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avons maille à partir avec un adversaire aussi rusé que malveillant à notre égard. Bien plutôt, je conseillerai à Hampton de gagner Cornwall, où doivent se réunir la division du général Brown et le corps principal sous les ordres de Wilkinson, afin d’envahir conjointement Montréal, —la clef du Canada, messieurs ! Montréal à nous, Québec ne tiendra pas longtemps, malgré ses remparts, ayez-en la conviction.
En ce moment minuit sonna à la pendule.
— Corpo di Dio ! comme les heures filent! s’6cria Henry. ŒExcusez-moi; mais je dois songer à la retraite. Voyons, résumons-nous, D***: vous m'avez dit que les Canadiens n’étaient pas plus de trois cents.
— Trois cents et quelques Ecossais et Indiens.
— Bon. Le major concentrera le gros de ses troupes... G
— Derrière un abattis d'arbres, qu il a dressé en avant du bois.
— Et vous avez des renseignements précis à l’égard du général Prevost,
— Il est trop éloigné, je vous le répète, pour aider efficacement le colonel de Salaberry, si l’attaque a lieu de bonne heure. Du reste, en admettant qu'il parvienne à opérer gg jonction cette nuit,
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ce qui n’est pas présumable, le nombre des Anglocanadiens n’égalera pas encore le vôtre. Aïnsi, soyez tranquille.
— Ah! corpo di Dio, tranquille, je le suis, et j'espère bien déjeûner demain matin avec vous, après avoir plumé cette poignée de mauviettes, pour m’aiguiser l’appétit.
— Tâchez que ces mauviettes ne vous plumen pas, mon joyeux compère, dit D**#, en souriant. Puis il ajouta, mais de façon à être seulement entendu de lui :—Rappelez-vous que Mathilde sera votre femme dès que la bannière étoilée aura rem placé le lion britannique sur les murs de Montréal
— Je ne l'ai point oublié, répondit le jeune
homme en rougissant de plaisir.
— Au revoir donc, et bon espoir !
— Au revoir!
Henry sortit immédiatement du cabinet et descendit dans le vestibule.
Une femme, enveloppée d’une mante, l’arrêta au passage.
— Henry!
— Vous, Mathilde !
— Vous alliez partir, sans me voir!
— Mais. je, balbutia-t-il, un peu troublé par cette soudaine apparition.
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— Oh!'je ne me mêle point de votre politique. J'é saïs bien que ce n’est pas à cause de moi que vous avez affronté mille dangers pour venir ici; mais un pressentiment, quelque chose que je ne puis définir, m’a appris votre arrivée, et je voulais vous parler avant...
La voix de la jeune fille expira dans un sonpir:
— Bonne Mathilde ! dit Henry, en portant passionnément la main de miss D*** à ses lèvres: oh ! veuillez croire...
— Je ne vous demande pas vos secrets. Mais dites-moi, cette guerre qui m’affige tant sera-telle bientôt terminée :
— Dans quelques jours.
— Et vous ne vous battrez plus ? s’informa-t-elle avec une naïveté enfantine.
— Non, chère ange.
— Bien vrai?
— Je vous en donne ma...
—Oh! qu'alors je serai aise! car vous ignorez, Henry, tout ce que je souffre ! Mon Dieu ! chaque coup de fusil me perce le cœur! Il me semble... oh ! c’est affreux! Mais je veux vous faire un présent.
— Un présent !
— Oui, vous allez rire ; vous êtes si séoptiqué!
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— Rire de ma bien-aimée ! jamais,
— Vousme promettez de porter toujours sur vous ce que je vais vous remettre ?
— Je vous le jure, Mathilde.
— Tenez, c’est un médaillon que ma nourrice, cette pauvre Bertholet, morte si misérablement, m'avait pendu au cou, quand j'étais toute petite, Il m’a porté bonheur ; et j’ai rêvé qu'il vous sauverait la vie. |
— Vreïuent! dit Henry, en prenant l’objet que sa fiancée lui tendait.
— Voilà déjà que vous vous moquez...
— Me moquer, Dieu m’en préserve !
— Vous le conserverez toujours sur vous, n 'estce pas î
— Toujours !
