‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 123 sur 129 · FHOCLAMATION DE L ARRIÈRE-BAN · texte numérisé non relu

FHOCLAMATION DE L ARRIÈRE-BAN

Enfin les juges, baillis et sénéchaux avaient le droit de se mêler de toutes les questions relatives à l'ordre public, hors faict de guerre.

Dans les places fortes, chaque commandant devait, suivant l'effectif de la garnison, se procurer un maître cuisinier et deux ou trois aides sachant abattre le bétail, deux boulangers, 2 tailleurs, deux cordonniers, des filles pour coudre et réparer les vêtements des soldats et deux femmes pour soigner les blessés et les malades.

§ 19. — PROCLAMAnoN DE l'arrière-ban (1466). (Jean de Troyes, Livre des faits,)

Et le samedi , veille de Pentecôte , vingt-qua* trième jour dudit mois, audit an 1466, fut lu et publié en ladite ville de Paris, par les carrefours d'icelle, à son de trompe et à cri public, le mandement du connétable de France, dedans lequel était inséré le mandement du roi, qui contenait que le roi était dûment informé que les Anglais ses anciens ennemis, en grosse et merveilleuse armée, étaient délibérés d'entrer au royaume de France, pour détruire et gâter icelui ; et que pour ce faire avaient fait grand amas de navires ; et pour ce, le roi, voulant résister à leur mauvaise et damnée entreprise, et pour les grever et nuire en tout ce que possible serait, mandait audit connétable que, par toutes villes, pays et lieux dudit royaume, es places où on a accoutumé de faire cri public, il fit à savoir que tous nobles tenants du roi en fief et arrière-fief, de quelque étal et condition qu'ils fussent, fussent en armes et en habillement dedans le 15 de juin ensuivant, sur peine de confiscation de corps et de biens ;

et aussi à tous francs archers à êlre tous prêts audit jour.

§ 20. •— COMMENT LOUIS XI ENTRNDAIT ÊTRE OBÉI DE SES GENS DE GUERRE. — SA LETTRE A SAINT-PIERRE, SÉNÉCHAL

DE NORMANDIE (septembre 1479).

Je vous prie de remontrer à M. de Saint-André que je veux être servi à mon profit et non par avarice tant que la guerre dure, et, s'il ne Je veut de bonne grâce, faites-le-lui faire par force. Empoignez ses prisonniers et mettez -les au butin comme le reste. Ceux que vous verrez qui pourraient me nuire, je vous prie qu'ils ne soient pas délivrés; trouvez pour cela quelque bon expédient. Il faut que les capitaines les achètent dans le butin; ils les auront sûrement à bon marché. Ils s'obligeront à moi de ne les point délivrer d'un long temps que vous aviserez et vous prendrer leurs engagements à cet égard ; alors ils les enverront dans leur hôtel. Je suis bien ébahi que les capitaines de M. de Saint- André et les autres ne trouvent pas bon que j'aie fait une ordonnance pour que tout soit mis au butin. Par ce moyen cependant, ils pourront acheter tous ces prisonniers, même le plus gros, pour rien. C'est ce que je demande, afin qu'une autre fois ils tuent tout, et ne prennent plus ni prisonniers, ni chevaux, ni pillage : alors nous ne perdrons jamais de bataille.

Je vous en prie, dites à monsieur de Saint-André — 'il ^Q fasse pas le rétif, car c'est la première désonce que j'aie jamais eue d'un capitaine. Je ne is vous enseigner de si loin; faites ainsi que le verrez pour le mieux; mais gardez qu'il ne un seul prisonnier dans Thérouanne. Si mon-

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sieur de Saint- André fait mine de vous désobéir, mettez-lui vous-même la main au cou et lui ôtez par force les prisonniers; et je vous assure que je lui ôterai bientôt la tête de dessus -les épaules....

§ 21. — l'artillerie de louis XI. — IL ESSAYE DE NOUVELLES BOMBARDES (1477).

(Jean de Troyes, Liure des faits.)

Au mois de décembre 1477, le roi, pour toujours accroître son artillerie, voulut et ordonna être faites

Monnaie de Louis XI.

12 grosses bombardes de fonte et métal de moult grandes longueur et grosseur, et voulut icelles être faites 3 à Paris, 3 à Orléans, 3 à Tours, 3 à Amiens.

Et durant ledit temps, fît faire bien grande quantité de boulets de fer aux forges de Creil et grande quantité de pierres à bombarde aux carrières de Péronne.

Vannée suivante, on essayait à Paris une de ces nouvelles bombardes»

Elle fut acculée aux champs devant la Bastille Saint-Antoine et la bouche d'icelle tournée vers le pont de Charenton. Laquelle, chargée pour la pre-

mière fois , tira très bien et porta sa pierre (qui pesait 100 livres de fer) de volée jusqu'à la justice de Charenton. »

Au second coup elle tira moins bien.

