‹ L'Hermite de Londres: ou, Observations sur les mœurs et usages des Anglais au commencement du (volume 2)Chapitre 49 sur 50 · DU DRAME DE LA VIE · texte numérisé non relu

DU DRAME DE LA VIE

Sa mire avait fait comme bien des dames , elle avait pris un second mari pendant la vie du premier. DoUy , c'était le nom de la fille , entra au service de M. Spécieux, procureur, dont elle était Tunique servante. De même qu'on voit des boutiques suspectes où Ton fait plus d'un métier , et où le marchand ne s'informe pas bien scrupuleusement si celui qui lui propose d'acheter quelque objet en est légitime propriétaire ^ £nsi Doily avait dans cette maison plus d'une occupation ; et au bout de quelques mois on s'aperçut d'un changement considérable dans sa taillé.

John Bndge remplissait à cette époque un rôle brillant chez M. Spécieux ; il était chargé de donner à ses bottes le seul vernis dont il pût se vanter , de balayer Tétude et le cabinet, quel-* quefois même de servir de recors et de témoin.

DoUy était naturellement fière ; sa nouvelle situation Ihumiliait. Un beau jour, dans un paroxisme de rage , elle saisit son maître à la gorge, et pensa F étrangler en l'accablant de reproches. Celui-ci , qui avait toujours vécu dans une crainte salutaire de la strangulation ,

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et qui savait que plus d'un homme d'esprit sort du monde de cette manière, prit la réscdntion de se débarrasser de DoUy et compagnie : il fit tenir John Bndge et lui proposa , ce que celui-* Cl regarda comme un excellent marche , une fenrnie dont il était sûr d'agir de la progéBsture, cent livre» sterling de bel et bon àtgent au coin dn royaume , et une place de clerc. U accepta sans^hésiter , et entra sur-le^hamp en fonctiéns. Dolly, devenue nristress Budge , fit le métier dfe prêteuse sur gages , ce qui augmenta sa finrtnne pltH^T^oe sa pn>lHté. Bndge, de son cdtë , était plein d'activité , d'astuce et de hardiesse ; il était toujours prêt <^ faire tons les sennens requis et nécessaires, chose ibrf utile dans sent métier comme dans 6ehii de sa femme ; et ce digne couple parvint à acquérir ainsi une assez )oiie fortune.

De commis qu'il était de M. Spécieux, Bnd€;e, an bout de quelques années , devint son associé ; enfin le diable s' étant emparé du premier, comme d'un bien qui lui appartenait de droit , son an-^ cien clerc lui succéda ; sa femme vendit sa bontique et vint présider i sa maison. Lçs affaires

DU I>RA.]I1£ DK IiA VIE. ^Al-

j^rospérèrent teilement qne^M. Budge prit à àoa fùûT QH associé auquel il laissa le soin de iMt le contenticHx , ea se bornant k la fortmié qn^il aTait acqmîse , et aox trois quarts dti bénéfices qn'il s'était réserrés. D.66 lança dans le grand monde, prit éqnipage, acheta uni terre , nne maison de campagne ; et sa femme devint ce qu'elle appelait « une femme comme il faut. »

Mais si la fortune peut élever à la richesse et à la puissance Thomme pauvre et obscur, il n'est pas en son pouvoir de faire de qui bon lui semble un homme ou une femme comme il faut.

L'éducation, le bon ton, la grâce ^ les talens, Finstruction , ne dépendent pas de ses caprices ; c'est une vérité que sentait parfaitement le roi Jacques. Un Ecossais ambitieux, pour qui ce prince avait des bontés , lui demandait un jour de le faire un homme comme il faut : « Non , non, lui répondit le roi ; je puis faire de vous un comte , un duc , mais mon pouvoir ne va pas jusqu à en faire un homme comme il faut. »

Si l'on réfléchit donc , non-seulement sur l'origine de mistress Budge , mais sur son premier

34^ UNE SCÈNE, etc.

w mëtier, sur réducation qu'elle avait reçue , sur

les habitudes qu'elle avait contractées , on sera

moins étonné de son orgueil insupportable , de

son ton commun et grossier , et de son manque

d'humanité, ^ais ce qui est le plus lamentable ^

c'est qu'elle n'est pas la seule de son espèce ; il

en existe dans cette capitale un nombre consi*

dérable que l'on pourrait citer au besoin.

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