— Et vous penserez à moit
— Je n’ai pas d'autre pensée. |
Quelques secondes après cet entretien, Henry Wolf quittait la maison des Yankees par une porte dérobée, et, suivi d’un Indien qui l'avait attendu au dehors, s’éloignait dans la direction du camp d'Hampton.
Henry.
Comme il arrive souvent, vers le milieu de l'automne, au Canada, la nuit avait cette teinte de ‘clair-obscur qui donne aux objets dés formes vagues et arrondies. Nulle étoile ne scintilluit au firmament, mais une gaze grisâtre levoilait toutentier et la lune, luttant contre cès molles brumes, répan- “dait sur la terre une lumière pâle et sans rayon.
On eût dit que des millions d’atomes impalpables flottaient dans Pair.
C'était vraiment une nuit saturée de voluptés. Cependant, quoique sensible aux attraits de la mature, Henry paraissait plutôt contrarié que réoui par des charmes qui, en toute occasion, auraient captivé ses sens.
— By Jove, murmurait-il, en s'avançant dans un sentier encaissé entre une double haïe de buissons, cette diablesse de clarté est joliment tra tresse. Je jouerai de bonheur, si je regagne le camp sans encombre.—Hé ! Mahagainis,
ma
En entendant prononcer son nom, l’Indien, qui marchait derrière le jeune homme, accourut.
— Les chevaux sont-ils loin ?
— Les chevaux sont à l'entrée du bois.
— Presse un peu le pas, et dispose-les ; car nous n'avons pas un instant à perdre.
Comme il achevait ces mots, un ‘‘ Mes vive !”? lancé d’une voix éclatante le fit tressaillir,
— Les Canadiens ont découvert l'Américain,
dit Mahagamis, en disparaissant aussitôt dans les broussailles.
—Halte-là! eria presque aussitôt la même voix
qui avait articulé la première interpellation.
Au même instant, le double craquement d’une arme qu’on apprète troubla le silence de la nuit,
—By Jove, murmura Henry, je crois qu'il est temps de jouer des jarrets.
Et, comme il cherchait à distinguer à travers la pénombre la position de son ennemi, afin de ne pas s’exposer à sa visée, il aperçut sur la droite, en haut du sentier, un individu qui le couchaïit en juue.
Comprenant, avec cette rapidité de perception que certaines gens possèdent dans les situations cri: tiques, que l’audace seule pouvait le sauver, au lieu
de fuir à gauche, ils’élança dans la direction de son.
adversaire, Celui-ci, s'imagina que l'Américain
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voulait fondre sur lui et se hâta de faire feu; mais Henry avait prévu cela, et, une seconde avant que l’autre ne tirât, s'était étendu la face contre terre.
Le projectile lui effleura la tête, en allant se loger dans le tronc d’un arbre voisin. |
Le jeune homme se "leva immédiatement, et gagna Je fourré au pas de course, tandis que notre ami Nicolet—car c'était lui—honteux d’avoir manqué son coup, disait en rechargeant son fusil :
* —J’savais pardi ben qu'y s’mitonnait du grabuge en la bâtisse aux-Yankees ! Si l’père Jean avait voulu m’crère. ...
——Eh ben! qu'est-ce qu’il aurait fait, l’père Jean ?
—Ah! vous vlà. Ilest belle heure d’accourir quand l'oiseau est déniché,.
—Quel oiseau ?
—Un Américain donc ?
—Où ça? ousque tu voès un Américein ?
—Tiens, pensez-vous pas qu’n’y s’est planté là pour vous espérer À
— Encore queuqu’branche d’âbre qu’t’auras prise pour un Américain. C'était ben la peine d’éveiller tout not’ monde. ...
® —Quand j'vous dis que j'l’ai vu là, à c'te place, à preuve qai s’est flanqué tout d’son long comme un sarpent et qu’ sans ça...
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—T'as la beurlue, mon garçon, dit le père Jean, en secouant la tête d’un air incrédule.
—La beurlue vous même! riposta le conscrit, vexé de passer pour un poltron aux yeux de ses camarades que la détonation du fusil avait amenés sur les lieux.
—Bon, bon! répondit Jean, avec un sourire.
