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DÉBUTS DU RÈGNE DE LOUIS XI. - RÉACTION CONTRE LE GOUVERNEMENT DE CHARLES VII. — LIGUE DU BIEN PUBLIC — COMMENCEMENT DE LA LUTTC AVEC LA MAISON DE BOURGOGNE»
Le règne de Louis XI n'a été qu'une lutte sans trêoe ni merci contre la féodalité, représentée principalement par la puissante maison des ducs de Bourgogne. On peut distingua' trois périodes dans la guerre incessante que le roi de France a faite, diplomatiquement ou par les armes f aux chefs de VÉtat bourguignon.
1» Dans la première (1461-1467), le duc Philippe le Bon et son /l/s, le comte de Charolais, font simplement partie de la Ligue du Bien public, oà entrèrent le plus grand nombre des Seigneurs français,
â° Dans la seconde, qui s'ouvre à la mort de Philippe le Bon pour se terminer à celle de son fils (1467-U77), tout l'intérêt se concentre sur Charles le Téméraire, et sa lutte avec Louis XI devient un véritable duel;
â . LOUIS Xî
30 Dans la troisième' (4477-1482), Louis XI, vainqueuVy démembre tÉtat bourguignon, mais ne peut empêcher le mariage de la fille du Téméraire avec Maximilieu d' Autriche ,- événement fécond en conséquences désastreuses pour la maison de France et pour VEurope,
g I. COMMENT ON ENTËRBAIT UN ROI DE FRANCE. — FUNÉ- RAILLES DE CHARLES VII. ~ PROCLAMATION DE LOUIS XI
(juillet 1461).
(Mathieu de Goucy, Chroniques, ch. cxxv.)
Le corps de ce très chrétien roi fut ouvert, ses entrailles misés et posées en un certain vaisseau, à ce fait et ordonné tout propice, et puis fut fait un personnage, tout au plus près de sa ressemblance, vêtu et paré en habit et état royal, qui fut assis et posé en un chariot branlant, icelui couvert d'une grande couverture de velours noir; et au-dessus, il y avait une grande croix de velours blanc, et sept écussons de fleurs de lys d'or de Chypre, par-dessus la houssure dudit chariot. Lequel personnage était là si bien assis, que chacun le pouvait voir par le devant et le derrière dudit chariot, et en ce point, il fut chargé audit Meunsur-Yèvre. Assez tôt après sondit trépas, il fut amené en la ville de Paris, et de là à Saint-Denis, comme vous orrez. Après lequel corps et le chariot, pour l'accompagner, étaient le duc d'Orléans, le comte d'Angoulême son frère, le marquis de Saluées, le seigneur de Ghàteau-Brun, le seigneur de Rochefort, bailli de Touraine, le prévôt de l'hôtel dudit feu roi, et plusieurs autres, avec grand nombre de ses gens, rendant piteux cris et lamentations par tout leur chemin; ce que faisait aussi le pauvre peuple, aux lieux par où ils passaient :
car, publiquement, on le pouvait bien nommer Charles le Bien-Servi et le Bien-Aimé. Et arrivèrent par un mercredi cinquième jour d août, audit an, ensuivant sondit trépas, environ sur les neuf à dix heures de nuit, en l'église Notre-Dame des Champs, es faubourgs dudit Paris, là où il demeura toute la nuit, et le lendemain, jusqu'à huit heures après midi.
Et pour ce que ceux dudit Paris étaient avertis de ladite venue, il fut crié par tous les carrefours d'icelle ville que chacun ôtât les enseignes et tous les pots qui étaient aux fenêtres des maisons, par ceux qui les avaient sur peine d'emprisonnement de corps et d'amende arbitraire; c'est à savoir depuis la porte Saint-Jacques jusques au Petit-Pont, en retournant à l'éghse Notre-Dame de Paris, au long de la rue de la Calandre, en tirant vers le Palais, en retournant au pont des Changeurs, et tout le long de la rue Saint-Denis.
