‹ L'histoire d'un drapeau grand drame militaire en douze tableauxChapitre 61 sur 77 · JÉROME, FRANÇOIS, SATURNIN, WOLF · texte numérisé non relu

JÉROME, FRANÇOIS, SATURNIN, WOLF

WOLF, suivant la voiture des yeux.

Depuis quatre jours, je n’ai pas cessé de les suivre de loin sans oser me montrer. Si elle me voyait, ma mère me maudirait encore... elle refuserait d’être secourue par moi... et cependant je ne peux pas l’abandonner... Ah! pourquoi estelle partie avec eux, avec mes ennemis, avec cet homme qui

m’a écrasé de sa générosité?.. (Regardant au fond.) Elles s’éloignent. Allons ! (il Ta pour sortir et s’arrête i la vue de François, Saturnin et Jérôme.) Encore des victimes... des malheureux tués par cet affreux climat l Mais... je ne me trompe pas... je les reconnais... ce sont eux... François et ses deux amis!.. Ontils cessé de vivre? Non... Jérôme et Saturnin ne sont qu’engourdis par le froid et le sommeil... lui seul est entièrement glacé... lui seul est mort... mort... D’où vient que mon cœur se serre... et que mes yeux se remplissent de larmes?.. C’était mon plus mortel ennemi... oui... mais il m’a épargné... Ah ! je crois qu’il respire encore... il respire... Un peu d’eaude-vie le ranimerait peut-être... (Prenant sa gourde.) C’est tout ce qui me reste pour ne pas mourir... Qu’importe! il m’a fait grûce et il est devenu le soutien de ma mère! (il lui verse quelques gouttes dans la bouche. Mettant la main sur le cœur de François.)

Son cœur bat avec plus de force... Oh! ces haillons le couvrent à peine ! Allons ! je suis plus fort, moi ! (il ôte son vêtement.) « Si le ciel nous met en face l’un de l’autre, m’as-tu dit, tue-moi si tu le peux... » Voilà ma réponse, François, (il couvre François de son vêtement.) Le ciel nous a réunis, ta charité a germé dans mon cœur !

FRANÇOIS, se soulevant un peu.

Qui donc... est auprès... de moi?., qui donc... m’a secouru?. .

WOLF

C’est moi, Wolf!

FRANÇOIS

Fré...déric Wolf !

WOLF

Oui, moi qui te supplie, à genoux, de ne pas repousser les soins que je te donne...

Secouru... par toi! Hélas! trop tard... trop tard... elle... là-bas... Marie... ma...

WOLF

Marie... ta femme... ma sœur maintenant... ma sœur...

FRANÇOIS

Porte-lui mon dernier.!, adieu... ma... dernière pensée... je te... Ta main... mon... frère... ta... ru.... (s’apercevant que Wolf s’est dépouillé et l’a recouvert de sa redingote.) Oh!., (il la soulève et la lui présente.) •

WOLF

Oh ! ne songeons qu’à toi ! Et vous, Jérôme ! toi. Saturnin! réveillez-vous, aidez-moi à le ranimer tout à fait ! (saturnin et Jérôme se réveillent k demi.)

FRANÇOIS

Tu le vois... eux aussi... veulent dormir...

WOLF

Ah! si votre âme n’était pas elle-même engourdie, si votre

cerveau n’était pas glacé, si vous pouviez dire : Je veux! vous pourriez vous lever et marcher encore.

François.

C’est fini..., Frédéric... une prière... une prière!..

Une prière!.. (Écoutant un bruit de pas qui se fait entendre.) Ail!., j’entends... j’entends venir... (Allant vers le fond.) Des Français... (Revenant.) des Français, mes amis, des Français !..

FRANÇOIS, d'une voix faible.

Des... des...

WOLF

Et parmi eux... le drapeau. (Les Fraudais entrent en scène, au roilieu d'eux est le drapeau.) Votre drapeau, entendez-vous? votre ouvrage, votre enfant, nies amis !.. (il fait signe aux soldats de s’arrêter.)

FRANÇOIS, se soulevant un peu.

Le... le drapeau... Jérôme... Saturnin... le drapeau!

SATURNIN ET JÉRÔME, étendant les bras.

Le drapeau...

LES SOLDATS, faisant un pas vers François.

Le colonel!..

WOLF

Attendez, c’est leur âme qu’il faut réveiller... c’est leur énergie qu’il faut faire renaître...

FRANÇOIS, se soulevant encore.

Oui... lui... lui... Hélas! ils sont... vingt à peine pour le protéger.

WOLF, à part, le regardant se soulever encore.

Ah!... (Haut.) Et l’ennemi, les Cosaques... sont ici près... et vous ne serez pas là pour le défendre, vous...

FRANÇOIS

Ah! si je le pouvais... (il se soulève et s’appuie sur un genou.) Et vous, Jérome, Saturnin, un dernier effort, rappelez vos souvenirs, que votre énergie renaisse à sa vue! Le drapeau, c’est l’âme du soldat, c’est le clocher du village qui marche au milieu du régiment, c’est la famille, c’est la patrie absente! Sous le drapeau, c’est encore la France! (En disant ccs mots, il est allé s'abriter sous le drapeau dont il tient la hampe et sur laquelle il s’appuie; Saturnin et Jérôme se traînent jusqu’à lui.)

JÉRÔME

Oui, oui, la France !

SATURNIN

La France!

WOLF

Oh! ils sont sauvés!

TOUS

Ils sont sauvés!... (On entend un coup de feu du côté par lequel est sortie la charrette, pluiseurs autres coups de feu y répondent. — La charrette dans laquelle sont les femmes revient en scène suivie d’Antoine, Molinchon,

l’histoire d’on drapeau.

Boudinier et les autres qu’on à vus à la première scène. — Molinchon rentre le dernier, tirant un coup de fusil.)

MOLINCHON.

Encore un de descendu, ça m’en fait quatorze.

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