CHAPITRE PREMIER L’hermaphrodisme au point de vue historique
L'hermaphrodisme est la réunion de deux sexes sur le même individu.
Le premier hermaphrodite fut Adam, si Ton en croit la Genèse et l’explication qu’en donne I. Geoffroy Saint-Hilaire : Et çreavit Deus hominem ad imaginem suam; ad imaginem Dei creavit ilium; masculum et feminam creavit eos.
L’Hermaphrodisme était connu de l’antiquité.
Le mot vient de la fable d’Hermaphrodite, fils de Mercure, Ep(xvi;, et de Vénus, AcppooTryi. Ce jeune homme s’étant montré insensible aux charmes de la nymphe Salmacis, cette nymphe obtint des dieux que son corps fût réuni au sien ainsi qu’il appert de certains passages des Métamorphoses d’Ovide.
Les mythes nombreux de divinités hermaphrodites, inventés par l’esprit imagé des anciens,
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étaient donc une remarquable aberration de l'esprit.
Chez les Egyptiens, la divinité de la Lune, Astarté, était à la fois mâle et femelle.
Les Grecs représentaient la tête de Minerve unie à celle de Mercure ; ils représentaient leur Aphrodite avec des organes mâles et femelles.
De longs siècles plus tard, la croyance à des hermaphrodites vrais, au sens physiologique du mot, n’était pas éteinte.
Cette monstruosité, chez les Romains, était considérée comme un crime de lèse-nature, puisque le Conseil des Aruspices condamnait les malheureux porteurs de cette malformation à perdre la vie. Ainsi fut fait de l’hermaphrodite qui naquit en Ombrie, sous le consulat de Messalus et G. Licinius ; ainsi de celui de Lune, sous le consulat de L. Metellus et Q. Fabius Maximus; ainsi d’autres.
Au temps de Néron, cette barbare coutume avait disparu, puisque cet empereur se plaisait, aimant la nature, mais plus encore peut-être les choses extraordinaires, à faire traîner son char par quatre chevaux hermaphrodites.
Aristote et Pline admettaient au pays d’Afrique, un peu au delà des Nausamones, à côté des Moscliens, un peuple hermaphrodite, les Androgynes.
Saint Augustin dit qu’il y a des animaux androgynes, ce qui est vrai de certains animaux inférieurs (vers, mollusques) et même de certains vertébrés.
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L’opinion de saint Augustin s’est propagée jusqu’au moyen-âge, puisqu'elle est encore admise par Daleschamps :
« J’ai cogneu un hermaphrodit, dit cet auteur, lequel estoit du sexe obséquieux des femmes, occasion pour laquelle il fust marié à un homme, auquel il engendra quelque fils et fille, et ce nonobstant il avait accoustume monter sur les chambrières et engendrer en icelles. »
Liébault et Jacques Duval croyaient tous les lièvres hermaphrodites.
Mais si les anciens, dans leurs erreurs, ont néanmoins connu l’hermaphrodisme, ils en ont ignoré le processus formateur.
L’explication qu’ils en donnent ne va pas audelà du mysticisme et de l’astrologie.
Au dix-septième siècle, nos ancêtres, d’ailleurs, n’étaient guère plus avancés sur cette question qu’on ne l’était au temps d’Empédocle, d’Hippocrate, d’Avicenne ou de Galien, ainsi que l’indique sommairement le quatrain suivant :
N’aguére à Bénévent, qui de Champagne est ville.
Un jeune adolescent devint fort belle fille.
Voilà ce que les anciens savaient de l’hermaphrodisme. Or, il nous reste à nous demander si cet état organique existe bien, et, s’il existe, à en décrire les formes.