La boule, en roulant au long de la vallée, contre le tampon de la chambre, se déchargea incontinent, sans qu'on sût comment le feu y vint. A cause de quoi elle tua, et meurdrit et mit en diverses pièces ledit Maugue, et jusques à quatorae autres personnes de Paris, dont les têtes, bras, jambes et corps étaient portés et jetés en l'air, et en divers lieux. Et alla aussi ladite boule tuer et mettre en pièces et lopins un pauvre garçon oiseleur qui tendait aux champs aux oiseaux; et de la poudre et vent de ladite bombarde y en eut quinze ou seize autres personnes qui tous en eurent plusieurs de leurs membres gâtés et brûlés, et en mourut plusieurs depuis ; et tellement que de ceux qui y moururent ledit jour comme de ceux qui furent happés dudit vent, en mourut en tout de vingt-deux à vingt-quatre personnes. Et après le trépas dudit Maugue, fondeur de ladite bombarde, le corps fut recueilli et enseveli, et mis en bière, et porté h Saint-Merri à Paris, son patron, pour y faire son service ; et fut crié par les carrefours de Paris que on priât pour ledit Maugue, qui nouvellement était allé de vie à trépas entre le ciel et la terre, au service du roi notre sire.

LES DERNIÈRES ANNÉES DE LOUIS XI. — LA VIE DU ROI DE FRANCE A PLESSIS-LEZ-TOURS. — SES MALA- DIES. — DÉVOTIONS ET PÈLERINAGES. — RECOM- MANDATIONS SUPRÊMES A L'HÉRITIER DE LA COU- RONNE. — DERNIERS MOMENTS ET MORT DE LOUIS XU

§ 1. — COMMENT LOUIS Xl VIVAIT A PLESSIS-LEZ-TOURS. — LE SAINT ERMITE DE CALABRE. — EFFORTS DU ROI POUR CONSERVER SON AUTOBITÉ ET FAIRE ILLUSION SDR SON ÉTAT DE SANTÉ.

{Mémoires de Commines, 1. VI.)

En premier lieu il n'etotrait guères de gens dedans le Plessis-du-Parc (qui était le lieu où il se tenait) excepté gens domestiques, et les archers dont il en avait quatre cens, qui en bon nombre faisaient toujours le guet, et se pourmenaient par la place, et gardaient la porte. Nul seigneur ni grand personnage ne logeait dedans, ni n'y entrait guères compagnie de grands seigneurs. Nul n'y venait que monseigneur de Beaujeu, de présent duc de Bourbon, qui était son gendre. Tout à l'environ dudit Plessis, il fit faire un treillis de gros barreaux de fer, et planter dedans la muraille des broches de fer, ayant plusieurs pointes, comme à l'entrée par où l'on eût

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pu entrer aux fossés dudit Plessis. Aussi fît faire quatre moineaux tous de fer bien épais, en lieu par où Ton pouvait bien tirer à son aise ; et était chose bien triomphante ; et coûta plus de vingt mille francs, et à la fin y mit quarante arbalétriers, qui jour et nuit étaient en ces fossés et avaient commission de tirer à tout homme qui en approcherait de nuit, jusques à ce que la porte fftt ouverte le matin. Il lui semblait d'avantage que ses sujets étaient un peu chatouilleux à entreprendre sur son autorité, quand ils en verraient le temps. A la vérité, il fut quelques paroles entre aucuns d'entrer en ce Plessis, et dépêcher les choses, selon leur avis, pource que rien ne se dépéchait ; mais ils ne l'osèrent entreprendre ; dont ils firent sagement; car il y avait bien pourvu. Il changeait souvent de valet de chambre et de toutes autres gens, disant que la crainte de lui et l'estime seraient entretenues par faire ainsi choses nouvelles. Pour compagnie tenait léans un homme ou deux, auprès de lui, gens de petite condition, et assez mal renommés, et à qui il pouvait bien sembler, s'ils étaient sages, qu'incontinent qu'il serait mort, ils seraient désappointés de toutes choses, pour le mieux qui leur en saurait advenir; et ainsi leur en advint. Ceux-là ne lui rapportaient rien de quelque chose qu'on leur écrivît ni mandat, de quelques affaires que ce fût, s'il ne touchait à la préservation de l'état et défense du royaume, car de toute autre chose il ne lui en chalait que d'être en trêve ou en paix avec chacun. A son médecin donnait tous les mois dix mille écus, qui en cinq mois en reçut cinquantequatre mille. De terres donna grande quantité aux églises ; mais ce don de terres n'a point tenu ; aussi il y en avait trop.

Entre les hommes renommés de dévotion, il envoya

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