‹ L'hermite en RussieChapitre 40 sur 91 · L HERMITAGE. Î · texte numérisé non relu

L HERMITAGE. Î

hkteii , rendent maintenant à la Grèce ses mépris et sa pttfé; tel est le sort dès natkms. On dirait qn'B eiïlre dans les vues de Dieu qné tous les points dti globe soient tonf à tour empreints d'un ëèlat passager , comme pour donner à chaque peuplé le sentiment de sa force, comme pour le doter de grands souvenirs. Qui nous dît que le ceiïtre de l'univers, glorieux et brillant aujouriThui, ne sera pas replongé dans les ténèbres par le torrent des âges? Alors peut-être il viendra mendier la science et les beaux-arts aux deux extrémités de la terre. Alors, ajouta Catherine en riant, le vers de Voltaire se bonifiera, et nous aurons beau jeu ; mais , en attendant , soyons modestes si nous pouvons.

» Ouvrons cette lettre; ah! elle est de Diderot: sa prose est peu louangeuse, voyons

Grand Dieu! quel verbiage! quel pathos! assez, assez , Louis XIT disait : « J'ai failli attendre. » Moi , je dirai : « J'ai failB m' ennuyer, et Tënnui est sévèrement prohibé par nos règlemens. »

Alors chacun se rappela le tems où le philosophe de Lamgres était membre du comité ; on se soutint surtout avec plaisir du jour oit Ton ehfiit délivré. Diderot faisait tache dans ce lieu ;

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sa conversation était aussi lourde que prëten-ç* tieuise; il improvisait, mais il. ne causait point. Gâté par les salons de Paris, qù il érigeait sa chaise en fauteuil académique, il n'eut pas le tact de laisser en France ces longs discours, oà le bon sens et la liaison étaient étouffés sous le poids d'une philosophie délirante. Il fallait, pour être digne du coin du feu impérial, se montrer aimable et simple : le nouvel heonite ne fut n^ Tun ni l'autre. Confondant l'aisance et le natur rel avec la familiarité , il avait pris la singulière habitude , en termiaant chaque période , d'ap^ puyer fortement son pouce sur le genou d^ i'iitipératricé, qui tolérait avec bonté ce singulier mouvement oratoire , comme Alf xandre-le- Grand supporta quelques impertinences de Diogène.

«Voici, dit Catherine, une dépêche qui n'est pas pour moi; Messieurs, écoutez l'adresse , elle est d'un style peu ordinaire : A ma" dame t impératrice Catherine , en son Louvre , à Saint-Pétersbourg ; et plus bas : pour remettre à Jif"* Toupet. » Rire universel! « Messieurs, c'est assez s^amuser de la personne qui m'honore de sa confiance ; sans doute ses précédentes lettres

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«'arrivèrent-point à leur adresse; demain, celleci sera rémise'è M^' Toupet Mais il faut obtenir dé M. le directeur des postes plus d'exactitude dans le service i j'ai fort lieureusement auprès de lui quelqu'un qui pourra me servir. »

» — Madame, dit la princesse d'Aschkoff, vous m'avez recommandé dé vous rappeler l'odè à Félicie, — Otfi , j'ai lu cette pièce de vers , et je veux protégea notre jeune muse. Ù^açîn m^appelle J^^//V:irV! liélas, c'est un nom^e je ne mérite pas toujours : le bonheur et moi ne saurions être constamment d^accord ; mais ces deux choses se concilient très-bien autour de ce foyer \ ma réponse à rantéur sera laconique ; écrivons : « Félitie, àDerjàinn, » Bon! donnons à cette lettre très-simple dé style une brillante enveloppe. » Catherine dépose alors sur la tablé une boîte enrichie de diamans , l'ouvre , et y jette son billet. « La remettrai -je an ministre , dit la princesse? — Non , ma chère amie , je me charge de l'envoyer moi-même ; une grâce perd sa fleur en passant par la filière des chancelleries. Je ne veux point de ces intermédiaires entre moi et les enfans d'Apollon ; nos muses sont jeunes et un peu sauvages ; elles redoutent

la poussière des bureautt el Tair imI sain de$ antichambres. Il faut q^e celte iSivenr amye par le'chemia des bea«x ^t^, e^ que tenqouriigfeittent suîyeuae ligne directe; il en devient pliis flatteur** »

Le prince de Liçle, profitant de -ce moment, dit à rimpëratrice; «Madame^ puisqu'il est question de fareurSf oserais-jevons parler de ce bra^ officier, qui, depjuis un an, désira entrer au £|rvice de la Russie? iLmiéipil^ toutes vos bontés ; je vous en coiiqure t- recomoaandez sa demande à Timpératrice, vous en failles tout ce que vous voujea. — Il est vr;9Ui, prince, que je suis diss^ en crédit cette semaine , comptez donc sur mon désir de vous obliger Ji cependant, je vous conseille de courtiser un peu le ministre de la g^ierre, cela ne gâtera rien à raffaire.

