‹ L'hermaphrodismeChapitre 53 sur 57 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L’hermaphrodisme devant la Société et devant la loi.

Nous connaissons l’origine et la nature de l’hermaphrodisme, demandons-nous maintenant quelles sont ses conséquences sociales. Voyons ce qu’est l’hermaphrodite dans la société, ce qu’il peut devenir et ce qu'il doit être ; voyons ce qu’il est devant le Gode civil et ce qu’il devrait être.

C’est un être anormal sans doute, au point de vue physique, mais nous savons qu’il peut être un « dégénéré », d’où, à l’anomalie physique, peut se joindre la défectuosité psychique. Ce n’était qu’un déshérité, il peut devenir un danger pour autrui.

ARTICLE PREMIER. — DANGERS DE l’hERMAPHRODISME

Les cas d’hermaphrodisme soulèvent un certain nombre de questions médico-légales, et il faut bien avouer que dans certains cas le médecin ne peut affirmer son diagnostic qu’à l’autopsie.

Le développement des mamelles, et du système’ fpileux, les caractères de la voix, la forme du bas- 5sin, etc., ne sont que des signes de probabilité, non ».de certitude.

J’ai vu à l’Antiquaille, dans le service de M. Autbert, un homme qui, quant à sa manière d’être textérieure (formes, voix, etc.), paraissait absoluiment du sexe féminin, et qui cependant était un [homme avec un large scrotum, un petit pénis Ihypospade en forme de clitoris volumineux et ccaché au fond d’un cul-de-sac cutané, des testicules là peine sortis des anneaux, petits et perdus au ssommet de larges bourses, qui paraissaient plutôt èêtre des grandes lèvres qu’un scrotum.

Maria Arsano meurt à 8o ans, réputée femme ttoute sa vie et mariée comme telle, quoique homme àà l’autopsie !

Et cependant combien n’est-il pas important d’être fixé,!

§ I. — Etat civil des hermaphrodites.

Le plus souvent, à la naissance, la détermination du sexe d’un individu, qui se présente avec une [malformation des organes génitaux, est impossible- ILes erreurs sont assez fréquentes, plus fréquentes même qu^on ne le pense généralement.

Nombreux sont les cas, dans lesquels la déclara. tiion de sexe, faite à la naissance, a été démontrée [fausse à la puberté.

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Nous en avons cité plus haut des exemples. ! P. Garnier a rassemblé plus de trente cas de ces : erreurs de sexe. Et combien courent les rues qui t n’osent se dénoncer ! Ce n’est pas à la figure en ! effet que se voit ce vice d’organisation.

L’article 57 du code civil a pour conséquence, : dans nombre de cas, de faire passer pour femme un être qui, plus tard, sera reconnu n’être qu’un ; homme ou inversement. ’

Comme le disait A. Leblond, à la Société de ,| médecine légale (8 juin i885), à la naissance, un .j hypospade se présente le plus souvent avec les i caractères du sexe féminin. Le scrotum est bifide ^ de façon à offrir l’aspect de la vulve; souvent il existe un infundibulum qui fait croire à l’existence d’un vagin. Les replis qui forment les grandes , lèvres, ne contenant ordinairement pas de tumeur, I ne font pas soupçonner de testicules ; le clitoris volumineux achève de donner le change. ;

Aussi, le plus souvent, l’hypospade est-il dé-- ! claré comme étant du sexe féminin ; les déclara- j tions opposées sont beaucoup plus rares. I

Et, il ne faudrait pas croire, répétons -le, t que cette erreur soit toujours facile à éviter, j surtout de la part de la sage-femme qui, d’ordinaire, n’y regarde pas de si près ; mais y regarderait-elle avec ses meilleurs yeux et avec tout ce que la science aurait pu lui enseigner que dans certains cas, heureusement rares, elle n’en serait

ÉTAT CIVIL DES HERMAPHRODITES iBq

j peut-être que plus embarrassée sur le sexe à j donner au nouveau-né. Des organes génitaux externes mâles imparfaitement développés peuvent en imposer et faire croire au sexe féminin ; des organes génitaux externes soudés comme chez rhomme, surtout lorsque le clitoris est volumineux, et au début de la vie cet organe l’est toujours beaucoup relativement, peuvent parfaitement vous faire prendre une fille pour un garçon, surtout, ce qui s’est vu, lorsque les petites lèvres se sont soudées au-dessous du clitoris, donnant ainsi lieu à une portion spongieuse de l’urèthre chez la femme et à un clitoris perforé comme une verge.

