‹ L'héroïne chrétienne du CanadaChapitre 114 sur 197 · LIVRE III. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE V

dinairement frappés de voir la plus riche fille du Canada, dans un réduit si étroit et si pauvre ; et endurer tant de privations à la fois. Car, bien que, par obéissance, elle eut conservé la propriété de ses biens, la Sœur Le Ber pratiquait aussi exactement la pauvreté réelle dans sa cellule, que pouvaient le faire de fervents religieux, dans les communautés les plus réformées et les plus austères . Ils furent surtout étrangement surpris, de la trouver vêtue d'une robe de grosse serge, gris-blanc, toute usée, avec un tablier de même étoffe ; et chaussée de souliers de paille de blé-d'Inde, que, par esprit de pauvreté, elle faisait elle-même de ses mains. La vue de sa couchette ne leur causa pas un moindre étonnement :

elle consistait, en une simple paillasse, qu'elle ne remuait jamais, afin d'être couchée plus durement, un oreiller de paille, et une couverture, sans drap, ni matelat. Sa nourriture se ressentait de la pauvreté de tout le reste. Il est vrai que la délicatesse de son tempérament, ne lui permettait pas de s'interdire, tout à fait, l'u-

sage de la viande, mais, à cette exception près, ses repas étaient tout ce qu'on pouvait imaginer de plus frugal et de plus simple. Elle ne mangeait à son dîner que du bouilli, et le soir de la soupe seulement; et encore, tous les samedis de l'année, et la veille d'un grand nombre de fêtes, jeûnaitelle au pain et à l'eau.

Ces deux étrangers ne revenaient pas de leur surprise ; et l'un d'eux qui était Ministre protestant, ne put s'empêcher de lui demander, à la fin, pourquoi donc elle se condamnait à une vie si dure, tandis qu'elle pourrait vivre dans le monde, avec tant de commodités et de douceurs? " C'est une " pierre d'aimant qui m'a attirée dans cette " cellule, lui répondit-elle, et qui m'y tient " ainsi séparée de toutes les jouissances et " des aises de la vie." L'autre voulant savoir qu'elle pouvait donc être cette pierre d'aimant : MUe Le Ber qui se trouvait alors avec ces étrangers, au rez-de-chaussée de son appartement, ouvrit la petite fenêtre, par où elle recevait la Sainte Eucharistie ; et se prosternant humblement du côté du

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