Va t’eoucher, maintenant. C’est c'que t'as de mieux à faire; car la peur t’ fait danser trente-six chandelles d’vant les yeux. Va, j’finirai ta faction. Quand t'auras fait un’ demi-douzaine d’ campagnes dans les Grandes-Indes, t'auras pu d’ces vénettes !
Tandis que les soldats regagnaïent leurs bivacs, en maugréant contre la prétendue pusillanimité du conscrit qui les avait mis en émoi. Henry arrivait à la lisière du bois, détachait son cheval lié à un sapin, enfourchaït l'animal et partait rapidement, sans s'occuper de l’'Indien qu’il n'avait pas rencontré depuis sa disparition.
Durant quelque temps, il vola à francs étriers par monts et par vaux, ne s’inquiétant ni des ronces et des épines qui déchiraient ses vêtements et jusqu'à son épidermé, ni des rameaux qui, parfois, lui heurtaient le visage, ni des savanes, dans lesquelles il entrait souvent jusqu'à mi-jambe, ni même de la route qu’il suivait,
Enfin, après une heure de cette course effrénée, pensant avoir jeté entre les Anglo-canadiens et lui un intervalle assez grand pour n'avoir plus rien à redouter de leur poursuite, Heury ralentit l'allure de sa monture et commença à s'orienter.
Il se trouvait alors dans une sorte de clairière entourée d’érables séculaires et à laquelle venaient
aboutir divers chemins qui conduisaient à l’intérieur
de la seigneurie.
Mettant pied à terre, il colla son oreille contre Je sol et écouta.
Un bruit de vagues, roulant contre des rives rocheuses, l’avertit que la rivière Chateauguay n’était pas fort éloignée de l'endroit où il se tenait:
— Voyons, pensa-t-il, il me reste deux routes pour retourner à nos retranchements : ou bien longer la rivière, et ce serait le plus sûr, ou bien la traverser en faisant un coude afin d’éviter le colonel de Salaberry.
Ayant réfléchi quelques secondes il se décida pour le premier plan, remionta à cheval, et s’engagea dans celui des chemins qui lui paraissait le moins effondré. Maïs à peine avait-il accompli un mille de ce côté, qu’il distingua des feux allumés au-dessus d’une petite colline.
—Corpo di-Baccho!! fit-il, j'allais me tourrer aans la gueule du loup.
Appuyant aussitôt à droite, il atteignit les bords du Chateauguay qu'il se résolut à franchir.
Un gué ne tarda pas à se présenter à ses regards et H en profita immédiatement pour effectuer son dessein,
Ensuite, reprenant le trot, il marcha sur Blueberry.
La lune s'était entièrement éclipsée, et la mantille diaphane, qui ondulait dans l'atmosphère, fragmentée en plusieurs nuages d’un noir foncé, entre lesquels le ciel brillait comme une coupole de saphir, marquetée d’ébène.
Bientôt,quelques gouttes de pluie commencèrent à tomber et le vent, soufflant du sud, les chassa au visage de Henry, qui, aveuglé par cette ondée, devint incapable de conduire son cheval et finit par s’égarer.
En reconnaissant son erreur, il se demanda s’il ne ferait pas mieux de suspendre sa course et d'attendre que l’aube se levât pour retourner au camp. Mais il souvint que le général Hampton brûlait d’avoir les renseignements dont il était porteur et, à sa sûreté personnelle, préféra s'acquitter de la mission qu’il avait entreprise
Cette détermination fut funeste à l'Américain.
Etant arrivé en face de deux arbres qu’on avait renversés, pour intercepter le passage, Henry, rassemblant et éperonnant en même temps son cheval, essaya de lui faire sauter l’obstacle.
Mais, soit caprice, soit pressentiment d’un danger, l'animal refusa d’obéir à son maître.
—Ah! ah! nous voulons faire le mauvais, Ruxner, dit Henry, en s’affermissantsur sa selle. Allons, je vois ce que c’est, il vous faut une correction,
Et, enfonçant ses longues molettes d'acier dans les flancs de la bête, il tenta de l'enlever. Loin de céder à cette “npulsion, celle-ci se dressa sur les jambes de derrière, en agitant fièrement la tête, Henry s’empressa de lui rendre la main, et Runner profita de cette liberté pour se livrer à une série de ruades qui eussent désarçonné un écuyer moins habile que l'Américain. Maïs l'animal rebelle avait affaire à forte partie: après une coure lutte, il sembla comprendre que la résistance était inutile, et, haletant, baïgné de sueur, de pluie et d’écume, il fit, soudain, un bond prodigieux et franchit la barrière.
