SCÈNE IV
Les mêmes, FRANÇOIS, plusieurs soldats.
FRANÇOIS, portant le drapeau.
Par ici, camarades, par ici! Du haut de cette terrasse, un signal peut se voir au loin... La révolte est partout... Nos amis, nos frères, répandus dans la ville et dans la campagne, vont être égorgés isolément; il faut, pour qu’ils puissent se défendre, il faut, pour les rallier, un signal connu de tous.
(il élève le drapeau et monte les degrés d'un perron de palais.) Du haut de
ce perron, je ferai flotter cet étendard, atin qu’ils le voient, qu’ils accourent et qu’ils se réunissent ici. Je le porterai jusqu’à ce que la mort me frappe ; si je tombe, remplacez-moi jusqu’au dernier d’entre vous.
TOUS
Oui, oui! (ils se pressent autour de François, qui, debout, fait flotter les plis du drapeau.)
WOLF, revenant, luivi des Égyptiens armés.
François!., le drapeau !.. c’est un signal!.. Feu sur ceux-là!
(Les Égyptiens tirent, les Français ripostent, mais quatre d’entre eux sont tombés.)
FRANÇOIS
Blessé!.. N’importe, serrez vos rangs, mes amis, serrez vos rangs !
WOLF, à ses Égyptiens.
Arrêtez ! je veux le voir chanceiant et courbé devant moi, je veux voir son drapeau tombé dans la poussière.
FRANÇOIS
Devant toi!., jamais !
WOLF, tirant sur lui, le blesse de nouveau.
Feu! (plusieurs Égyptiens tirent aussi, deux autres Français tombent.)
FRANÇOIS, blessé.
Courage, camarades!... Chaque minute... que nous gagnons... peut sauver cinquante de nos frères... Ils ont vu le drapeau... les voilà... les voil... Feul (il fait un pas en avant. Wolf et les autres tirent encore et le blessent de nouveau. Les trois derniers soldats français tombent. François chancelle et s'efforce de tenir le drapeau droit en s’appuyant sur la hampe.)
WOLF
Tiens donc! (François tombe.) Je le disais bien, que je te forcerais à l’abandonner ! I
FRANÇOIS
Non ; tant qu’il me restera un souffle de vie, il ne tombera pas. (Les Égyptiens entrent en masse.)
WOLF
NOUS verrons! (il fond sur lui le sabre à la main; au même moment, •
Saturnin l’élance entre eux, aidé de Jérôme. — Les Égyptiens arrivent trèsnombreux. — Le combat commence à s’engager, lorsque Bonaparte paraît à cheval.) ,
BONAPARTE
Arrêtez ! Mon artillerie vous entoure, prête à vous écraser. Mettez bas les armes, et je pardonne.
WOLF
Non ! nous ne demanderons pas grâce, nous ne déposerons pas les armes !