VÉCUT RECLUSE ET FUT INHUMÉE
Après la mort de la Sœur Le Ber, on conserva religieusement sa modeste cellule et son laboratoire, ainsi qu ; :a plupart des petits meubles dont
elle s'était servie. Les personnes qui allaient
prier sur sa tombe, pour réclamer ses intercessions
auprès de DIEU, visitaient ensuite avec respect sa
cellule ; eten la considérant, il leur semblait,
qu'elles participaient à l'esprit de la sainte
Recluse, que ce lieu, témoin de sa ferveur, rappe- L 4 HE]
lait sensiblement, Mais un furieux incendie
consuma en 1768, et la cellule et tout ce qu’elle
renfermait, ainsi que l'Eglise et la maison de la Congrégation. L'Eglise ayant ensuite été reconstruite sur les fondements de la première, on fit servir pour l’allonger, le petit espace qu’occupait auparavant la cellule, qui fut ainsi convertie en sanctuaire où reposa depuis le Très-Saint Sacrement. ŒÆEnfin dans ces dernières années, comme cette Eglise ne répondait plus aux besoins de la population, considérablement accrue à Ville-Marie : les Sœurs de la Congrégation viennent de s’imposer à elles-mêmes des sacrifices considérables pour en faire construire une troisième, plus riche que
les précédentes, sur un plan plus vaste, et du style
grec, mais toujours dans l'emplacement de la première.
Ainsi, l'Eglise qu'on voit aujourd’hui dans le jardin de la Congrégation, renferme le sol de l'ancienne, qui s’étendait dans sa longueur, depuis la porte d'entrée de la nouvelle Eglise, jusqu’au milieu de cette dernière ; et c’est là, au côté droit en entrant, que reposent les restes précieux de notre sainte Anachorète, auprès du monument qui la représente sur son lit de mort. Vers l’année 1822, sa tombe ayant été ouverte, on trouva que ses ossements aussi bien que ses chairs étaient réduits en poussière; on attribua avec raison, la décomposition des os et leur résolution en cendres
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à la frêle constitution de la Sœur Le Ber, affaiblie encore par tant de privations et une si austère pénitence.
Le milieu de la nouvelle Eglise est done ce lieu de grâce et de bénédiction, où elle a passé les vingt dernières années a sa sainte vie; et où, comme une victime publique de pénitence, elle s’est offerte tant de fois et avec tant de ferveur à DIEU, pour le salut de ses concitoyens, surtout pour la sanctification des jeunes personnes. Si dès le moment de son entrée dans ce lieu, elle n’a jomais cessé d'y être présente de corps : on aime à croire que depuis son entrée au ciel, elle est toujours présente en esprit, dans ce sanctuaire de la terre ; et qu’elle y continue avec plus d'efficacité encore, consommée qu’elle est maintenant, dans la source même de la charité, le ministère de zèle qu’elle y avait commencé durant sa vie, et dans lequel elle persévéra avec tant de constance jusqu’à sa mort.
Sa solitude profonde dans ce lieu, sa vie admirable et toute céleste, qui semblait l’égaler aux Anges, ne peuvent guère avoir aujourd'hui d’imitateurs parmi nous; mais son zèle ardent pour la conversion des pécheurs, est bien digne de servir de motif et de modèle à toutes les âmes jalouses de procurer la gloire de Dreu et le salut de leurs frères. Qui peut douter qu’elle n’éprouve une
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sainte joie, en voyant des personnes ferventes, venir prier pour cette fin, dans ce même lieu ? Peut-on refuser de croire qu’une âme si charitable ne s’unisse à elles, pour faire de concert, les mêmes demandes, et ne joigne ses prières aux leurs ; qu'enfin, elle ne voie ses désirs accomplis, en trouvant ainsi d’âge en âge et dans ce même lieu, des héritiers de son zèle ?
