LIVRE II. — CHAPITRE IV
leur fille unique, et ne verront peut-être dans ce sacrifice, que l'effet d'une dureté de cœur, inspirée par une dévotion outrée, contraire au véritable esprit de la religion, Pour les éclairer; et, aussi, pour justifier la famille Le Ber, il est nécessaire de donner ici quelqu' éclaircissement sur cette matière importante, à l'égard de laquelle quelques uns peuvent se faire illusion.
Dans le dessein de Dieu, les parents ne doivent être que de saintes images de sa paternité ; et si les enfants sont obligés de les aimer : c'est pour Dieu qu'ils doivent les aimer, c'est Dieu qu'ils doivent aimer dans leur personne. Ainsi dans les marques d'amour qu'ils leur donnent, les enfants, vraiment chrétiens, n'ont pas pour fin, le désir de satisfaire une certaine tendresse de cœur pour leurs parents. Ce sentiment naturel, qui se trouve aussi dans les animaux, est trop terrestre et trop grossier, pour être le motif qui inspire une âme chrétienne. C'est à Dieu, rendu sensible dans leurs parents, qu'ils donnent ces marques d'affection sensible ; et cette vue
de Dieu, bien loin d'affaiblir l'amour filial, le perfectionne, l'ennoblit, et peut seul le rendre constant et invariable. Ainsi, tandis qu'un enfant, dont l'amour pour ses parents est purement naturel, cesse de les aimer, s'il n'en reçoit plus de leur part aucune marque de bienveillance : un enfant, qui honore Dieu dans ses parents, les aimera, au contraire, aussi sincèrement, malgré leurs défauts, que s'ils étaient les" personnes du monde les plus accomplies.
Il les aimera aussi cordialement, s'ils lui donnent des sujets de justes plaintes, et même s'ils le maltraitent, que s'ils n'avaient pour lui que de la douceur et de la prédilection. C'est que Dieu est également digne de respect et d'honneur, dans toutes les images qui le représentent, quelques défauts et quelques imperfections qu'elles puissent avoir.
Dans la première ferveur de la Colonie Française-Canadienne, Dieu, pour éclairer les enfants, sur les vrais sentiments qu'ils doivent à leurs parents, et les parents sur l'amour réciproque qu'ils leur doivent,