Par malheur, Henry ne comptait pas sur cette résignation subite de sa monture qu’il maintenait étroitement par les rênes et le filet, pour la réduire,
in, au moment où elle opéra le bond dont nous venons ait de parler. Surpris de ce brusque mouvement, it ne” oublia de rendre la main, et le cheval, en retom- LL. al, bant, s’abattit sur son cavalier. | (} il Par malheur aussi, dans cette chute la tête du an- jeune homme porta contre une souche de sapin noueuse,et il s’évanouit en perdant des flots de sang ba par une profonde blessure qu’il s'était faite. ns, Etourdi lui-même de la chute, son cheval, quoiqu’il n’eùt reçu que des contusions fort légères, ans demeura étendu sur le côté, sans mouvement. de : Un quart-heure s’écoula, pendant lequelonn’enles tendit d’autre son que le clapotis de la pluie sur les F. te. feuilles desséchées, et la respiration irr égulière de k ner Runner. “ rie Puis, tout à coup, l’animal, ranimé probablement n. ins par l'humidité du sol, poussa un hennissement. d': ait Le son, répété par les échos de la forêt arriva ù | , il jusqu'aux postes de l’arrière-garde du colonel de ik ile, Salaberry.
e, Comme on redoutait sans-cesse une.attaque du la général américain, campé à cinq ou six milles de distance, quelques hommes fürent incontinent détte tachés pour aller reconnaître le terrain.
Guidés par les hennissements de Runner qui se succédèrent peu à peu sans interruption, la pa-
trouille n'eut aucune peine à se rendre au théâtre de l’accident.
—Nom d'une carabine! s’écria le caporal en apercevant le cheval qui faisait des efforts pour se relever ; qu'est-ce que c’est que ça?
—N'approchez pas, dit un des soldats ; si c'était uné embüûüche,
—Tu as raison, Joseph.—Qui vive?
Un gémissement du blessé que Runner foulait sous lui, en essayant de se remettre sur preds fut toute la réponse.
—Qui vive? demandaune seconde fois lecaporal ?
Silence complet.
—Qui vive, ou je fais feu ?
Nouveau ώmissement.
—Voyous ce que c’est, dit un autre militaire. Nous sommes six, bien armés, Il est inutile de dépenser de la poudre et du plomb pour rien ; d’ailleurs, ça peut être des nôtres.
—Soit, répondit le caporal, maïs soyons sur nos gardes. Ces damnés Américains sont roués comme des renards.
Tous alors s’avancèrent, le fusil en arrêt.
— Un homme blessé, s’écria le premier qui se baissa pour aider le cheval à se redresser,
—Ca change la thèse. Mais qui est-il ?
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—Ma foi, je ne sais.
— Il se sera rompu les reins, en voulant sauter la barrière. |
Voyons, dit le caporal, vous autres, ne restez pas là à regarder s'il tombe des hallebardes où des épaulettes et donnez-nous un coup de: main pour transporter ce particulier au poste.
La patrouille oLéit.
Quatre hommes hissèrent Henrysurleursépaules, ün autre saisit son cheval par ls bride, et la petite troupe s’arhemina vers le corps-desgarde,
Là, Henry fut déposé sur un lit de fougères, près d'un feu expirant. Quelques brindilles de sapin jetées dans le foyér, r'animèrent la flamme, et l'officier commandant le poste, ayant fait laver le visage de l'inconnu et appliquer sursa blessure une comprese d'eau froide, examina ses traits, en présence du caporal qui dressait son rapport,
V'étu d’un costume civil, Henry n'avait rien dans ses tra ts qui t'ahit le militaire. Il était d’ane stature moyenne, bien pris dans sa taille, avait le visage ovale, les lèvres finement arquées, le nez aquilin et les cheveux d’un noir de jais.
Quoique défiguré par les meurtrissures, et une pâleur livide, il couservait ce caractère de beauté
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spirituelle (si je ne puis m’exprimer ainsi) que prête toujours une huineur gaie à un physique agréable.
