SCÈNE IX
DOLORÈS, pnù MARJOLET.
DOLORÈS, marchant à grands pas.
Ah! j’élouffe! je suffoque il veut rompre, c’est clair... il me fuit... Oh! mais il no connaît pas encore Dolorès... il ne sait pas que je suis capable de tout... même de le poursuivre en Angleterre... (Par réflexion.) Oui... mais seule... c’est impossible. ..
MARJOLET, rentrant effaré par le fond.
Madame, nous sommes perdus! (il ferme les portes.)
DOLORÈS
Pourquoi?
MARJOLET, arec force.
Pourquoi ? parce que tout à l’heure j’ai avoué à votre mari que vous m'aviez fait cadeau de votre photographie et que je la lui ai remise...
DOLORÈS, surprise.
Comment, vous avez?... ,
MARJOLET, arec désespoir.
Est-ce que je savais que vous étiez sa femme?... Mais ce ne serait rion ça... ce qu’il y a de terrible, c’est qu’en la lui remettant j’ai eu la faiblesse de l’accompagner des détails les plus compromettants...
DOLORÈS, furieuse.
Vous avez fait cela, monsieur?
• MARJOLET
Complètement ! j’étais lancé... j’ai été aussi loin que possible... j’ai même été plus loin que possible...
DOIORÈS, arec force.
Mais c’est affreux !... vous m’avez perdue!
MARJOLET, abattu.
C’est mon avis.
DOLORÈS, à part, le regardant.
Oh ! quelle idéel je cherchais quelqu’un pour m’accompagner. (Haut et jouant un grand égarement.) Affronter S3 colèro!... c'est impossible !... Il me tuera!. ..*11 vous tuera!... Je ne vois
qu’un moyen... (Le regardant fixement.) Vous m’aimez, n’est-ce pas ?
MARJOLET, hésitant.
Oui, je vous aime...
DOLORÈS, très-brièvement.
Eh bien! pas d’hésitations!,., fuyons ensemble!...
MARJOLET, abasourdi.
Fuir I . •
DOLORÈS
Il le faut !
MARJOLET, se récriant.
Il le faut... permettez, j’ai une femme...
DOLORÈS
Eh bieh! est-ce que je n’ai pas un mari?
MARJOLET
C’est vrai... cependant...
DOLORÈS
Nous partirons pour- Londres.., Il faut mettre la mer entre nous et lui...
MARJOLET
C’est aller bien loin...
DOLORÈS, très-cliaudement.
Caramba !... je ne pensais à rien... vous êtes venu me glisser à l’oreille de douces paroles d’amour... et lorsqu’il s’agit de me soustraire à la vengeance d’un mari outragé... quand il va de mon existence compromise par vous, vous reculez, vous hésitez, vous vous arrêtez à de mesquines, considérations de distance... vous me marchandez les kilomètres!... Quel est donc le iiquide qui coule dans vos veines?... caramba ! caramba !
MARJOLET, entraîné.
Ce qui coule dans mes veines, c’est du vif-argent, madame... oui, du vif-argent!... Vos regards m’incendient... vos paroles m’électrisent!... La famille, la vertu, le devoir, je foule tout aux pieds... je plonge dans le gouffre.. .*A moi, le rapt et l’enlèvement... Faisonsnos paquets!... Caramba! caramba!
DOLORÈS
A la bonne heure... ne perdons pas une minute... Où est votre linge?
l’heure du diable
MARJOLET, montrant le petit meuble de droito.
Là!
DOLOKÈS, ouvrant un tiroir.
Trois mouchoirs, ça suffit... (Elle les jette sur la table.)
Vous croyez que...
DOLORÈS, impérieusement.
Pas de bagages inutiles... Avez-vous de l’argent?
MARJOLET, fouillant dans ses poches.
Quinze francs...
DOLORÈS
C’est maigre!
MARJOLET
C’est ma femme qui a les clés de la caisse. (Allant au petit meuble de gauche.) A moins que dans ce petit meuble... Non, des bijoux seulement...
DOLORÈS, les lui prenant des mains.
Un bracelet... boni... des boucles d’oreilles... une chaîne d’or... (Les brisant.) Nous vendrons tout ça...
MARJOLET, Stupéfait.
Vous les cassez?
DOLORÈS
La façon ne compte pas.
MARJOLET
C’estjuste.
DOLORÈS, fourrant les bijoux brisés dans an des mouchoirs.
Voilà qui est fait... tout est prêt... (Par inspiration.) Ah! VOUS ne pouvez pas partir sans laisser un mot à votre femme...
MARJOLET, ahuri.
Je ne demanderais pas mieux, mais c est que je n’ai plus la tête...
DOLORÈS
Je vais VOUS dicter, écrivez. (Marjolet s’assied et écrit.) « Ma chère amie. » (s’interrompant.) Il faut y metlro des formes... •
MARJOLET
Oui !...
DOLORÈS, dictant d’un ton bref.
* « J’ai assez do notre intérieur ; je pars avec la femme que j’aime... Adieu, tu ne me reverras jamais... »
l’heure du diable
MABJOLET, qui a écrit.
C’est ça que vous appelez y mettre des formes ?
DOLORÈS
Nous n’avons pas le temps de faire des phrases... Ajoutez: « A toi pour la vie... » Ça arrange tout.
MARJOLET, écrivant.
C’est vrai, ça arrange tout... (Admirant' Dolorès.) Quelle femme! quelle femme !
DOLORÈS
Où allons-nous mettre ce billet?... Ah! dans cette potiche! (Elle le place dans la potiche de droite.) On le trouvera demain en faisant le ménage... Maintenant, il ne nous reste plus qu’à partir... il faut envoyer chercher une voiture... (Bischof parait an fond.)
MARJOI.ET, appelant.
Bischof ! descends vite .. va chercher un fiacre...
BISCHOF, surpris.
Un fiacre ?
DOLORÈS, brièvement.
Pas de réflexions 1...
MARJOI.ET, imitant Dolorès.
Pas de réflexions... nous n’avons pas le temps...
BtSCHOF.
Bien, monsieur!... (11 sort par le fond.)
MARJOLET
Oh ! je ne set^ii tranquille que lorsque je foulerai le pavé des Iles britanniques!
DOLORÈS, qni est allée an fond, revenant vivement.
On vient!.,. Mon mari! Et vite, vite!... Cachez tout Cela!... (Elle prend les mouchoirs, qu’elle lni donne et qu'il fourre dans ses poches.)