LIVRE II. — CHAPITRE VI
du Chesne, frère de Mlle LeBer, et de quatrevingts soldats.
Mais le lendemain matin, 11 Août, qui était un samedi, une heure avant le jour, les ennemis ayant paru tout-à-coup et surpris nos troupes qui étaient endormies, tuèrent trente hommes, en blessèrent au moins autant ; et se retirèrent ensuite. M. de Vallerène et les siens, qui n'étaient pas encore trop éloignés, entendirent le bruit de cette attaque et revinrent sur leurs pas. Ils étaient entre les Forts de La Prairie et de Chambly, lorsque sur les neuf heures du matin, ils aperçurent l'ennemi, qui les attaqua d'abord, en poussant des clameurs horribles. Au moment de la première décharge de l'ennemi, M. de Vallerène commanda aux siens de se coucher par terre, derrière un gros arbre abattu. Ce stratagème les mit à couvert; et ensuite ayant marché à l'ennemi, ils lui tuèrent plus de cent hommes, et en blessèrent un plus grand nombre d'autres. Mais l'arbre, qui avait servi comme de rempart aux nôtres, n'était pas assez vaste pour les couvrir tous également : cinq ou
six avaient été blessés, et M. Le Ber du Chesne fut de ce nombre.
On le transporta à la ville, dans la maison de son père, où il mourut après avoir reçu les derniers sacrements et fat inhumé le 13 d'Août, âgé d'environ 23 ans. (*) La Sœur Bourgeoys, accompagnée de la Sœur Barbier, s'empressa de se rendre dans cette maison éplorée, pour compatir à la juste douleur des parents; et aussi pour ensevelir de ses propres mains le corps du défunt, selon la pratique qu'elle avait toujours observée, dans ces rencontres.
Mlle Le Ber sortit alors de sa cellule, et parut un moment devant les deux Sœurs.
Là, sans faire paraître aucune faiblesse, ni sans que la grande affection qu'elle avait pour ce frère bien aimé, lui arrachât aucune plainte . elle mit entre leurs mains, ce qui était nécessaire pour ensevelir le
(*) H s'est glissé une faute d'impression, dans la vie de la Sœur Bourgeoys, au sujet du jour où eût lieu le combat où M. Le Ber du Chesne fut blessé et qui est fixé par erreur au o du mois d'Août. Tome 1, p. 358.