LIVRE II. — CHAPITRE III
blées du monde, et dans toutes les réunions, où sa vertu eut pu recevoir quelque atteinte ; enfin, elle n'avait, et ne voulait avoir de rapports, qu'avec les personnes, qui par leurs vertus et leurs saints exemples, pouvaient contribuer à son édification. C'est ce que devrait faire toute vierge chrétienne, qui veut être fidèle aux engagements qu'elle a contractés, dans le Saint Baptême, en devenant enfant de Dieu.
Désormais, si le genre de vie que nous verrons embrasser à MUo Le Ber, ne peut servir de modèle aux jeunes personnes destinées à vivre dans le monde : il sera, du moins, bien propre à les exciter à la ferveur, dans la pratique de leurs devoirs, en leur montrant quelle est la puissance de la grâce sur les âmes vraiment fidèles. Pour mettre à exécution la résolution généreuse qu'elle avait prise, à l'occasion de la mort de sa sainte amie, de vivre entièrement séparée du monde ; elle voulut d'abord se lier à Dieu par le vœu perpétuel de chasteté. L'attrait qu'elle avait toujours eu, dés son enfance,
pour la solide vertu ; le mépris qu'elle n'a-
vait cessé de témoigner, pour les vanités du monde ; le refus de l'alliance qu'on venait de lui proposer ; les impressions de grâce qu'elle éprouvait, depuis la mort de sa sainte amie ; enfin la vie très innocente qu'elle avait constamment menée : tous ces motifs semblaient offrir les garanties désirables, pour qu'on pût prudemment lui permettre de prononcer ce vœu.
Néanmoins, son directeur, M. Séguenot, prêtre du Séminaire, qui avait dirigé ses premiers pas dans la voie de la vertu, ne jugea pas à propos qu'elle s'engageât, ainsi, pour toujours. Quoiqu'il n'eût aucune raison pour douter de la solidité de ses résolutions, ni de sa constance à les garder inviolablement : il trouva qu'elle était trop jeune encore, pour se lier d'une manière irrévocable ; c'était en l'année 1679, et MUe Le Ber n'avait guère que dix-sept ans. Il fut donc d'avis qu'elle ne prononçât ce vœu que pour l'espace de cinq ans ; afin qu'après cette épreuve, elle put user de sa liberté, si ses dispositions étaient changées à l'égard