LIVRE III. — CHAPITRE VII
pour aller la communier la nuit : elle n'osa communier sans sa permission ; quoiqu'elle eût désiré de le faire alors, et qu'un autre prêtre qui était présent, lui offrit de lui apporter la Sainte Eucharistie.
Voilà certainement la marque d'une vie de foi très parfaite, s'il en fut jamais.
Les personnes qui marchent dans la voie rude des épreuves intérieures, sont exposées à une autre sorte de tentation. îse trouvant plus du côté de Dieu, la consolation sensible qu'elles goûtaient auparavant, elles se tournent quelquefois vers les créatures, pour chercher dans leur entretien sur les matières de piété, quelque sorte de dédommagement ; ou des moyens de distraction qui leur fassent oublier leurs peines. Toujours en garde contre ces sortes de tentations, la Sœur Le Ber, dans ses longues et rudes épreuves, ne se relâcha jamais de la résolution qu'elle avait prise, au commencent de son entrée en réclusion, de n'avoir que Dieu seul pour son unique partage sur la terre, et de ne chercher qu'en lui seul sa consolation. D'après les res-
trictions, qu'on l'avait obligée de mettre à son vœu, elle aurait pu demander, à l'occasion de ses peines, de se procurer autour de sa cellule quelque petit sujet de distraction innocente, ou d'avoir avec des âmes ferventes, quelques entretiens de piété, qui eussent pu l'encourager et la fortifiera persévérer dans son genre de vie. Jamais elle ne demanda, ni l'un ni l'autre, et les refusa même généreusement, lorsqu'ils lui furent offerts.
Elle s'était proposée pour modèle, dans sa vie de retraite, Saint Jean Baptiste, se privant dans le désert de l'usage des créatures et des douceurs de la vie; et pour s'animer à garder cette abstinence parfaite, elle aimait à se rappeler ces paroles, dites de ce grand Saint : " Que dans l'attente de " voir un jour le Sauveur: il ne daigna "jamais jeter les yeux sur aucun autre " objet, avec quelque complaisance." Ainsi quelqu'instance qu'on put faire à la Sœur Le Ber, elle ne voulut jamais avoir un petit jardin, près de sa cellule, pour y respirer l'air pur. Dans une circonstance,