Ledit jour de mercredi au soir, furent au-devant de ladite église de Notre-Dame des Champs, environ cent torches toutes assemblées. Et incontinent qu'on fut averti que le corps s'approchait, saillit de ladite ville de Paris bien auparavant huit vingts torches, chacune pesant trois livres de cire, que la ville avait fait faire, qui furent portées par gens tenant chacun la sienne, et qui ledit corps accompagnèrent jusqu'à icelle église. Et à l'endroit où ils trouvèrent le corps, il y avait au-devant d'icelui un huissier d'armes à cheval, portant les armes du roi» Après il y avait un autre cheval portant la masse ; et après il y avait un homme de pied portant un bâton au poing. Après venait ledit personnage, auprès duquel il y avait cinq grands destriers tous housses de houssure de satin noir, jusques en terre ; et avait chacun desdits des-
Iriers son homme qui le menait, lous vêtus de noir, avec chaperons de deuil. Après ledit chariot suivaient les seigneurs ci-devant nommés, qui s'étaient mis à pied; et après eux suivaient six pa^es tous à cheval, eux et leurs chevaux vêtus et housses de velours noir; et avec eux était ainsi habillé le palefrenier.
Après suivait grand nombre de gens à cheval, ensemble un chariot de cuir bouilli, dans lequel était le corps naturel dudit feu roi, bien oint et embaumé. Et au bout des faubourgs, allèrent au-devant dudit corps le prieur de Notre-Dame des Champs, accompagné de grand nombre de religieux vêtus de leur surplis, portant Tétole et de Teau bénite, et la croix au-devant, qui en cet état reçurent le corps ; et très honorablement le conduisirent en ladite église. Lequel fut posé sur un petit engin à trois roues toutes noires, housse de velours noir et quatre grands cierges auprès de lui; et la masse fut mise au départir au-devant du corps, où fut fait le service bien et honnêtement ledit soir et le lendemain. Et ainsi la plupart des gens de l'hôtel partirent pour aller coucher; et ne se logèrent ailleurs ni plus loin qu'èsdits faubourgs de la ville de Paris, et le plus près qu'ils pouvaient de réglise de Notre-Dame des Champs.
Le lendemain, qui fut jour de jeudi, devers le matin, sur les quatre heures, furent établis, aux portes de devers l'Université, des hommes, tous armés, pour garder qu'homme ne saillît de la ville, pour éviter la presse. Et n'y saillit sinon les seigneurs et leurs serviteurs, et ceux de l'hôtel du roi, tous vêtus de noir. Et environ les huit heures, y arriva ledit duc d'Orléans, avec grand nombre d'autres seigneurs, qui furent au service qu'on fît en ladite église de Notre-Dame des Champs, et après que le service fut fait, ledit duc d'Orléans s'approcha du
corps, et lui fît autant de révérences comme s'il eût été vif; et fît dire par les religieux un De profiindis; et lui quatrième étant à genoux, ils dirent une oraison à leur dévotion. Après J'oraison faite, icelui duc et les autres se levèrent en faisant grande révérence au corps, au départir.
A l'heure d'onze heures, fut fait le cri dans les rues de Paris par les crieurs dudit lieu, qui étaient en nombre de vingt-quatre, tous vêtus de robes et chaperons de deuil, écusson devant et derrière, armoyé de fleurs de lys ; lequel cri fut tel qu'il s'ensuit :
Dites vos patenostres pour le très haut et très excellent prince le roi Charles Vil, de ce nom ; et^ à heure de trois heures^ venez à vigiles, en Véglise Notre-Dame de Paris.
De là, environ trois heures après midi, vint ledit duc d'Orléans, accompagné de tous les seigneurs dessusdits, avec eux les comtes d'Eu et de Dunois ; après eux le seigneur de Torci, l'amiral de France, le seigneur de Lohéac, et plusieurs autres seigneurs, sans nombre, qui allèrent à ladite église de Notre-Dame des Champs, tous à cheval. Après vint le prévôt de Paris, tout à pied, accompagné de la plus grande part des conseillers et avocats du Châtelet, et les sergents à verges au plus près de lui.