» A présent, mesdames, nous allons traiter une grande question: souvent MM. les gouverneurs de province me deinandent un nopi ponç une ville nouvelle ; aujourdlhui encore, il vienf de m'en être désigné une dotft la première plan-

♦Il ne faut pas e'étonnor que ♦ à rHerniîtftgfl , l'im-pératrice se montra^ wi peu,aali-mini&te'iie)Ie^

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che * est posée ; c'est sur les bords de la mer Noire; je suis ï bout de âion latin ; aidez^-moi ; comment la nommerons-nous?» Chaciin propose un nom; « C'est à merreille, dit. Catherine , nous voilà dans Pembarras du cboix -, mais il me Tient une idée : la nouvelle ville est construite jsur un terrain célèbre 'par Téxil d'Ovide ; c'est le pays oà ce malheureux poète s'ennuya beaucoup, et oii Ton s'est ennuyé aptes lui. Consolons son ombre souffrante par un hommage digne de'cet ingénieux auteur, donnons de l'é^r clat i ce séjour en lui faisant pActér 'le nom de celui qui gémit autrefois sûr ses b^yrds; appelons cette ville Oviiapol : qu'en dites - vous ? mettrai-je aux voix la proposition? -4 Non, non ! s'écrièrent tous les hermites! Ovidopol passe à Tunanimité. »

Mais la lune éôlasre la flèche d'or de la for^ teresse et les magnificences de la Neva ; Cathe-*rine se lève ; suivie de son joyeux cortège, elle se dirige vers le grand balcon. On aperçoit un navire ; il s'avance majestueusement sur le

* Allusion aux constructions de maisons en bois , très-usitées en Russie.

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fleuve ; ii touche au bout de sa glqrieuse destination; i'ancre est jet^e devant VHennitage.L^ capitaine salue de son pavillon rinfipërattice, qui lui do^ne rendez-vpus à minuit. .«^ Messjeurs, dit-elle, ce bâtiment qui nous salue ne renferme ni les richesses de l'Inde, ni les brillantes frivolités dont Paris inonde l'Europe; pas une bouffante , pas un chapeau de gaze ne déshonore ceftç sublime cargaison. Grâç^ à la to^itepuissante magie des roubles j j'ai cbmnxandé à plusieurs chefs - d'œuvre des écoles italieiine et flamande de venir dans ce lieu ;.ks voilà qui se rendent à mon appeL Nos galeries offrant encore des vides , ils seront remplis par des tableaux de premier ordre; je me fais une. fête de vous montrer to^t cela: mais il est tard, bonne nuit , mesdames ; Messieurs , je suis cbarmé.e de ce que nous avons fait pour ce pauvre Ovide, certainemisnt il nous en saura gré; bpnspir, bonsoir! »

A ces mots, Catherine disparut, et je retombai dans le champ des réalités. Mais son image , son aimable causerie , ses paroles gracieuses se représentaient encore à mon esprit ; ,c'est vainement que je voulus me livrer à Teipi-

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men des tableaux. Toujours préoccupé de la supérieure des hermites , je plaçais sa tête charmante sur le corps d^un héros, d'une bergère , d^un sage. Enfin, ne pouvant réussir â maîtriser mes idées , je quittai brusquement ces immenses galeries. En descendant l'escalier, )e me disais: « Voilà un riche musée, une magnifique collection de chefs-d'œuvre ; mais , hélas ! il n'y a plusd'Hermitage! Le lendemain , je revins dans ce lieu , non pour rêver , mais pour regarder.

Je sais gré à Gaspûr Beccara de nous donner l'idée d'une beauté espagnole ; je suis moins séduit par la régularité des traits que par la suave expression de son regard. Ce portrait n'est point un jeu de l'imagination ; la fantaisie n y e^t pour rien : cette femme a existé ; elle a, connu l'amour dans toutes ses douleurs et dans toutes sts délices. Plus on la regarde et plus on pardonne la préférence tranchante que lord Byron accorde aux Espagnoles sur toutes les femmes de la terre.

Plus loin , je suis attiré par les chefs-d'œuvre de Ribalta^ Velasquez^ Morilh ; je contemple, avec vénération l'enfance de notre Seigneur, par ce dernier, et le même sujt't par CaHot.

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Voilà im portrait auquel je rends hemm^e<, malgré mon dévouement au genre classique: c'est celui de Lope^ f^^g^ Carpi; il est peint par Tristan.

Treize armoires vitrées et placéfîs dans une ^éme |)ièce font diversion à la peinture ; elles sont remplies de bijoux et de choses rares appartenant à toutes les époques : bouquets de diamans, souvenirs, bracelets, vases, miroirs, coffres de métal,' pièces d'argenterie en filagramme du travail le plus délicat, tous ces objets, remarquables de riche'sse ou de singulsMcité, sont sans doute placés là pour attester ce que peuvent l'industrie et la patience humaine. Près de ces armoires , on distingue une foule de Petiioi réunis dans un seul cadre.

Deux salles sont consacrées à Rubans et à Fandik. Quel est ce tableau qui attife tous les regards ? c'est celui de notre Seigneur chez les pharisiens.

