IV AVANT-PROPOS
contre les ardentes convoitises des nations victorieuses^ debout à ses portes. Ces nations ellesmêmes vont peser^ désormais^ dans l'équilibre de l'Europe^ d'un poids dont nul ne peut encore mesurer les effets^ mais qui déplacera, pour longtemps, Vaxe de la balance internationale.
Quel sera, au lendemain de sa prodigieuse épopée, r avenir de la Bulgarie, justement exaltée par le succès de ses armes, contrainte cependant de renoncer au triomphe décisif, par la jalouse inquiétude de ceux mêmes qui applaudissaient à sa marche victorieuse? Ou s'arrêtera le magnifique eJfojH de VHellénisjne, reparu soudain au ciel de r Europe, dans V éclat de sa gloire antique, merveilleusement renouvelé? Où s'étendra le rayonnement de la vie ranimée dans les veines de la Serbie, et son attraction puissante sur le flot slave qui baigne ses frontières ? Sous quelle inspiration dominante, vers quelle orientation durable, se fera, sur le sol labouré par tant d'orages, l'accord de ses libérateurs, divisés par les souvenirs anciens et les aspirations nouvelles? La guerre balkanique a soulevé tous ces problèmes, La paix les laisse en suspens.
Ce sont les moindres. La fin de la Turquie d'Europe ouvre, dans la Turquie d'Asie, une ère nouvelle. Là, au confluent de trois parties du
monde, ou reposent ensemble les tombeaux des empires disparus et le fjerceau de la eivilisalion chrétienne^ se rencontrent, comme en champ clos, depuis les rivages de la Syrie jusqu'aux plateaux de IWrménie, et sur le chemin qui conduit le Tigre et VEuphrate aux portes de rinde, toutes les injluences, toutes les ambitions, toutes les forces d'expansion de la vieille Europe. Comment, dans quels chocs redoutables, y prendront-elles leur place, pour le cycle d'histoire qui va s'y déî'ouler?
Ce n'est encore qu'un côté du grand, et long drame, dont la guerre des Balkans fut le sanglant prologue. L'autre apparaît dans l'éclat intermittent des disputes diplomatiques.
L'Allemagne a vu la politique, savamment conçue par le prince de Bismarck, patiemment poursuivie depuis trente-cinq ans, qui devait livrer à son hégémonie, avec la complicité de l'Empire Ottoman, les ports de la mer Egée et les routes de l'Asie, bouleversée par la brusque apparition d'occupants inattendus, désormais impossibles à déloger. Où trouvera-t-elle demain la mer libre, nécessaire à sa croissante activité? Bedoutable question, qui, pour la Belgique et la Hollande ^ peut devenir une question de vie ou de mort.
La monarchie autrichienne, dont la marche