Après suivaient les seigneurs de la cour de parlement, où il y avait six huissiers vêtus d'écarlate, tenant chacun sa verge; et le premier avait son bonnet frangé d'or de Chypre, doublé de menu vair par dedans. Après venait le premier président, vêtu d'un grand manteau d'écarlate pendant jusqu'à terre, accompagné des autres trois présidents de ladite cour; et puis suivaient deux à deux les autres seigneurs et conseillers de ladite cour, jusqu'à cinquante, tous vêtus d'écarlate, portant leurs chape-
rons sur l'épaule; les avocats après pareillement habillés, et qui tous allèrent à ladite Notre-Dame des Champs, au-devant du corps, tous à pied.
En après, allaient les échevins de ladite ville de Paris, en leurs robes mi-parties, et leurs sergents devant eux, chacun son écusson à la poitrine es armes de la ville.
De l'autre côté allaient les conseillers de la Chambre des comptes, leurs huissiers et sergents devant eux ; et les seigneurs et clercs vêtus de noir.
Après allaient ceux de THôtel-Dieu, et deux cents pauvres, chacun sa robe de deuil, sa torche de trois à quatre livres pesant, et deux écussons sur chacune torche, et sur la robe deux, Tun devant et l'autre derrière.
Après allaient quatorze ou dix-huit aveugles des Quinze- Vingts, tous deux à deux, vêtus de noir, et l'enseigne d'une fleur de lys attachée à chacune de leurs robes; par devant il y avait gens pour les guider.
En après allaient soixante hommes, tous vêtus de noir, qui portaient la chasse et le bois où fut mis le corps du roi.
En après vinrent vingt -quatre crieurs, tenant chacun sa cloche, robes et chaperons de noir, écussons devant et derrière.
A l'heure de quatre heures après midi, en fort dévote et belle ordonnance, commencèrent à venir les gens d'église ; c'est à savoir l'ordre des Cordeliers, en grand nombre, tous deux à deux, leurs croix devant eux; après les Jacobins, leurs croix devant eux; les Augustins, et ensuivant les Carmes; et étaient merveilleusement grand nombre de mendiants; puis l'ordre des Bernardins, de Sainte-Croix et des Mathurins.
En après venaient grande quantité de gens des paroissiens de Paris ; et les prêtres après, en grande ordonnance, tous deux à deux. En ensuivant la procession vinrent grande quantité de croix des églises collégiales et régulières, puis venaient les gens des églises, à la main dextrc, tous deux à deux ; et ceux de l'Université, à la main senestre. Pareillement, les gens de l'église de Notre-Dame, de la Sainte-Chapelle du Palais, étaient les uns parmi les autres ; et le trésorier de la Sainte-Chapelle du Palais, et le doyen de Paris étaient ensemble. Même il y avait fort grande quantité de gens d'église et d'écoliers. Le long de la procession de l'église il y avait treize crosses, dont l'archevêque de Bordeaux faisait le bout du côté de dextre, et le recteur de l'Université, et ses bedeaux, avec leurs masses, étaient du côté senestre.
