‹ L'hermite de Londres: ou Observations sur les moeurs et usages des anglais au commencement duChapitre 14 sur 63 · I.E VOISIN DE TABLE · texte numérisé non relu

I.E VOISIN DE TABLE

rations sur telle assemblée où Ton se trouvait si presse, sur telle fête qui était si bien ordonnée ; on vous fera yoyàger d^Epsom à Newmarket, de Thôtel dç Long cbez Fattersall ; les cbiens , les cbeyaux , les gageures, le gain et la perte, seront mis tour à tour sur le tapis ; et Tentretien d'un salon doré , rempli de la société la plus distinguée, deviendra digne de T écurie et du chenil. D'ailleurs on se permet trop généralement de passer les bornes de la tempérance, quoique le merveilleux etThomme véritablement comme il faut se renferment avec soin dans celles de la modération.

Il faut dire aussi que les insectes sont attirés partout où se trouve la lumière ; et il arrive quelquefois que des sujets de conversation encore plus bas et plas dégradans occupent le tems et l'attention , et font le plaisir de ce qu'il y a de plus distingué dans la noblesse du royaume. C'est un devoir alors pour tout homme pensant bien d'aller rejoindre les dames ou de se retirer tout-à-fait ; car, avant que l'entretien arrive à ce degré d'avilissement, il a entendu assez de fadaises , et il ne peut espérer qu il prenne une tournure plus intéressante. « Quelle bonne affaire lord Georges a faite aut courses

go LE YOISIM DE TABLJE.

de Derby ! Tous lès connalssears ont été pinces: il a vendu le cheval qui a gagné le prix le dou^ ble de sa valeur. » Ou quelque chose d^anssl instructif, d'aussi raisonnable; ** Coiond , puisje vous demander combien voosr aveK payé votre cheval noir ? il est beau , bien dressé, a un poitrail superbe , mais je crois qn^il a peu d'haleine; il semblait fatigué en finis^n^ sa course. » Notez que celui qui parle ainsi a le désir de Tache* ter. Ou bien, « Sir Henri , je vous venditai ces deux chiens cent guinées , ou je vous les don-* nerai en échange de yotre cheval de cha^e et soixante guinées de retour , ou de votre jument et de votre fusil à deux coiq^is. »

De pareils sujets de conversation- ne sontils pas indignes d'nn homme du monde doué d'un peu de bon sens , et surtout d-un homme d'un certain âge ? Us ne valent pas mieux qu-nue dispute sur la face d'un chevsl:, sur le mérke d'un chien, ou^ sur le gai» d-une gageure, objets importans' qui ne pourront être décidas que par un jugement rendu en dernier re^^sort par le club des jockeys, * Combien ont-ils donc

* Le club- ainsi nommé est composé d'hommes de qualité qui se piquent de leurs connaissances en che-* vaux» de leurs talens comme cochers » etc.

Iri; VOISIN B£ TABL.£« 9X

raiscm , ceux qui ^ pcensMi plus d^intérét k la beauté qu'à la bouteille, vont retrouver dans le saloa une compagnie phis d<mce et plus agréable, ou qui , pour remplir Une multitude d'antres engagemeu , pour assister au dernier acte du ballet , ou pour ménager leur tète , ont eu -la sage précaution de demander leur voitare h onze heures , et s' échappent avant que la foi de la séance de table ait complètement écl^aitfé les têtes !

Mais, en dépit de ces défauts qu^on peut reprocher à notre nation, je sens mon cœur battre quand je songe au nombre d'amis que je me suis faits pour avoir été leur voisin de table y qui ont jeté pendant un repas les fondemens sur lesquels Texpérience a élevé ensuite Tédifice d'une affection solide. Douce sensibilité ! chaque paâ dans la vie, nous offre tes bienfaits ! le regard de sympathie qui' nous encourage, qui nous invite à une connaissance plus particulière , un sourire deJbienveillan£e«..une inclination de tête de politesse, une main offerte, un simple coup d'oeil , une pensée fugitive aperçue , une place cédée, une préférence montrée, Thumilité qui se retire pour vous laisser passer, la bonté qui vous appelle ; ce sont des.

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