SCÈNE IV
MALATRÉ, seul, buvant.
Du punch, ça me donnera du montant!... Et, dans ma situation... Ah! la profession de bijoutier a des quarts d’heure bien difficiles!... Ce soir, en arrivant de voyage, j’apprends que Bragahoff, mon associé, venait de louer une hirondelle de diamants à M 110 Nisida, une cliente du demi-monde... Voilà bien les jeunes gens!... pas le moindre sérieux en affaires!... Aller confier un bijou de 30,000 francs à une cocotte, à une femme qui n’offre aucune surface... au moral, bien entendu... parce qu’au physique... mais Braganoff est si faible... il se laisse entortiller... Bon garçon.., intelligent... mais molasse avec les clientes... Il fait des rabais à l’occasion... J’ai beau lui dire : « Un bijoutier doit être comme ses diamants, poli, mais dur... Pas de concessions!... » Mais le marché était conclu, et un commerçant n’a que sa parole... 11 est vrai que la marchandise était livrée... sans quoi... C’est égal, je n’étais pas tranquille du tout... un oiseau de cette valeur, ça peut s’envoler... Alors, il m’est venu une idée... Il me vient toujours des idées. ..je suis l’homme de la situation...
L’HIRONDELLE
je demeure ici-près... à deux pas... J’ai endossé un habit noir, la cravate blanche de rigueur, et je viens surveiller riiirondelle, incognito... car pour l’honneur de la maison Malatré et Braganoff, il ne faut pas qu’on se doute... ça m’enlèverait la clientèle de ces demoiselles... et j’y tiens !... elles entrent chez le bijoutier comme les femmes au monde £ à la pâtisserie anglaise. On ne me connaît pas ici... Je puis donc sans inconvénient... sachons d’abord où est celte demoiselle Nisida... (il remonte et regarde dan» le salon du fond.) Ah! la voici... j'aperçois l’iiirondelle qui voltige sur ses fausses nattes... Jolie femme !... et je comprends que Braganoff... (se reprenant.) c’est-à-dire, non... les affaires avant tout!..,.
• Il redescend en scène.