—Vous dites donc, caporal, que vous l’avez découvert, en deça de la dernière ligne d'abattia f s’informa l'officier.
—Oui, lieutenant.
—Et le bois aux environs était tranquille.
—Parfaitement tranquille.
—Cet individu n’était pas armé ?
— Pardon, nous avons trouvé deux pistolets dans les fontes de sa selle !
— Apportez-les moi.
—Ces armes sont de fabrique américaine, dit le lieutenant en inspectant les pistolets qu’on lui remit immédiatement, |
À cet instant Henry s’agita sur sa couche.
—Frictionnez-le avec du rhum, ordonna le lieutenant.
Insensiblement le jeune homme recouvra ses sens.
—Où suis-je? murmura t-il en anglais,
—Qui êtes-vous? demanda l'officier dans la même langue,
Henry passa mac 1inalement la maïn devant ses yeux, que la vivacité de la lumière éblouissait.
—Qui êtes-vous ? réitéra l'officier.
M —Qui je suis? balbutia le fiancé de Mathilde,
: dont le cerveau se débrouillait lentement ; je suis...
ee, La parole expira sur ses lèvres: il venaït d'aperis
cévoir l'uniforme des troupes britanniques, que portait son interrogateur.
Ses idées r’étaient pas encore bien nettes; mais l'instinct l’avertissait de se tenir sur la réserve. Au Heu donc de répliquer, il ferma les paupières et feignit un évanouissement, afin de courdonner ses dans souvenirs.
Cette ruse ne lui profita point, car un vieux sers gent canadien qui, depuis quelques minutes, tour: dit le nait autour du cheval qu’on avait attaché à un pieu, emit s'écria avec violence : Ni:
.—Mille s...! C’est un Américain, un coquin 4
d'Anéricain | lieu- —Un Américaïn ! rédirent én chœur les soldats.
— Oui, pardien bien, un Américain, tout ce qu’il ÿ a de plus Américain ! un brigand d'Yankee!
sens.
—Où avez-vous vu cela, François ? questionna LL de l'officier en apostrophant le sergent. À — Où ça, lieutenant ? C’était pas malaisé à déter- |] t rer. , 14 ñ dre —Comment ? À
—Eh! donc, passez-moi cette bride en revue.
—Cette bride !
—Oui, c’est celle du cheval que montait notre gibier. Elle porte le numéro de son ea Voyez plutôt; 31, si je sais lire.
Le lieutenant prit la bride que lui tendait son subalterne, et à la lueur du feu, déchiffra le muméro 31, ciselé sur les bossettes du mors et gravé à l'emporte-pièce sous la gourmette de la têtière.
—De vrai, dit-il; c’est là une bride d’ordonnance. Qu’on ait l’œil sur le prisonnier.
—En v’là un’ chance d’avoir escamoté un Yankee, dit le sergent tout fier de satrouvaille ; d'autant plus que, je parierais cent copes contre une que c’est un officier ; car les canons et les branches du mors sont trop joliment limés pour...
— Assez ! fit le lieutenant avec un geste impératif. Que chacun retourne à sa faction !
Alors, il revint vers Henry qui, ayant presque entièrement recouvré ses facultés et compris, par le dialogue précédent, que son origine et son rang étaient révélés, articulait des parol: s incohérentes pour échapper aux questions, qu’il supposait, avec raison, qu’on lui adresserait.
Dupe de ce stratagème, le commandant du poste
fit fouiller notre héros, dans l'espoir qu’il avait quel- .
que message important à l’adresse des généraux de l’armée ennemie. Mais cette perquisition fut sans résultat.
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Henry ne possédait aucun papier capable de le compromettre, lui ou ceux dont il servait la cause.
Sa capture était néanmoins trop précieuse, la veille d’une bataille de laquelle dépendait peut-êtne l'avenir du Canada, pour qu’on n’en tirât pas tout le parti possible. Aussi, le lieutenant, après réflexion, enjoiguit-il que le prisonier fût garrotté, et conduit sur un brancard au major de Salaberry, dont le quartier-général n’était éloigné que d’un demi-mille environ.
