‹ L'hermite de Londres: ou Observations sur les moeurs et usages des anglais au commencement duChapitre 12 sur 63 · VOISIN DE TABLE · texte numérisé non relu

VOISIN DE TABLE

cher à fixer un instant son attention , c^est une entreprise dans laquelle vons ne pouvez réussir; et si votre voisin de l'autre côté est un homme silencieux, un homme qui! n'ait la tête remplie quedefadabesdont il fait des sujets importans, ou qui cherche maladroitement à s'emparer de la conversation par des remarques banales, par des saillies usées , vous pouvez vous regarder comme un être isolé au milieu du cercle le plus brillant.

Vous pouvez étce tiri pour un moment' de cette situation humiliante par l'attention du maître ou de la maîtresse de la maison qui vous offre un verre devin, ou vous adresse quelques mots qui vous font prendre part un instant à la conversation ; mais ce qui peut vous arriver de

<ie la compagnie d*en prendre un avec soi. On envole tu^ .domestiqué -porter cette inTÎtation à Tautre bout de la table, et il est de la politesse de ne pas reAiser. Cette marque d'attention , trop souvent répétée, pourrait de* venir Fatigante , mais heureusement le bon ton qui vous oblige à accepter le verre de vin ne vous force point à le. boire î et voas pouvez le laisser plein sur la tâtbie, en vous coatentaiitid*;.mouiller-vos ièvres.

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plus lietirenxy c'est d'être remarqué par une de ces personnes dont les yeux sont le miroir de rame , et qui , placée en face de vous , vous adresse quelque chose d'agréable qui vous tire de votre état de nullité , qui vous place sous un jour avantageux , qui vous donne occasion de parler d'un sujet (pi'elle sait vous être familier. C'est un véritable trait d'amitié , peut-être un de ceux dont on doit savoir le plus de gré ; un acte dont nous sentons en ce moment tout le le mérite, qui nous inspire une juste reconnaissance ; c'est presque une vertu , car

La nature nous dit : Soyez humain et bon.

C*est là son premier cri , sa meilleure leçon.

. Combien d'étrangers dans une compagnie nombreuse , se trouvant placés loin du maître ou de la maîtresse de la maison, tombent dans un abattement momentasé quand tout est sourire et gaitë autout d'eux , et ressemblent à un pauvre parent à qui jamais on n'a accordé le moindre encouragement!

L'h6te et Thôtesse, par leurs attentions ponii tous ^eux qui. se tronte^t à leur tabk , sont le

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soleil qni répand autour de lui la tamiëre et la chaleur ; mais votre voisin de table est Tastre qui vous guide pendante la nuit, rétôile bienfaisante d'après laquelle vous dirigez ^otre course , et qni devient votre principal point d'attraction.

Un homme d'un cerlani âge obtient on tel bonheur moins facilement qu un jenne homme ^ parce que la galanterie ne convient pas à la vieillesse f et ne pent-étre remplacée que par de délicates attentions. Aussi doit-on foger favorablement du cœur d'une femme jeune ^ joUe et et recherchée , qui écoute avec complaisance la garrulité d 'un vieillard , et qui partage son attention entre lui et ses nombreux admirateurs ; de même que de celui d'un homme doué d'un extérieur agréable , ayant reçu une bonne éducation ) jonissant de quelque influence et de quelque célébrité , qui va se placer près d'une personne négligée on se défiant d'eSd^méme , ou qui semble oublier le cercle joyeux dont il est entouré , pour entretenir une voisina qni n'est plus jeune on qui n'est pas jolie.

Je me souviens d'avoir vu im' i^pitaine de

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cayakrié ,• fort l^el faomiHê , et fecherchë dans toutes ' les seeiétës dont il faisait les dëlices , consacper'ses scinda une }ettiie personne disgia-* ciëe pi»r U Bâtture, et dent la fortune n^ayait même -pu )ai pre^Hter Kn admiriatear par spicnlatioii^ Il ëfc»t Mon iBtiine âinii , et jamais je ne le yis se montfer avec plus d'avantage. Aussi, quoique plus d'une femme lançât des regards de surpiise sur lui, et des coups d'eetl d'envie sur sa voisine^ il obtint Tapprebation générale , et se concilia tous les cofeurs.

Il n'eut pourtant pas à se repentir d'avoir cédé auxlttouvemens d'une généreuse pitié ; car, indépendammenf du plabir qu'on trouve à faire un sacrifice à rbumanité , il reconnut que cette jeune personne était pleine d'esprit et de connaissances ; et il n' éprouva p2L^ un moment de vide en s' entretenant avec elle. Il est inutile d'ajouter qu'il lui inspira un sentiment de reconnaissance et d'estime qu'elle lui conserva toujours. Mais pour être susceptible de cette générosité désintéressée , il faut avoir des sentimens élevés : heureux celui ou celle à qui la nature les a accordés !

Mais lorsque les trois heures qu'exigent les

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