il lui fallait reconnaître des Parfaites dans les belles pécheresses de cour, gracieux objets de ses amours platoniques rétrospectifs ?
Notre intention était de condenser à la fin de notre Commentaire les nouveaux éléments fournis par le Paradis, pour compléter la Clef du langage symbolique des fidèles d'Amour; mais le volume est déjà bien gros, puis cette C/e/'n'étant qu'un résumé ou table alphabétique, il sera toujours temps de luidoanerson complément. Nous n'y flanquerons pas, si Dieu nous prête vie, pour l'édification de M. Saint- René Taillandier et de ses patrons, dont la bienveillance à notre égard s'est manifestée à tant de signes. Nous espérons nous en acquit-
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a PREUVES DE L^HÉRÉSIE DE DANTE.
téf de manière à les mettre en mesuré d'entendre conranoment à Taide de tios bouffonneries, dont TAcadémie des inscriptions et belles lettres doit s'amuser un de ces jours, les poêles et romanciers pro^^ tençaui^ Pétrarquei l'Arioste, le Tasse, Boccaee, les sonnets de Michel-Ange, la prose de Gravina, de Marsile Ficin et des autres platoniciens composant la Société de la Truelle, etc., ce que nous les défions défaire, même k Theure qu'il est, avec toute leur gravité et tout leur bagage bibliographique. Il ne suffit pas, en effet, d'avoir lu beaucoup de lettres moulées, allemandes ou autres, et même de vient manuscrits, pour se poser en docteur et se croire endroit de rudoyer le pauvre monde; il semble encore qu'il conviendrait au moins de comjM^ndre ce qu'on a lu. Nous tâcherons donc dans notre humble libère d'y aider ces superbes maîtres, sans même espérer d'eux tm remerctment pour leur avoir mâché le pain des anges. Pnîsse-t-illenr être léger!
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Imprimerie dt W. BraMiKWr et Cie, rue Garanciére, n. 5. T