GUSTAVE, GOURVILLE
gourville, partant d'un éclat de rire.
Ah! ah! le trait est impayable ; et l'on ne ferait pas mieux dans la capitale.
Gustave, qui est resté stupéfait et la lettre à la main. Gomment!.... il se pourrait?.... Qu'est-ce que cela signifie ?
GOURVILLE
Que tu as trop tardé à te moquer d'elle, et que c'est elle qui se moque de toi. Mais c'est ta faute; je t'en avais prévenu. Il n'y a rien d'incertain comme les conquêtes de province.
GUSTAVE
Je n'en puis revenir encore ! Qui ! moi, je serais sa dupe ? Tant de ruse , tant de coquetterie !
GOURVILLE
Au bout du compte , vous n'avez rien à vous reprocher» Bien attaqué , bien défendu.
Air du Pot de fleui^s.
Allons ; mon cher, d'où vient cet air sinistre? Toi qui déjà fut vainqueur tant de fois ! De tes hauts faits le siècle tient registre,
Oui , le li vre de tes explo i ts , Livre où l'amour inscrit chaque conquête,
Est déjà tellement complet , Qu'on n'y pourra trouver un seul feuillet Pour y consigner ta défaite.
D'ailleurs, je te promets le secret.
GUSTAVE
Et que m'importent toutes les railleries dont on pourra m'accabler; elles ne sont rien auprès des tourmens que je souffre; car il n'est plus temps de dissimuler, et je dois vous dire la vériti : oui, mon oncle, je laime comme un fou.
Que m'apprends-tu là ! quoi ! cet amour que tu avais voulu feindre...
GUSTAVE
Je l'éprouvais réellement.
GOURVILLE
Et moi qui t'admirais.
GUSTAVE
Plaignez-moi plutôt; car, malgré la manière indigne dont elle m'a traité, je ne peux encore mliabitner à l'idée de renoncer à elle. Mon oncle, il faut que je la revoie; que je lui parle.
GOUR VILLE
Puisqu'elle ne t'aime p^s.
GUbTAVE.
C'est égal.
GOUR VILLE
Puisqu'elle en aime un autre.
GUSTAVE
C est égal... mon onelej je veux la revoir.
GUUKV1LLE.
Et moi , je ne le souffrirai pas ; et si tu as totalement perdu la raison, j'en aurai pour nous deux. Ou est-ce que cela signifie ? aller encore t'exposer à ses railleries ,, à ses mépris ; te rendre la fable de toiite la société ! Allons donc, moucher, delà fierté , du courage.
Oui , mon oncle ; oui , mon bon oncle , je sens que vo s me parlez en ami, en ami véritable... tenez , faites de moi ce que vous voudrez ; je me laisse conduire par vous ; car, dans ce moment, je ne suis pas en état de prendre un parti.
g ou RV IL LE.
À la bonne heure... Eh! bien , il faut retourner a Paris.
GUSTAVE
Comment !... m'éloigner d'elle!
GOURVILLE
Ne vas-tu pas recommencer?
GUSTAVE
Non, mon oncle, non, je vous le promets; et demain ou après demain au plus tard.
GOUUVILLE.
Non pas , mais à l'instant même.
GUSTAVE
Et comment voulez -vous que je parte ainsi a l'improviste, quand rien n'est disposé ?
GOUllVJLLF.
Ce ne sera pas long... Holà quelqu'un.
{Laflrur entre. )
Lafleur , entre vite dans cet appartement ( // désigne 7a porte d'une chambre à droite ) , et fais , en cinq minutes , les malles et les paquets de mon ne eu. Je t'aiderai s'il le faut. {Lafleur entre dans la chambre de Gustave),
GUSTAVE
Mais, une voiture...
GOURVILLE
N'ai-je pas ici ma berline ? je te la prêterai : n^ai-je pas mes gens ? ils sont à ton service; crois, mon ami , que dès qu'il s'agit de ton repos et de ta tranquillité... je ne te dis que cela... tu dois me connaître.
GUSTAVE
Oui , mon oncle , mon excellent oncle ; c'est dans des momens comme ceux-là, qu'on est heureux d'avoir des parens. ( S* asseyant près de la table , et écrivant. )
GOURVILLE
Eh! bien, que fais-tu donc ?
GUSTAVE
Je lui écris , mon oncle.
GOURVILLE
Qu'est-ce que tu peux lui dire?
GUSTAVE
Je n'en sais rien , mais je hn écris.
GOURVILLE
Et à quoi bon? pour essjiyer de nouveaux refus ? Car apprends tout ce que j'ai fait auprès délie en ta faveur, je voulais vous marier ensemble.
gustave, se relevant.
Il se pourrait !
GOUPt VILLE.
C'était ma seule idée , mon seul but ; mais tous mes efforts ont été inutiles. Ainsi je te le répète, nous n'avons plus rien à faire ici ; pour notre honneur, il faut partir... Voici justement Lafleur avec tous tes effets. {La fleur sort de la chambre de Gustave; il porte quelques paquets. ) Eh bien! et le chapeau, et les gants de mon neveu ?
LAFLEUR
C'est que j'allais d'abord porter ces paquets.
gourville , les prenant.
Donnez , donnez je m'en charge , je vais les faire placer sur la voiture , en même temps j'envoie chercher les chevaux... La poste est à cent pas d'ici , et dans dix minutes, tu seras... nous serons sur la grande route... Cor je t'accompagnerai jusqu'à l'autre poste, pour plus de sûreté. ( Jl sort. )