Icelles processions s'entretenaient et allaient en belle ordonnance au-devant du corps, pour le recevoir. A cinq heures, sonnant les cloches, les processions commencèrent à retourner; les Cordeliers les premiers, les Jacobins les seconds; puis les Augustins, puis les Carmes, deux à deux, en ordre, ainsi qu'ils étaient allés ; puis les Bernardins, et ceux de Sainte-Croix, et les Mathurins ; puis deux cents torches toutes allumées, en la façon qu'ils étaient allés, leurs robes, leurs chaperons et écussons de même. Puis vinrent les églises paroissiales. En après, les crieurs de Paris, qui étaient vingt-quatre, sonnant chacun sa clochette en sa main, avec leurs robes de noir et leurs écussons. Après vinrent à main dextre les gens d'église chantants, et l'Université à main senestre, tous deux à deux. Monseigneur de Bayeux, lequel était à Notre-Dame des Champs, faisait lors le bout de la main dextre, et le recteur celui de la main senestre. Après vinrent un peu loin une partie
des serviteurs du feu roi, et deux à deux d'un côté et d'autre ; puis monseigneur de Paris au milieu, tenant une verge, avec ses seigneurs autour de lui, et étaient bien deux cents devant la croix. Après cela, au milieu de la rue, vinrent les quatre hérauts d'armes, vêtus de velours noir, ayant les armes dessus, tous à pied, devant le corps. Après vint la Cour de parlement autour du corps, la Chambre des comptes, et les secrétaires en deçà et en delà la rue. Et ceux qui portaient le corps étaient au milieu, au nombre de soixante. Et y avait dessus le corps ua grand drap d'or de quelque deux pieds de hauteur, de velours bleu semé de grandes fleurs de lys d'or de Chypre par-dessus; lequel drap était tenu par monseigneur le président, et avec lui les autres plus anciens de sa Cour, lesquels étaient vêtus d'écarlate pareille à monseigneur le président de Parlement. Les seigneurs étaient : maître Jean le Damoiseau, président; y était maître Robert Thiboulé, second président en Parlement, et Mathieu de Nanterre, aussi président. Pour les seigneurs des requêtes du palais était maître Jean de Sanzay. Dessus le drap il y avait une pourtraiture faite du mieux que Ton avait pu à la ressemblance du roi trépassé, laquelle était mise par engins sur le drap d'or ; elle avait une couronne en tête, posée sur un bonnet qui lui touchait les oreilles et ensemble un peu des joues, et avait un pourpoint de damas violet, ensemble des manches faites à l'ancienne, d'une façon bien large, une robe par-dessus, assez juste, de velours bleu, toute semée de fleurs de lys, tout au long de la jambe, et dessous le pied; outre quoi, elle avait une grande robe de velours bleu, faite en grand habit royal, fourrée d'hermines, toute semée de fleurs de lys ; et avait des gants tout neufs es mains; et tenait en sa
main dextre le sceptre royal, et dans Tautre main un bâton où il y avait une main de justice au bout; dessous sa tête il y avait un grand carreau de velours violet. Et en cette façon on la portait parmi la ville ; et partout sur le corps, et par manière de sépulture, le poêle, ainsi qu'on le porte sur le corpus Christi, dont les bâtons étaient portés par le procureur du roi au Châtelet, et autres ensemble. Or, il y avait six bâtons; et afin que le monde vît mieux la chose, le poêle fut mis un peu arrière. Après le corps venait monseigneur d'Orléans, portant un grand manteau de deuil, à grand chaperon ; et alla ainsi sur son mulet, lequel deux hommes de pied menaient en pleurant et larmoyant. Auprès d'eux monseigneur d'Angoulême, portant un grand manteau et un chaperon ; le comte d'Eu et M. de Dunois pareillement ; et n'y avait qu'iceux quatre portant manteaux. De plus, il y avait sept ou huit chevaux, où étaient monseigneur le chancelier, d'un côté, et en l'autre côté de la rue, étaient les chambellans du roi, le grand écuyer, et bien quatre-vingts hommes portant deuil ; et les pages tous à cheval, pour montrer au peuple qu'ds l'avaient apporté là-dedans. Après venait un chariot de cuir bouilli, ensemble grande route * de gens à pied et à cheval. Et incontinent que le corps entra à Notre-Dame de Paris, ils commencèrent à dire vigiles. Et fut porté le corps, ensemble l'image du roi, et fut mis en une chapelle toute noire et couverte de cierges ardents, tout au milieu du chœur. A vigiles étaient messeigneurs d'Orléans, d'Angoulême, d'Eu et de Dunois, et autres grands seigneurs. Et là furent dites bien et honorablement vigiles des morts