Certainement ce lion et sa femelle posèrent avec une sorte de complaisance quand Rubens peignit les jeux de ce terrible ménage. La lionne est sur un bloc ; sa tête est un peu renversée ; elle regarde avec coquetterie le roi des forêts

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placé à ses pieds : tous deux sont d'une effrayante vérité.

Comme Cette tète de Silène respire la satisjEM^tion, la quiétude et le repos du plaisir! qu'il y a de mollesse et d'abandon dans ces formes grotesques et dans cette pose! Toutefois, le peintre a conservé je ne sais quoi de divin au caractère de la figure ; Silène semble vous dire : «c Je chante, je bois , j'aime , et, grâce à mon brevet de dieu , cela durera toujours. »

Le pinceau de Ténières décore à lui seul tout un salon. L'artiste voulut se reposer des fêtes naïves de son pays pour peindre les magnificences de l'Océam ce caprice lui a réussi.

Mais je respire la fraîcheur des forêts , j'entends le murmure des cascades; je dois cette ^illusion aux paysages de Rysdale dont je suis entouré.

Voilà une famille de Darius par Mignard ; je ne pense qu'à celle de Lebrun.

J'arrive au château de la Malmaison; des bords de la Seine sa galerie fut entraînée vers ceux de la Neva. Je retrouve un chien que j'aimais beaucoup : c'est celui de Paul Potter; il I. 10 ..

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est près de ]a porte : c'est le triomphe de Tari; si Ton frappe , ce chien va japper.

Tout pfès sont les quatre Parties du Jour de Claude Lorrain^ et deux paysages de Fonder Hyden.

Ce tableau me charme par le contraste de Tadolescence et de la vieillesse. Le petit. g^rç^N» regarde ^ avec une timidité r^comiaissaste , sa grand'mère, qui lui donne un poisson. Les deux caractères de tête sont étonnans de vérité.

Je fais une longue station devant les troupeaux de Paul Potier ; ou ne se trouve jamais seul près de ce chef-d'œuvre. L'artiste saisit si habilement la nature sur. le fait, que Ton donna à ce paysage une dénorainatij(m un peu triviale ; c'est la vache qui

Je salue en passant la Maîtresse du Titkn, Ténières , sortant encore une fois de son genre , nous représente la Cérémonie des niagistrats d'Anvers prêtant serment sur la place publique.

Qui ne demeure immobile devant la Descente de croix de Rembrant ? Quelle composition ! quel groupe ! quelle admirable lumière jetée.sur le sacrifice consommé par le Dieu sauveur! Le coeur chrétien s'émeut à l'aspect dé cette scène

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toute dhise , et ce nlest que lentement qu'on s^n éloigne^

Là mes regards aperçoivent les lo^cs de Rapliaët; une galerie toute entière est consacrée il cette keureuse et fidèle imitation. Les fresques dm plafond, la copie exacte des arabesques, les dimensions de la galerie , tout vous retrace ie célèbre monuntent des arts dont s'honore la ville éternelle* ,

Maintenant je rentre en pays de connaissance; )e s^is entouré des chefs-d'œuvre de mes compatriotes. La Lapidation de saint Etienne, le Jugement dernier par Je(m Cousin , les Marines de Kemet^ plusieurs tableaux du Poussin , de Le Sueur ^ de Bourdon , de Greuze , reçMvent tour à tour mes hommages ; je reconnais aussi , avec phisîr, plusieurs ouvrages d^artistes contempo* rains , de Marne , Boquét , St^ébak , Tannay et M"* Chodet ; ces tableaux sont dans une galerie construite par Quaringfn^ célèbre artiste italien.

Dans un salon voisin , au momei^t où je regardais en riant des Chiens savans qui s'amusent à pendre un de leurs camarades , je ne sais pour quel délit , un homme d'une tournure et d'un costume buiarrejs, s'arrêta devant l'Hébé de

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Canova et devant son groupe de l'Amour et Psyché : ««Messieurs, nous dit-il fort gaiment, et avec Taccent ultramontain , fai eu rhonneur de voir ces dames à Rome , je les ai revues à la Mal maison, et je les retrouve en Russie, où je les crois décidées à fixer leur séjour; je leur souhaite beaucoup de succès. Quant à moi , qui ne suis pas un Capo d'Opéra^ je vais me presser de regagner mon pays , moins puissant, mais infiniment plus agréable que celui-ci ; pardon, Messieurs. » En disant ces mots, mon hopime.dis.parut.

Dans une longue salle par^tllèle à un Jardin toujours étonné de se trouver au second étage, je rencontre le tableau de M. Grànet représentant l'Intérieur de son église des capucins à Rome; il est seul dans cette vaste enceinte; cet isolement est-il calculé? c'est un sûr moyen d'absorber l'attention , et ce tableau la mérite. Quel incroyable effet de lumière et de perspective! que de variété d'expression et de ressem* blance dans les figures de ces moines rangés en deux files et chantant les louanges de Dieu! Non , je ne crois pas que la science du pinceau puisse vous placer plus entièrement sous Tem*

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