Le professeur Lannelongue, mis à l’hôpital Trousseau en présence de deux jeunes enfants déclarés comme filles, n’a pu se prononcer sur leur vrai sexe : un an après seulement, la descente du testicule chez l’un d’eux vint lever tous les doutes.

Nous tenons de M. H. Coutagne que pareils faits se présentent souvent à Prague, à la polyclinique de Breitzki.

En 1890, je reçus à l’Institut anatomique de Lille un mort-né, provenant de l’hôpital de la Charité qui, à première vue, aurait été infailliblement déclaré comme du sexe masculin. Ses organes génitaux externes étaient en effet représentés par une verge de la grosseur de celle d’un nouveau-né ordinaire et des bourses assez bien détachées pour qu’on pût croire qu’elles contenaient les -testicules.

Une malformation de la verge aurait même achevé la confusion (fig. 21).

Celle-ci, en effet, portait une ouverture à sa base (hypospadias).

Or, à l’autopsie, je trouvai tous les organes génitaux internes propres à la femme, excepté le vagin qui faisait défaut(fig. 22). Chose plus curieuse encore, ce petit sujet, de par le reste tout à fait

Fig. 21. — Aspect des organes génitaux externes d’un nouveau-né de sexe féminin simulant un enfant mâle.

T, phallus avec large fente uréthrale simulant un pénis hypospade; sacs (grandes lèvres) simulant les bourses.

bien conformé, avait l’utérus situé en avant de la vessie, le col s’ouvrant dans le réservoir urinaire (fig. 23).

La grande majorité des pseudo-hermaphrodites, i ous l’avons dit, sont des hypospades.

Mais comme dans ces cas le véritable critère est fourni par la constatation de la présence des

I testicules ou des ovaires et que ces glandes sont le i plus ordinairement retenues dans l’abdomen ou le ; canal inguinal, il y a grande difficulté de se pro- I noncer sur le sexe d'’un tel sujet qu’on vous présente

Fig. 22. - Organes génitaux internes malformés du nouveau-né

précédent.

U, utérus situé en avant de la vessie ; V, vessie ; R, rectum; t, pavillon de la trompe de Fallope; o, ovaire.

en vie. — Il n’est donc pas étonnant que les erreurs de sexe soient assez fréquentes.

Plus tard, la détermination est encore difficile, et parfois l’autopsie seule permet de trancher la question.

Mais ce qu’il y a à retenir, c’est que c’est vers la puberté que l’examen court plus de chance d^'aboutir et de fournir une détermination certaine.

Les plus graves désordres sociaux peuvent résulter d’erreurs de ce genre.

Fig. 23. — Coupe sagittale du bassin du même nouveau-né pour montrer la malformation des organes génitaux internes.

U, utérus; V, vessie; R, rectum.

Figurez-vous un de ces hommes-femmes admis au séminaire, dans une congrégation, dans un monastère, dans un régiment, dans un lycée; pensez qu’une femme-homme peut tomber dans un couvent ou un pensionnat de jeunes filles, et vous vous convaincrez que l’article 67 du Gode civil n’est pas assez prévoyant.

N’est-ce point là un état qui soulève les questions les plus graves d’identité, d’aptitude au mariage et à la fécondation, etc. ?

' §2. — Mariage des hermaphrodites.

La personne épousée est-elle une femme mal cronformée et impropre à l’union sexuelle ou un ttiomme mal conformé, offrant l’apparence tromrpeuse du sexe féminin?

L'intervention de l’expert n’est pas sans imporitance. Dans le premier cas, le mariage est valable aau sens strict de la loi; dans le second, il est sans waleur et frappé de nullité, ipso facto, puisqu’il y a eerreur de personne.

Une femme croit se marier avec un homme, elle m’épouse qu’un eunuque, dites-moi donc si c'est la :même chose !

En faisant mieux connaître les cas de sexe dou- •,teux à la naissance, la loi mettrait obstacle à bien «des rapports contre nature, d’outrages à la morale ipublique; maris et épouses ne courraient plus irisque d’être trompés sur le sexe de leur conjoint, •sous la garantie même de la loi. Elle empêcherait fces unions monstrueuses, si dommageables pour lia famille et la source de tant de maux !

Schweikard a rapporté le cas d’un individu, qui ; avait été baptisé et élevé comme fille et considéré ! comme telle jusqu’à l’âge de 49 ans, quand il vint .demander aux tribunaux à-épouser une personne I enceinte de ses œuvres. On le réintégra dans son ■véritable état civil, et il lui fut permis de se marier

. avec une femme.

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