Henry n’opposa aucune résistance à ce nouveau transport ; il continua de jouer le rôle qu’il avait entrepris : et Charles de Salaberry, trompé luimême par sa supercherie, le fit placer dans la tente où était enfermé le pêcheur, dont nous avons antérieurement raconté l'arrestation.
Henry.
Le pêcheur, ou plutôt Marie Bertholet, car nos lecteurs n’ont: pas manqué de deviner que c'était elle, déguisée en homme, ne dormait pas, quand Henry fut déposé sous la tente qu’eile occupait, depuis le crépuscule.
Assise sur une couverture de cheval qu’un soldat lui avait donnée, elle évoquait l’ombre de ses parents, pour s’affermir dans la vengeance qu’elle s'était juré de tirer de leurs assassins.
L'arrivée de l’étranger, qui fut jeté près d’elle, troubla à peine le cours de ses réflexions. Elle se contenta de soulever la tèce, puis la replaça entre ses mains, sans même se demander ce que sigfhifiait cette incident.
En sortant, les soldats qui avaient apporté le blessé, oublièrent une torche de résine qui continua d'éclairer la tente après leur départ.
Henry, épuisé par la perte de son sang, et les secousses qu'il avait essuyées, dormait déjà d’un sommeil fébrile.
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Vingt minutes s’écoulèrent, dans un silence que troublaient seulement le cri des factionnaires audehors et le crépitement de la torche au-dedans.
Mais tout-à-coup, le jeune homme, oppressé par un horrible cauchemar qui lui montrait les Américains battus et fuyant devant les .'nglo-canadiens, s’éveilla en sursaut.
Il avait le front brûlant, la bouche ardente comme une fournaise, les membres baignés d’une sueur froide :
— J'ai soif, dit-il, en s’efforçant de distinguer les objets qui l’entouraient,
Sa voix fut couverte par les interpellations de deux rondes qui échangeaient le mot d’ordre.
— J'ai soif, répéta Henry. A boire !
Marie entendit cette exclamation ; maïs elle n’en comprit pas le sens, tant elle était absorbée par ses propres pensées.
Ce phénomène de physique, qui fait que, souvent, nos sens perçoivent distinctement les sons sans que notre intellect en formule la signification ou y attache de l’importance, ce phénomène est trop avéré pour qu’il nous soit nécessaire de l'expliquer d’une façon plus ou moins savante,
Cependant Henry, dont la fièvre augmentait, se dressa soudain sur son séant, en étendant les bras devant lui et s’écria :
— Arrière, misérables ! Vous me passerez sur le corps avant d'arriver à elle.
Son accent, son geste, exprimaient une indignation etune fureur si vives que Marie, maig'é le courage dont elle était douée, frémit et fit un hautle-corps en arrière.
Mais déjà les idées du jeune homme changeaïent de direction,
Il était retombé sur son grabat, en murmurant d’un ton plaintif :
— J'ai soif, je voudrais bien hoire !
Marie se rapprocha de lui,
— Etes-vous malade À lui dit-elle,
Et remarquant le bandeau de toile grossière qui ceignait sa tête, elle ajouta avec un sentiment de compassion indéfinissable :
— eu | seriez-vous blessé ?
— De l'eau ! qu'on me donne un verre d’eau ; dit Henry, en mettant le doigt sur ses lèvres desséchées.
— De l’eau ! reprit la jeune fille, cherchant des yeux dans la tente ; il n’y en a point ici. Peutêtre une des sentinelles consentira à m’en anporter, Je vais demander.
F'le se leva et appela le factionnaire.
— De l’eau! pourquoi faire ? répondit ceui-ci, d'un ton bourru.
Z sur
ignaré le hautaient
urant
— Mais ce monsieur...
. — C’est un chien d’'Américain ! qu’il aille au diable !
— Qu'est-ce ? demanda subitement le colonel de Salaberry qui visitait les postes, en personne,
— Un des prisonniers qui braille pour avoir de l'eau, répliqua le soldat, en présentant les armes,
— De l’eau ! qu’on lui en donne, dit Charles de Salaberry poursuivant sa tournée.
— Merci ! oh! merci, monsieur ! cria Marie.
