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déjeune, un mois entier, ayec le petit éca qa^on lui donne pour acheter des plumes. Or, ces Messieurs ne peuvent pas décemment consentir à se; jouer eux-mêmes; cette complaisance de leur part serait aussi par trop grande ; et il convient d'autant moins de Texiger, qu^on leur prête dans cette pièce beaucoup de travers qu'il n'ont pas probablement.
Les employés réformés qui ont de Tesprit , et il ne faudrait réformer que ceux-là , sont toujours fort bons à entendre sur les sottises , les politesses dont ils ont été les témoins, sur la morgue des sugj^rieurs et l'excessive humilité des subalternes. On ne doit cependant pas les croire sur parole. Us chargent toujours un peu, afin de donner plus de valeur à leurs contes ; et lorsqu'au lieu d'un conte , ils font une comédie, c'est encore pis , ou mieux. Enfin on est ré^ formé , et on a de l'humeur , ce qui heureusement ne rend pas la comédie moins gaie.
A tout seigneur , tout honneur. Le rôle le plus important de la pièce est confié au chef de bureau, M. Dupré , personnage très-vain, trèsridicule , fat , impertinent , qui se donne de grands airs, joue l'homme d'importance
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Jusque là je n'ai rien à dire. Je connais Feni- Vrement des grandeurs. Salomon en aurait sans doute parlé avec moins de dédain, s'il avait eu un bureau à gouverner ; c'est un mimstère en miniature , qu'un bureau.
M. le chef reçoit presque autant d'hommages que le valet de chambre de son excellence. Il a une cour et des flatteurs. Les pauvres tètes n'y résistent pas. On prend si facilement sa place pour sa personne , et l'importance qu'on se donne pour le mérite qu'on n'a pas et qu'on n'aura jamais! C'est, j'en conviens, sottise toute pure; mais, parmi quelques millier^de chefs de bureau que la France a le bonheur de posséder, est-il donc impossible de trouver un sot? Vous en trouveriez deux, et peut-être trois, si vous cherchiez bien. Cela suffit pour la justification de l'auteur. Son modèle existe quelque part. Il est vrai que pas- un chef de bureau ne voudra se reconnaître dans M. Dupré ; mais laissez faire les employés , et comptez sur leur zèle ! Ne les voyez-vous pas qui , par malignité , renvoient chaque trait à son adresse. C'est notre chef, dit le rédacteur. C'est bien lui, reprend le vérificateur, et tous les commis de répéter : C'est
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bien lui. Le chef de division Tapprend et en sourit ; mais patience , son tour arrivera. I) n^est pas invulnérable. L'Achille de Tadministration a un talon.
Il convient d'être indulgent aux jeunes écrivains qui montrent d'heureuses dispositions à médire. On médit si peu aujourd'hui! nous serons peut-être incessamment obligés d'accorder une prime à la médisance. Je passerai donc beaucoup de choses à M***. Je me garderai bien surtout de lui reprocher la scàne de la belle sol" liciteuse; qu'un chtf de bureau soit sensible, qu'une belle solliciteuse soit reconnaissante , et que , grâce à la sensibilité de l'un et à la reconnaissance de l'autre, l'aimable protégé s'empare d'une place occupée par un sujet qui n'a point de mérite, si' le cas n'est pas ordinaire, rien au moins n'empêche de le supposer. Mercourt, d'ailleurs, ainsi que l'atteste sa protectrice , qui parait le bien connaître , « a toutes sortes de bonnes qualités ; » il chante la romance en perfection , il danse à merveille ; tandis que l'employé qu'il remplace chante faux , et sait à peine faire la révérence. L^administration ne peut que gagner beaucoup à cet échange.
