L'INVASION DES SCYTHES
résolu de le faire bientôt repentir de son aydace.
En effet, les deux armées n'ayant pas tardé à se rencontrer dans une vaste plaine nommée Ragau , située sur les bords du Tigre, il s'engagea dans ce lieu ui^e ter^ rible bataille, dont l'issue fut bien funeste au prince mède : sa cavalerie prît la fuite, ses chariots furent renversés , et lui-même étant tombé au pouvoir des ennemis , (ut impitoyablement massacré à coups de flèches par Tordre du cruel Nabuchodonosor.
Après cela le vainqueur se retira à Ninive, où il demeura pendant quatre mois , entièrement livré à la bonne chère et au repos, avec ceux qui Tavaient suivi dans cette expédition, selon l'usage des Asiatiques, qui, après de grands* travaux , ne manquaient jamais de s'abandonner ainsi à la mollesse et à l'oisiveté ^ mais il ne s^attendait pas au nouveau péril dont il était menacé.
li'oisiveté , mes enfans , est la plus per^
L'INVASION DES SCYTHES. 77 nicieuse épreuve que nous puissions subir, à quelque âge de la vie que nous soyons ; elle endort nos bonnes qualités et fait naître en nous des défauts dont un travail continuel nous préserverait infailliblement. Elle conduit d'ailleurs à la paresse, qui est le plus nuisible de tous les vices , . puisqu'elle nous rend incapables de revenir à la vertu,
Cyaxaue P', fils de Pbraortes, qui avait succédé à son malheureux père, profitant de la mollesse des Assyriens , réunit une nouvelle armée , et âe présenta à Timproviste devant Ninive, dont il se flattait déjà d'être bientôt le maître , lorsque des peuples barbares , appelées Scythes , qui habitaient sur les bords d'un grand lac d'eau salée nommé le Palus-Méotide , franchirent les montagnes du Caucase, qui séparent l'Europe de l'Asie, et envahirent entièrement la Médie.
Ces peuples scythes, mes enfans, étaient d'un aspect effrayant et terrible \ ils ravageaient impitoyablement les contrées qu'ils
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traversaient^ et quoiqu'ils ne connu^séiit point le prix des richesses^ ils emportaient avec eux tout ce qui se trouvait sur leur route^ emmenant même quelquefois des nations entières en esclavage.
Cette première irruption des Barbares en Asie est un événement (trèis^remarqutble^ et qu'il ne faudra point oublier; vous verrez plus tard quels étaient cei» peuples qui passaient leur vie en voyagea Continuels , et coi|[ibien , par la suite des temps, des nations de la même origine changèrent la face du monde en renversant i&s plus puissans empires.
Cependant Cyaxare , accouru au-detant d eux avec son armée ^ s'était vainement flatté de les chasser de la Médie : après une seule bataille, où les Mèdes déployèrent en vain une grande valeur, les Scythes demeurèrent maîtres des pays qu'ils avaient dévastés, et se répandirent dans toute TAsie. Cyaxare ) entièrement défait ^ fut réduit à chercher son salut dans Ik fuite :
et plusieurs années s'écoulèrent sans qu'il
L'INVASION DES 4CTTHES. 79 f&t reconquéfir la côutronue de ses pères, comme je va» vous le raconter.'
Les Scytkes , <qut, depuis leUr étaMisse^ «lent ^sfk Médie , commençaient à devenii^ moins Curages, futeiit invitas pat- les M èdes à des repas qui devaient avoif lieu le même jour et à là Métâe he^Ire dans touleé ie^ maisons dupd^s. Ces bârbAk^s ne manquèrent pàs de aie rebdre avéîc empressement à )0efle ittvitâtibto •, eàt '<^ peuples étaient passionnés po'nt* le vin et k bohhe "cfaère ) et f ivrognerie- des Scythes était passée en proverbe chez .les anciens.
Mais lorsqu'ils ^e trou^l-etit ainsi divi- <sés dans chaque famille ^ à Uh ^i^nal convenu, les Mèdes^ qui écAiéfti les plus nombreux , tombèrent eu lÉémè teAps sur ces malheureux qui ^'ikVÀtent aùétfne dé^ fiance ^ et les égo)rgè!rent ëàtt» pitiés Le petit nombre de cent qui échAppèt^nl à ce massacre, se retirèrefat dabs dWfes èôn<> trées \ et cette trahison rendit à Cyâxare le trdne qu'il avait perdu.
Ce fut , me diret^Vous , une é#roynble
8o LINVASION DES SCYTHES, perfidie de la part des Mèdés , d'égorger ainsi de pauvres gens qu'ils avaient eux-mêmes invités à s'asseoir à leurs tables ; et, en effet , je dois convenir avec vous qu'il eût bien mieux valu décider , dans une bataille rangée, à laquelle des deux nations appartiendrait l'autre; mais il faut croire que les Mèdes avaient été traités bien cruellement par les Scythes après leur défaite , pour en venir à une pareille extrémité. C était d'ailleurs une croyance ordi- ] taire aux peuples de l'antiquité , que Von n'était point tenu à la bonne foi envers les Barbares ; ce que l'on n'aurait jamais dû penser ,. puisque tous les hommes sont frères , de quelque pays qu'ils soient , et que Dieu nous ordonne à tous de nous aimer et de nous aider mutuellement.
Sans les cruautés des Scythes , leur assassinat par les Mèdes eût été un crime d'autant plus horrible, même dans ce temps, que chez les anciens les étrangers étaient toujours reçus avec plaisir, et que»
lorsqu'ils entraient dans une maison , les
LINVASION DES SCYTHES. 8i dames , même les plus respectables , s^empressaient de leur laver les pieds et de les servir.
Cet événement inattendu, en replaçant CyaxareP' sur letrâne de Médie, mes bons amis, ranima en lui le dessein qu'il avait formé autrefois de venger sur Nabuchodonôsor la défaite et la mort de son père Phraortes; ayant déterminé le gouverneur deBabylone, appelé Nabopolassar, à servir sa vengeance , en lui promettant Tempire d'Assyrie après la victoire, ils marchèrent ensemble contre Ninive , dont ils se rendirent maîtres après un combat sanglant, et qu'ils détruisirent de fond en comble.
Ainsi périt cette grande ville dont Assur avait été le fondateur, et la puissante Babylone, où Nabopplassar prit le titre de roi , devint la seule capitale de Tempire des Assyriens.
8i LE SONGE