Peu d’instants après, elle avait le liquide désiré,
Henry but avidement cette eau qu’elle lui présenta dans un vase de bois, avec une grâce qui aurait fait soupçonner son sexe à quiconque l’eût vue agenouillée et offrant d’une main l’écuelle au blessé, tandis que de l’autre, elle lui soutenait la tête. |
Le breuvage parut soulager l'Américain, Il ouvrit les yeux et balbultia un remerciment inintelligible,
Mais, tout-à-coup, Marie tressaillit et fixa des regards surpris sur le visage de son compagnon.
Elle venait de reconnaître en lui un des officiers qui l’avaient faite prisonnière un mois auparavant, et étaient en quelque sorte cause du meurtre de son père et de sa mère,
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Cédant à une invineible répulsion, elle abandonna la tête d'Henry qui s’aff:issa lourdement sur le sol.
La douleur arracha une interjection au jeune homme.
Marie avait le cœur trop généreux pour ne pas oublier son ressentiment en présence d’un ennemi souffrant. Jamais, du reste, les femmes n’ont été hostiles à ceux que le malheur a frappés. Soit que la longue sujétion où leur sexe a, de tous temps, été plongé, les rende plus accessibles à la compassion ; soit que leur âme épurée au creuset de l’infortune, comme dit le poête, ait une essence plus divine que la nôtre, ou soit qu’elles aiment à exercer une domination temporelle—espèce de représailles—sur les faiblesses momentanées de l’homme (et franchement telle est notre opinion), elles sont toujours prêtes à nous prodiguer leur sollicitude, quand les forces corporelles nous délaissent.
Daignez, mesdames, excuser cette digression, respectueusement soumise au tribunal de votre censure ; je reviens à mon sujet.
Marie retourna donc près du malade, en se reprochant sa dureté, lui confectionna tant bien que mal un oreiller et un matelas avec la couverture et le soigna aussi convenablement que permettaient les circonstances,
C’est en accomplissant cette tâche charitable qu'elle remarqua le médaillon dont Mathilde avait fait cadeau à son fiancé.
D'abord, la fille du pêcheur n’accorda pas une grande attention à cette remarque. Mais Henry, ayant éprouvé un spasme violent, le médaillon g'échappa de son cou et roula à terre.
Marie se baissa pour ke ramasser.
— Jésis, mon doux sauveur ! s’écria-t-elle en considérant le bijou ; c’est bien là le talisman que ma pauvre mère avait donné à ma sœur de lait, Mathilde. Par quel hasard...
— Mathilde ! où est Mathilde ? dit Henry.
— Vous la connaissez ?
— Mathille !...Mais...qui êtes-vous ? fit l’Américain que le délire commençait à abandonner.
— Vous : onnaïissez Mathilde D'** ?
— Où suis-je ? Que s'est-il passé ? Il me semble que j'ai cent livres de plomb dans le cerveau,
— Vous êtes prisonnier. ..je crois, répondit la jeune fille, en se reculant d’un air de chaste confusion. . ;
— Prisonnier | ah! oui... je me rappelle...
Mon cheval s'est abattu.... Oui, c'est cela..., Mais qui êtes-vous, vous qui me parlez? Etes-vous prisonnier #.... Oh ! je souffre |
— Où... dites-moi
— Là.... dans la tête,
— Souhaitez-vous quelque chose ?
— Non. Depuis cornbien de temps suis-je ici ?:
— ]l y a une heure qu’on vous a apporté,
— Une heure!
— Mais vous connaissez Mathilde D*** ? fit la jeune fille dont le regard testait, malgré elle, attaché sur le talisman,
— Mathilde !....non, je ne la connaïs pas, Je ne sais ce que vous voulez dire À
— Vous avez prononcé son nom;
— Moi |
— Vous l'avez demandée {
— Ah!
Ce “ah!” renfermait une intention si directe de he pas prolonger davantage l’entretien que Marie n’osa renouveler ses questions,
Affaibli par toutes ces émotions, Henry ferma les yeux et s’endormit, Marie, elle-même, malgré le désir de résister au sommeil, ne tarda guère à céder à son empire et tous deux reposèrent, côte à côte, jusqu’au roulement de 1æ diane,
je ici ?
fit la > atta-
as, Je
bete de Marie
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