‹ L'héritier de RedclyffeChapitre 27 sur 51 · II · texte numérisé non relu

II

— Nous devons tous être bien obligés à Walter; ils'est écrié ce matin : — J'espère que votre père ne va pas assurer la dot d'Amy de manière à ce qu'elle ne puisse pas y renoncer. — Pourquoi? ai-je demandé. — C'est, a-t-il répondu, que si vous ou Laura vous vous mariez avec une personne qui ne soit pas ricbe, la part d'Amy pourrait vous être utile.

— Nous lui sommes fort obligés, répondit sérieusement Laura. Savez-vous à combien cela se monte?

— Oh! vous voulez savoir ce que vous lui devez? C'est quelque chose comme cinq mille livres, je pense.

Charles observa Laura, et ses premiers soupçons lui revinrent^ quand il se demanda pourquoi cette affaire semblait l'intéresser si fort.

Laura ne connaissait pas la valeur de l'argent ; elle ne savait pas ce que possédait Philippe, et ne se faisait aucune idée de ce que l'on pouvait faire avec cinq ou dix mille livres. Mais elle pensa que cette perspective pouvait faciliter l'aveu de leurs sentiments, aussi bien que l'aurait fait l'avancement de Philippe. Elle espérait que cet aveu pourrait se faire au moment où ses parents seraient tout heureux du mariage d'Amy, et que la reconnaissance de Philippe pour Walter mettrait un terme à tous ses préjugés.

Ces pensées soutinrent Laura et l'aidèrent à prendre une part active aux préparatifs du mariage. Le temps était court et il y avait beaucoup à faire, car M. Edmonstone avait de grands projets. On eût dit qu'il voulait inviter le monde entier, et il ne voyait rien d'assez beau en fait de déjeuner, de voitures, etc.

Sa femme le laissait dire, et comptait que la moitié de ces grands projets n*auraient point de suite. Walier prit Amy à part^ et lui demanda ce qu'elle en pensait.

— Et vous? lui dit-elle.

— Je ne sais : en général, il me semble que moins on fait d'embarras, mieux cela vaut; mais, si votre père le désire et si cela fait plaisir aux gens, il serait dur de les priver de cette fêle.

— Oh oui ! il faudra bien régaler les pauvres et les enfants de l'école.

— Quel plaisir pour les petits Ashford de faire célébrer la fête aux enfants de l'école de Redclyffe.

— Il n'y a pas de mérite à inviter les pauvres plutôt que les riches. Cela procure bien plus de jouissances.

— Eh bien ! puisqu'on fait une fête pour les pauvres, autant vaut en faire une pour les riches par la même occasion.

— Pour moi, dit Amy, je ne saurai guère ce qui se passe.

— Ah ! nous n'aurons pas le temps de songer aux accessoires. Nous irons à l'église, c'est tout ce que je sais, et je ne remarquerai certainement pas si vous êtes vêtue de dentelle ou de mousseline.

— C'est flatteur ! dit Amy en riant.

— En deux mots, voici ma pensée : pourvu que nous ne soyons pas obligés de penser à tout cela, on fera ce que Ton voudra. Mais ne sera-ce pas bien de l'embarras pour votre mère ?

— Elle aurait encore plus de peine à faire renon-

cer papa à ses plans qu'à les suivre. Puis^ it sera bon qu'elle ait trop à faire pour penser beaucoup à moi.

— C'est bien, nous accepterons tranquillement toutes ces magnificences. Encore une chose seulement, Amy: vous savez que je n'ai pas d'amis de mon côté, mais il y a une personne que j'aimerais beaucoup à inviter: c'est Markham. Il m'est si fort attaché, il a tant aimé mon père et l'a tant pleuré ! Je voudrais lui faire ce plaisir, qui serait grand pour lui!

— Il y a une autre personne que je voudrais inviter^ si maman le permet. Je voudrais que votre petite cousine Marianne fût une de mes demoiselles d'honneur. Charlotte aurait soin d'elle, et je serais si contente de la voir près de moi !

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