T'el est en effet le dessein de la divine Miséricorde: elle veut être priée et sollicitée dans le sanctuaire dont nous parlons. Non contente d’avoir inspiré autrefois à la Sœur Le Ber, de s’y renfermer comme une victime publique de pénitence, elle l’a fait dédier, de nos jours à Marie, refuge des pécheurs, et le lui a consacré solennellement comme un lieu de pélerinage nouveau, où tous sont invités à venir solliciter le pardon, et obtenir pour eux et pour les autres, toute sorte de grâces par Marie, qui en est la dispensatrice universelle, N'est-ce pas pour attirer en foule, aux pieds de Marie, les justes et les pécheurs, que Dreu a enrichi ce sanctuaire d’une statue miraculeuse, honorée en France, depuis cinq ou six siècles, comme ayant été l’occasion d’une multitude de guérisons et d’autres sortes de faveurs ? Le souvenir de la ferveur de la Sœur Le Ber, déjà bien affaibli par le laps des temps, et son genre de vie
si étonnant, qui surpasse les forces de la nature humaine, auraient été peut-être de trop faibles motifs, pour amener les fidèles en grand nombre dans ce lieu. Dreu a voulu les y attirer pur un motif d'intérêt personnel, et par un objet de vénération qui leur fût plus sensible. (C'est ce qu'il a fait en donnant à la Congrégation et en plaçant dans ce sanctuaire, cette statue miraculeuse, comme l'événement l'a heureusement montré,
À peine est-elle arrivée en Canada, qu'une
multitude de personnes se sont senties intérieure-
-ment attirées à recourir à Marie, la MÈRE de dou-
leur, et à la prier devant cette sainte image, qui exprime avec autant de naturel que de dignité, l'excès de son amour pour les hommes. De temps immémorial, les fidèles ai vénéraient cette statue, demandaient par dévotion de l'huile de la lampe qui brûlait devant elle, et en fesaient des onctions sur les malades, avec une confiance, que DIEU daigna exaucer dans une multitude d'occasions, Chose étonr ante, et qui montre bien, que Dreu veut, à l’occasion de cette statue, renouveler en Canada, les mêmes faveurs qu’il accordait autrefois en Franre: les fidèles de Ville-Marie, qui les premiers, sont venus la vénérer, ont aussi demandé eux-mêmes, par un mouvement spontané, de l'huile de la lampe que les Sœurs de la Congrégation
avaient placée devant elle par honneur, quoique, ni eux, ni les Sœurs, n’eussent jamais ouï dire, qu'on en usait parcillement en France auparavant, Aussi, la confiance des pieux Canadiens a-t-elle obtenu de semblables guérisons, non seulement à Ville-Marie, mais dans les paroisses voisines, et au loin dans le Canada, où une multitude de personnes se sont empressées de se procurer de l'huile de Notre-Dame de Pitié.
Mais ces guérisons corporelles ne sont pas les grâces les plus précieuses, que DrEu veut accorder à l’occasion de cette statue. S'il guérit les corps, c’est pour faire naître la confiance dans les âmes, et les guérir ensuite elles-mêmes, de leurs infirmités, surtout du péché, le seul mal que nous ayons à craindre. C’est pour délivrer de ce mal ces chers concitoyens, que la Sœur Le Ber se condamna à vivre en solitude comme une hostie d’expiation ; ou plutôt, c’est pour cet unique motif, que le Fils de Dreu lui-même est descendu du ciel en terre; et que Marie, son auguste mère, a consenti à le voir mourir sur la Croix, et a reçu ensuite dans ses bras son corps adorable, en l’arrosant de ses pleurs. Car les larmes amères qu’elle versa, et la douleur immense dans laquelle son âme était noyée, furent moins excitées par la vue de J'ÉSUS mort et ensanglanté, que par celle de nos crimes, les vrais instru-
ments de sa passion, et les bourreaux invisibles qui le crucifièrent, Voilà ce qui a percé le cœur de Marie du glaive de la plus cruelle douler. :4 jui a fait verser des torrents de larmes, CC sur les pécheurs, figurés, par le corps mort de Jésus, leur victime, qu'elle a pleuré si amèrement, Cette mère tendre et compatissante, s’est approprié à elle-même les péchés de ses enfants; elle en a pris sur soi toute l’humiliation; elle les a détestésavec une contrition vive et véhémente, comme si ellemême les eût commis; et enfin, elle s’est offerte à la justice divine, pour recevoir tous les châtiments qui auraient dû tomber sur les coupables, Ce qu’elle désire maintenant, ce qu’elle attend des pécheurs ; c'est qu'ils lui ouvrent leur cœur, pour recevoir, chacun, les sentiments de componction qu’elle a excités pour eux, dans le sien propre; et c’est le fruit le plus solide, le plus désirable, le plus salutaire, que doit produire la dévotion envers Notre- Dame de Pitié; comme c’est celui que la Sœur Le Ber a désiré et sollicité pour tous ses concitoyens, et qui lui a mérité à elle-même, cet état de sainte*” sublime, qui l’a rendu heureuse sur la terre et plus heureuse encore dans le ciel.
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