SCÈNE X
Les mêmes, FRANÇOIS, ANDRÉ.
ANDRÉ
Que me veux- tu, citoyen ? pourquoi m’as-tu conduit ici?
FRANÇOIS
Je vais te le dire ; ce drapeau que l’on vient d’achever, c’est notre ouvrage à tous, c’est presque notre enfant. Ceux
S ue tu vois ici sont de braves ouvriers qui n’ont pas chassé e leur âme tout sentiment religieux. N’est-ce pas, camarades ?
TOUS
C’est vrai... c’est vrai!
FRANÇOIS
Eh bien ! à défaut de la bénédiction d’un prêtre, nous voulons, pour notre drapeau, la bénédiction d’un vieillard. Citoyen André, au nom de mes amis et au mien, (Montrant le drapeau.) je te demande d’appeler sur notre enfant la bénédiction du ciel.
Je suis prêt, et je lis dans vos cœurs, mes amis. Mon secret, que je croyais ignoré de tous, vous le connaissez.
tous. •
Ah!
ANDRÉ
Oui, vous savez qui je suis, et me voilà prêt à répondre à voire désir; je le veux, je le dois : car j’étais sans asile, vous m’avez ouvert vos bras ; j’étais sans pain, vous avez partagé le vôtre avec moi ; je suis proscrit, et vous avez avec moi respecté mon secret ; je suis votre frère, et le drapeau de la patrie sera toujours le mien. (11 se tourne vers le drapeau.) Je te- .
bénis au nom du Seigneur, drapeau de la France, noble symbole. Dieu tout-puissant, qui es aussi le Dieu des armées, étends ta main protectrice sur tous ceux qui suivront cet étendard; conduis-les de victoire en victoire; fais qu’elles donnent bientôt à notre malheureux pays un chef glorieux qui rende à la France sa splendeur, à la religion ses autels, aux exilés leurs foyers. Encore une fois, drapeau de la France, je te bénis au nom du Seigneur.
FRANÇOIS
Et maintenant, il ne lui manque rien . (On entend du bruit au
dehors.)
SATURNIN, à sa fenêtre.
Tranquillisez-vous, camarades, le voilà prêt.
TOUS
Ah!..
FRANÇOIS, s'approchant de Marie, tandis que Wolf l'observe.
Marie, si je parvenais à illustrer l’humble nom que je porte, ne me permettrez-vous pas d’espérer ?
MARIE, bas.
Je ne vous promets pas d’être à vous, François. (Mouvement de François.) Mais je vous jure de n’être à aucun autre.
FRANÇOIS
Merci !.. j’arriverai.
WOLF, qui a entendu ces derniers mots, et s’adressant à François.
Peut-être, citoyen François, peut-être.
FRANÇOIS, bas.
Que dis- tu?
WOLF
Que je te hais parce que tu aimes Marie.
FRANÇOIS
Toi!., toi !
WOLF, bas.
Et que c’est entre nous une guerre à mort.
FRANÇOIS, bas.
Eh bien, soit! la guerre!