LIVRE IV, — CHAPITRE II
ferveur qui régnait parmi elles ; et se sentant attirée à leur Institut, elle avait apparen\ment témoigné son désir, à sa cousine, avant que M. Le Ber fit son testament ;
qui lui était justement due, dans la personne de la défunte. M, Saint Luc de Lacorne, frère du précédent, qui s'était sauvé, comme miraculeusement de ce naufrage, refusa à la Congrégation toute espèce de dédommagement ; alléguant pour ses raisons : qu'il n'existait aucun contrat écrit, qui assurât aux Sœurs leurs prétentions ; ni aucun testament en leur faveur, de la part de la défunte.
O'était après ia conquête du Canada par les Anglais, L'affaire ayant été portée à la Chambre des Capitaines üè Milices : ils condamnèrent la famille de Lacorne. Elle appela de leur sentence, à Son Excellence, Thomas Gage, Gouverneur de Montréal, qui après avoir murement prsé et considéré toutes choses, condamna à son tour la famille de Lacorne, à donner à la Congrégation, deux mille livres, pour dot de la Sœur défunte ; et en outre, à payer les intérêts de cotte somme, depuis l'année 1718, qu’il fixa à deux mille sept cent-cinquante livres ; en laissant pourtant à la famille, le choix de douner à la place des 4750 livres, la part de la succession du Chevalier de Lacorne, à laquelle la défunte, sa sœur, aurait eu droit, si elle eut encore vécu.
Ainsi, ce Militaire, quoique Protestant, et par conséquent non suspect de vouloir favoriser les Commu-
car il paraît que ce fut à la demande même de sa fille, qu’il fit aux Sœurs la donation, dont on vient de parler. Du moins, c'est ce que semble insinuer Anne Barroy elle-même :
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en rappelant, dans un petit écrit, l’impres-
sion de joie, que produisit sur la Sœur Le Ber, l’ouverture qu’elle lui fit de son désir. ‘ Elle me dit alors, rapporte-t-elle, jamais ‘ de ma vie je ne ressentis une joie plus
« pure, ni plus sensible, qu’au moment, où “ vous m'avez déclaré votre inclination, | ‘ pour embrasser cet Institut ; et c’est avec “ plaisir et de grand cœur, que je ferai ‘6 tous les fruis nécessaires.”
Cette joie de la Sœur Le Ber, avait pour moti,, non pas seulement la satisfaction si | pure, ‘1e voir une personne de sa famille se
uautés religieuses, reconnut, d'après la seule équité naturelle, qu'il était de la justice rigoureuse, d'indemniser la Congrégation; et, ce qui est plus étonnant encore : il fit comprendre à la famille de Lacorne, toute catholique qu'elle était, cette grave obligation de conscience, qui pesait sur elle, et à l'égard de laquelle elle se faisait à elle-même une si étrange illusion.
[18 Décembre 1762, Archives Judiciaires de Montréal.]
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