TOUS LES SOLDATS
Vive le colonel !
l’histoire d’on DRAPEAü.
* FRANÇOIS, pleurant.
Mes amis... me3 chers camarades... après tant de souffrances et de luttes... après le malheur immense qui frappe celui... que nous avons tant aimé...
LE PRÉFET, bas. ,
Colonel!..
FRANÇOIS. v
Après un tel malheur, je vous revois, mes amis, et je ne trouve pas une parole de joie... je... je n’ai plus que des larmes...
ANTOINE, s’approchant, le fusil à la main.
Ça suffit, colonel, on sait ce que... ne pas parler vent dire... on s’aime. .. on se comprend.. . et ça suffit, colonel, ça suffit...
(il retourne à sa place.)
MOL1NCRON.
Bien dit, père Antoine ; vous êtes furieusement éloquent, vous ! »
LE PRÉFET, à un officier.
' Le drapeau! (L’officier sort.)
SATURNIN ET JÉRÔME
Que dit-il ?
FRANÇOIS
Le drapeau!... (L’officier revient portant le drapeau blanc. Les trois amis se rapprochent et se prennent la main.)
LE PRÉFET
C’est à vous, monsieur le colonel, qu’il appartient de le donner à votre régiment ; à vous de recevoir son serment au nouvel étendard confié à sa garde!
• FRANÇOIS
A moi... à moi, Monsieur?..
LE PRÉFET, lui présentant le drapeau.
Sans doute...
Oh ! ne me demandez pas cela!..
LE PRÉFET
Comment?
FRANÇOIS
Je... je ne peux pas, Monsieur; je ne pourrai jamais.
LE PRÉFET
Que dites-vous?
SATURNIN
Tu as raison, François.
LE PRÉFET
Allons... allons... c’est votre devoir, colonel.
FRANÇOIS
Mon devoir!... Vous voulez que je jure fidélité à ce drapeau?.. mais, ce serment, je l’ai prêté à un autre... c’est lè
seul que je connaisse. Monsieur; ne demandez pas de leur présenter celui-là.
ANDRÉ, qui est rentré depuis un instant, s’approchant de lui, parlant bas.
François, prenez garde !
LE PRÉFET
Colonel, songez à ce que vous allez faire !
ANDRÉ, bas.
Songez qu’il peut revenir, lui, et qu’il faut être là pour le servir encore.
LE PRÉFET
Cet étendard n’a-t-il pas été pendant des siècles l’étendard de la France ?
FRANÇOIS, à Saturnin et à Jérôme.
Mes amis, que faire? Parlez-moi, conseillez- moi... Il mesemble que c’est un crime... que c’est une trahison, une lâcheté, qu’on me demande de commettre.
LE PRÉFET
Monsieur... je respecte vos sentiments d’honneur et de fidélité; mais le soldat n’a pas d’autre étendard que celui de sa patrie... Prenez-le donc. Monsieur, c’est maintenant celui de la France.
FRANÇOIS, prenant le drapeau d’une main tremblante.
Mes amis... mes braves compagnons d’armes... vous... qui... pendant quinze ans, avez combattu avec moi... (Poussant un cri.) Non... non; ils me regarderaient comme un lâche si je leur présentais ce drapeau. v
LE PRÉFET
Colonel !..
FRANÇOIS
Que l’on m’arrête, que l’on me juge, que l’on me tue... je ne serai jamais ni traître, ni parjure à mon serment, (il rejette le drapeau en criant :) Vive l'empereur !
LE PRÉFET
Malheureux !..
FRANÇOIS
Vive l’empereur !..
LE PRÉFET, qui a ressaisi le drapeau.
C’est vous qui l’aurez voulu, colonel.
FRANÇOIS
Je n’accuse personne. Monsieur; je connais le sort qui m’attend... je suis prêt à le subir.
’ JÉRÔME
Nous ne te quitterons pas.
SATURNIN
Non, non...
SATURNIN ET JÇRÔME, se découvrant.
Vive l’empereur ! vive l’empereur ! (iis se serrent la main et sortent ensemble, au milieu des gardes qui les emmènent.)
l’histoire d’ün drapeau.