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Mais ce M. Duprë , que de beaux yeux rendent si tendre, comme il est dur au pauvre
monde! le faquin se croit déjà Avec quelle
impertinente légèreté , pt)ur ne rien dire de plus, il traite ce solliciteur de province , qui réclame, d^une voix suppliante , le très-petit emploi dont il a été injustement dépossédé ! J^ai souffert , je Tavoue , en voyant ce malheureux si durement éconduit. Mais, après tout, que vient-il faire chez M. Dupré? quels sont s^ titres? vingt-cinq
ans de services, c^est quelque chose ; mais
point de protections. Du talent , de la probité.. . ; mais point de protections ; une famille nombreuse , quatre enfans qui ont aussi grandTaim que si le pain n'était pas cher, tout cela est fort
touchant ; mais point de protections. Il faut
aussi savoir se rendre justice et rester chez soi , quand on n'a que de pareilles considérations à faire valoir. Puis , romme dit M. Dupré , « ces
» gens-là ont bien besoin de se marier Us
' » sont impayables avec leurs droits. Pouh ! n qu'est-ce que des droits? »
Cette scène, au reste, a singulièrement déplu, mais pour une autre raison, à certaiiis critiques , qui , sans tenir compte à Fauteur d'une
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teinte légère d^indépendance qu^on croit remarquer dans sa pièce , lui ont fait sentir qu'il prenait bien mal son tems pour s^ëgayer aux dépens des solliciteurs. Il était, suivant eux, très-convenable et même d^obligation de verser le ridicule , le mépris et Toutrage sur les hommes qui eurent Tétrange idée de demander des places à répoque de la restauration. Il est enjoint à tout écrivain de respecter les solliciteurs , car c'est nous qui sollicitons , et ce que nous demandons nous est dû. « Pouh ! ils sont impayables avec leurs droits. »
Les chefs de bureau, dans Topinion de M. Dupré, qui ne sera pas ici d'accord avec les chefs àcr division, doivent être regardés comme les véritables colonnes de Tétat. Une seule de leurs distractions suffit pour déranger tous les rouages de la machine politique. « Il ferait bon voir un » royaume où les chefs de bureau se donne- » raient du loisir! » C'est M. Dupré qui dit cela, et qui en est si pénétré, qu'il ne perd pas une seconde ; mais ce qui lui donne le plus de peine , ce qui le fatigue horriblement, c'est la correction du travail des employés. Cep petits messieurs se croient aussi savans que leur chef, et ils ne
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sont encore qu'à TA B C du style administratif, dont les nuances sont si fines , si délicates, qu'il faut la vie de Thomme pour pouvoir les saisir. M. Dupré Us rappelle à des sentimens plus humbles et plus conformes à leur position en leur renvoyant leurs minutes toutes chargées de ses ratures. Une lettre ne sort pas de son bureau qu'il n'en ait changé toutes les expressions. Quel travail ! il faut Tavoir fait pour en sentir toutes les difficultés.
M^ Dupré , s* approchant de sa table :
« Voyons ces dossiers ; ho! ho! voici une mi- » nute bien nette; corrigeons : Monsieur, j'ai » Vhonneur de vous informer; mettons : de vous » faire connaître ; c'est mieux — que la demande » que cous avez faite — que vous avez formée — n pour obtenir — afin d'obtenir... bon... hoh... M Je souhaite que les circonstances — j e désire que » les circonstances. • . bon. . . là. Il ne se vantera » pas de la netteté de sa rédaction. »
M. Dupré , comme on voit , ne corrige pas pour le plaisir de corriger. Toutes sts corrections soat essentielles , et prouvent un tact exquis et une connaissance très-approfondie de
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toutes les finesses de notre langue. Qui croirait, après cela, que .M. Dupré, qui devrait aimer les lettres, ne fût-ce que par reconnaissance, en fait cependant très-peu de cas , et tance vertement ceux de ses employés qui ont Tair de vouloir s'en occuper? « Tel que vous me voyez , » dit-il à l'un d'eux, j'ai été littérateur, j'ai » fait des vers, j'ai fait de la prose, j'ai fait » enfin tout ce qu'on peut faire dans les lettres ; » mais j'ai quitté cette carrière pour celle de » l'administration, et j'ai bien fait. '> Très bien fait , assurément : un chef de bureau sait et peut compter tous les matins ce que sa plume lui rapporte ; tandis que l'homme de lettres n'a le plus souvent rien à attendre de la sienne , à moins qu'il ne la vende. M. Dupré a donc bien fait de changer de métier : plus d'argent , d'abord , et ensuite plus de considération. C'est quelque chose au moins, qu'un chef de bureau; mais nn homme de lettres! ce n'eist rien du tout. A quoi d'ailleurs cela est-il propre P on n'en veut pas même pour rédiger de simples accusés de réception.
L'opinion de M. Dupré est assez générale^ ment répandue , et elle date de loin. Lorsque
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]m««« fit jouer, il y a déjà plusieurs années , sa première tragédie , le directeur de Tadminutration où il travaillait voulut le chasser de ses bureaux. « Un homme de lettres dans mon administration! et un poète encore! qu'on le renvoie à rinstant; je ne suis pas un Colbert. » On vint cependant à bout d'apaiser son excellence , en lui prouvant , pièces sur table , que M***, quoique homme de lettres , n^ëtait cependant pas le plus mauvais de ses commis. « C'est que je ne suis pas un Colbert , répétait toujours M. le directeur. » Et il disait vrai.
On connaît les droits et les privilèges de la comédie : tout , en France , est de son domaine , excepté cependant le roi et la charte; ou, comme d'aucuns se plaisent à dire , la charte et le roi. Cela mis à part , moquons-nous du reste, et ne nous fâchons pas si on se moque de nous. Les chefs de bureau, qui entendent tous la plaisanterie , qui ont tous l'esprit bien fait , seront très-certainement les premiers à rire des travers de leur très- honoré confrère, M. Dupré, et comme d'ailleurs ils aiment l'art , et qu'ils savent que les sujets de comédie commencent à manquer , je ne doute pas qu'ils ne soient très-