S T» — ALERTE A ASTI. — INCBKDIE ACCIDENTEL
En la ville d'Ast avait lors tant de Français, Lombards et Italiens, et autres étrangers, que ladite viUe, qui bien logée et moult spacieuse était,- ne pouvaitsuffire pour tout mettre à couvert la nuit, ni le jour, pour donner à chacun aisée passée par les rues. Or, advint un de ces jours, ainsi que le roi fut couché, que quelque bon valet d'étable, par défaut de mettre de l'eau en son vin, s'endormit en sa litière, sans souffler sa chandelle, et là se prit à ronfler, et la
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chandelle à brûler; tellement que, à la chute, on ne sait comment les flammèches s'épandirent par la paille, et feu de courir partout, et tant, que soudaihement toute la maison fut enflammée ; dont ceux à qui plus le cas touchait coururent aux cloches de la ville, comme en semblable cas on a de coutume, et ce fut sur les onze heures de nuit, que chacun était à repos. Les cloches sonnèrent à toutes parts comme en manière de tocsin, dont plus de vingt mille hommes de la ville, au son du feu, furent soudainement par les rues, et à tous grands cris coururent où était le feu.
Le roi, qui lors était couché en son lit, oyant le son des cloches et le bruit du peuple, tout hâtivement se mit en pied, habillé légèrement et la hache au poing, et avec un valet de chambre sortit en la cour de son logis, où là trouva son guet tout debout, et ainsi se mil en rue pour aller là où était le bruit. Qui eût là vu les gentilshommes et pensionnaires du roi, les archers de la garde, les Allemands et tous les Français qui là étaient, sortir en place, les uns armés, la hache en main, les autres en pourpoint, la hallebarde ou la pique au poing, c'était assez pour dire ou penser qu'en la ville y avait quelque hutin; car, en moins d'un quart d'heure, devant et autour du logis du roi furent plus de six mille Français en armes, et es rues plus de douze cents torches allumées. Et ainsi marcha le roi le long d'une rue qui durait plus d'un jet d'arc de long; le comte de Ligny, le seigneur de Ravestain, le sire de la Trémouille, le maréchal de Gié et les autres seigneurs de France, qui là étaient en Ast, se trouvèrent tous autour de lui; lequel fut pour l'heure si bien accompagné, que tout le long de la rue où il était n'apparaissait que haches, piques et hallebardes. Ainsi se tenait le roi
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saisi de ses armes ; et aussi le Cas le requérait assez, vu le son tumultuaire, l'heure intempestive, la multitude des étrangers, et la sûreté non fiable du pays, qui là à chacun était en vue ; et en ce point s'en alla le roi jusqu'au lieu où était le bruit, comme celui qui hardiment se voulait trouver où besoin était; et, lorsqu'il vit que c'était à cause du feu, commanda à chacun que la main fût mise à cette affaire : dont tant de gens y besognèrent, que la maison fut tantôt brisée et le feu éteint; puis, le roi se retira à son logis, et chacun s'en alla reposer.
Le cardinal d'Amboise était en ce temps en Asti grièvement atteint de fièvre continue, qui lors avait le cours de par delà, lequel fut par les médecins du roi vu à toutes heures , et souvent par lui-même visité et fait soigneusement panser; tellement qu'en peu de temps , fut sainement guéri ; lequel, pour changer l'air, s'en alla à Lumel, une comté près Vigère, que le roi lui avait autrefois donnée; et là séjourna, en attendant le roi aller à Milan, toujours vaquant à la dépêche des ambassades et aux autres affaires survenant.
§ 8. — DBSCRIPnOH DU PAYS LOMBARD d'ASTI A MILAN.
Le dix-neuvième jour du mois de juillet, le roi partit d'Ast pour s'en aller à Milan, et fut celui jour coucher à Félissan, ville du marquisat de Mont ferrât, à huit milles près d'Ast; le lendemain à Valence, terre de Milan; puis à Vigève, où fut l'espace de six jours; de Vigève à Biagras, petite ville à quatorze milles près de Milan, assise sur un petit fleuve procédant de la rivière du Tésin, lequel fleuve tire tout droit à la ligne de Biagras à Milan, et est fait artili*
llô LOUIS XII ET PHILIPPE LE BEAU
cieu sèment pour aller par bateaux d'une ville à l'autre, à deux lés duquel sont les grands aubiers feuillus pour ombroyer les passants, et encontre des deux côtés, la belle et grande prairie verdoyante, pleine d'arbres fruitiers, de petits ruisseaux courant en plusieurs endroits. Sur le bord de l'eau sont les belles maisons de plaisance et les grosses hôtelleries, et au travers de celui fleuve, les ponts-levis pour aller d'un côté à l'autre, et entre les aubiers et le bord de l'eau, aux deux côtés, sont les chemins sablonneux faits exprès pour passer les gens de cheval et de pied; et là dedans se pêche force menu poisson, et mémement écrevisses sans nombre; et me dit-on là même que le seigneur Ludovic, pour son plaisir, avait ainsi le lieu approprié, lequel est tant amène et plaisant, que plus semble paradisique que terrestre.